Vous dont le poétique empire
S’étend des bords du Rhône aux rives de l’Adour,
Vous dont l’art tout-puissant n’est qu’un joyeux délire,
Rois des combats du chant, rois des jeux de la lyre,
Ô maîtres du savoir d’amour !

Aussi belle qu’à sa naissance,
Votre muse se rit des ans et des douleurs ;
Le temps semble en passant respecter son enfance ;
Et la gloire, à ses yeux se voilant d’innocence,
Cache ses lauriers sous des fleurs.

Salut ! — Enfant, j’ai pour ma mère
Cueilli quelques rameaux dans vos sacrés bosquets ;
Votre main s’est offerte à ma main téméraire ;
Étranger, vous m’avez accueilli comme un frère,
Et fait asseoir dans vos banquets.

Parmi les juges de l’arène
L’athlète fut admis, vainqueur bien faible encor.
Jamais pourtant, errant sur les monts de Pyrène,
Il n’avait réveillé de belle suzeraine
Aux sons hospitalier du cor.

D’une fée, aux lointaines sphères,
Jamais il n’avait dit les magiques jardins ;
Ni, le soir, pour charmer des dames peu sévères,
Conté, près du foyer, les exploits des trouvères,
Et les amours des paladins.

D’autres, d’une voix immortelle,
Vous peindront d’heureux jours en de joyeux accords.
Moi, la douleur m’éprouve, et mes chants viennent d’elle.
Je souffre et je console, et ma muse fidèle
Se souvient de ceux qui sont morts !

Victor Hugo

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