I. Misère

Je veux dépeindre en ce sonnet 
Toute mon indignation 
Contre ce Vanier qu’on connaît, 
Aussi la résignation 

Qu’il me faut (avec l’onction 
Nécessaire au temps où l’on est, 
Temps gaspillé sous l’action 
D’une jeunesse qui renaît). 

Or ce Vanier dont la maison 
Telle celle dite Pont-Neuf 
N’est pas au coin du quai, raison 

Insuffisante à mon courroux 
Terrible, tel celui d’un bœuf, 
Oui, ce Vanier n’a pas de sous

II. Richesse

À me mettre hélas dans la poche,
Mais demain comme il sera tendre 
Il n’est tel que de bien attendre 
Avec une tête de Boche,

Et la chose d’être un gavroche 
Qui ne voudrait plus rien entendre 
Que d’être un gas plus ou moins tendre 
Sans peur autant que sans reproche 

Et je vais enfin, digne et riche, 
Mieux qu’un militaire en Autriche, 
M’épandre et me répandre encore 

En un luxe sans fin ni bornes 
Qui, bœuf littéral que décore 
Sa force, te montre les cornes,

Misère qui voudrait me proposer des bornes.

Paul Verlaine

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