I

Vous voulez tuer le veau gras 
Et qu’un sonnet signe la trêve. 
Très bien, le voici, mais mon rêve 
Serait pour sortir d’embarras 

Et nous bien décharger les bras 
De la manière la plus brève, 
— Tel un lourd fardeau qu’on enlève —
Que ce veau fût d’or et très gras, 

Afin que parmi cette foule 
Qui nous bouscule et que l’on roule, 
Nul, voyant ce pacte nouveau 

Dûment paraphé de nos plumes. 
Au bas de l’acte où nous nous plûmes, 
Nul ne dise : « On dirait du veau ! »

II

Or puisque le veau d’or a lieu 
Et qu’on ne dirait plus du veau, 
Il nous faut d’abord prier Dieu 
De bénir le pacte nouveau. 

Pour nous ruer à des travaux 
Tout bonnement prodigieux. 
Prose au kilo, vers frais ou faux, 
Qu’importe ? Tant pis et tant mieux ! 

Nouer et dénouer des nœuds 
Gordiens ou non, et n’étant 
Pas plus des princes que des bœufs. 

Néanmoins, peiner tant et tant 
Que vous fassiez une fortune bœuf
Et que moi j’achetasse un courage neuf. 

Paul Verlaine

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