Que me voulez-vous donc, rêves de ma jeunesse ?
J’ai clos mes yeux lassés à vos illusions.
Est-il un souvenir où mon passé renaisse ?
Non ! j’ai compté les jours par les déceptions.

De vos espoirs mon âme, hélas ! n’est plus hantée ;
Ma force s’est usée en des labeurs ingrats.
Dans l’amer sentiment de ma vie avortée,
Morne, je m’assoupis ; — ne me réveillez pas !

A qui n’a plus la force à quoi sert le courage ?
Pour aimer et souffrir trop longtemps je vécus.
Sans renier mes dieux, j’ai sombré dans l’orage ;
Mais, tendre et fier, mon cœur est avec les vaincus.

Des fleurs qui m’ont déçu j’ai toutes les épines :
Je ne maudirai pas les mains qui m’ont blessé.
Rêves charmants, adieu ! mon esprit en ruines
N’est plus qu’un sol aride où la foudre a passé.

Rien n’y saurait germer ! ma précoce indigence
N’a plus ni feu ni sève à donner à vos fleurs.
J’ai froid au cœur, j’ai froid dans mon intelligence :
La vie a tout en moi tari, — même les pleurs !

Des adverses saisons j’ai connu l’inclémence :
Vais-je en accuser l’homme, et le sort, et les jours ?
Psalmodiant ma peine, irai-je, en ma démence,
Promener ma blessure aux coins des carrefours ?

J’ai vécu, j’ai voulu, j’ai tenté l’impossible ;
Dans mes erreurs, l’orgueil du bien est de moitié !
Ce cœur, rêvant du beau l’étoile inaccessible,
S’il eût voulu l’amour ne veut point la pitié !

Je prise haut mon mal ! ma douleur importune
Ne s’ira point répandre au cailloux du chemin.
Chaque homme est l’artisan de sa libre fortune :
Nous habitons le sort bâti de notre main.

Vous me fûtes trompeurs, rêves de mon bel âge.
Eh bien ! je vous souris à l’heure des adieux ;
Partez ! seul désormais, j’attendrai sur la plage
Du calme pour mon cœur, de l’ombre pour mes yeux.

La Muse et l’avenir, qu’importe ! et l’amour même !
J’ai désappris l’espoir, partez ! — Il est des jours
D’abattement sans nom d’accablement suprême,
Où l’on voudrait s’étendre et dormir pour toujours !


Auguste Lacaussade

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