Je ne crois plus au langage des fleurs 
Et l’Oiseau bleu pour moi ne chante plus. 
Mes yeux se sont fatigués des couleurs 
Et me voici las d’appels superflus. 

C’est en un mot, la triste cinquantaine. 
Mon âge mûr, pour tous fruits tu ne portes 
Que vue hésitante et marche incertaine 
Et ta frondaison n’a que feuilles mortes ! 

Mais des amis venus de l’étranger, 
— Nul n’est, dit-on, prophète en son pays — 
Du moins ont voulu, non encourager, 
Consoler un peu ces lustres haïs.

Ils ont grimpé jusques à mon étage
Et des fleurs plein les mains, d’un ton sans leurre. 
Souhaité gentiment à mon sot âge 
Beaucoup d’autres ans et santé meilleure.

Et comme on buvait à ces vœux du cœur 
Le vin d’or qui rit dans le cristal fin,
Il m’a semblé que des bouquets, en chœur,
Sortaient des voix sur un air divin ;

Et comme le pinson de ma fenêtre 
Et le canari, son voisin de cage,
Pépiaient gaiement, je crus reconnaître 
L’Oiseau bleu qui chantait dans le bocage.

Paul Verlaine

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