Les baigneurs somnolents se traînent sur la grève,
Les membres harassés, l’esprit en désarroi.
Quelque chose leur pèse, ils ne savent trop quoi.
Ils ne sont pas chez eux dans ce pays du rêve.

L’un dit : – Ce n’est pas gai, cet éternel brouillard.
La mer ? Eh oui, je vois. Mais ça ne compte guère.
L’autre : – Votre journal parle-t-il de la guerre ?
Un troisième : – Ah ! mon Dieu, pas le moindre billard !

Les dames, s’éventant, jasent sous leurs ombrelles
– Le beau petit garçon et quel air de santé !
– Ce collet est divin. – Que vous a-t-il coûté ?
– Aimez-vous, comme moi, le chant des tourterelles ?

Mais voici que s’élève un bruit de pugilat :
– Innocent, innocent ! l’enfant qui vient de naître !
– Lui ! Comment osez-vous me parler de ce traître ?
– Un martyr ! – Un gredin ! – Un saint ! – Un scélérat !

Le débat semble dus et crac’ il recommence :
Les oiseaux cependant volent effarouchés.
Et, sur le sable d’or, au milieu des rochers,
Dans l’azur infini rêve la mer immense.


Gabriel Vicaire

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