Sonnet à une amoureuse de l'auteur.

Un œil de chat huant, des cheveux serpentins,
Une trogne rustique à prendre des copies,
Un nez qui au mois d'août distille les roupies.
Un rire sardonien à charmer les lutins ;

Une bouche en triangle, où comme à ces matins
Hors œuvre on voit pousser de longues dents pourries,
Une lèvre chancreuse à baiser les Furies,
Un front plâtré de fard, un boisseau de tétins

Sont tes rares beautés, exécrable Thessale ;
Et tu veux que je t'aime, et la flamme loyale
De ma belle maîtresse en ton sein étouffer !

Non, non, dans le bordeau vas jouer de ton reste :
Tes venimeux baisers me donneraient la peste,
Et croirais embrasser une rage d'enfer.

 

Jean Auvray

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