I

Mortel, ange ET démon, autant dire Rimbaud,
Tu mérites la prime place en ce mien livre 
Bien que tel sot grimaud t’ait traité de ribaud 
Imberbe et de monstre en herbe et de potache ivre. 

Les spirales d’encens et les accords de luth 
Signalent ton entrée au temple de mémoire 
Et ton nom radieux chantera dans la gloire,
Parce que tu m’aimas ainsi qu’il le fallut. 

Les femmes te verront grand jeune homme très fort,
Très beau d’une beauté paysanne et rusée,
Très désirable d’une indolence qu’osée !

L’histoire t’a sculpté triomphant de la mort 
Et jusqu’aux purs excès jouissant de la vie,
Tes pieds blancs posés sur la tête de l’Envie !

II

Toi mort, mort, mort ! Mais mort du moins tel que tu veux,
En nègre blanc, en sauvage splendidement
Civilisé, civilisant négligemment… 
Ah, mort ! Vivant plutôt en moi de mille feux 

D’admiration sainte et de souvenirs feux 
Mieux que tous les aspects vivants même comment 
Grandioses ! de mille feux brûlant vraiment 
De bonne foi dans l’amour chaste aux fiers aveux. 

Poète qui mourus comme tu le voulais,
En dehors de ces Paris-Londres moins que laids,
Je t’admire en ces traits naïfs de ce croquis,

Don précieux à l’ultime postérité
Par une main dont l’art naïf nous est acquis,
Rimbaud ! pax tecum sit, Dominus sit cum te !

Paul Verlaine

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