Moi de qui les rayons font les traits du tonnerre,
Et de qui l'univers adore les autels ;
Moi dont les plus grands dieux redouteraient la guerre,
Puis-je sans déshonneur me prendre à des mortels ?

J'attaque malgré moi leur orgueilleuse envie,
Leur audace a vaincu ma nature et le sort ;
Car ma vertu qui n'est que pour donner la vie,
Est aujourd'hui forcée à leur donner la mort.

J'affranchis mes autels de ces fâcheux obstacles,
Et foulant ces brigands que mes traits vont punir,
Chacun dorénavant viendra vers mes oracles,
Et préviendra le mal qui lui peut advenir.

C'est moi qui pénétrant la dureté des arbres,
Arrache de leur cœur une savante voix,
Qui fais taire les vents, qui fais parler les marbres,
Et qui trace au destin la conduite des rois.

C'est moi dont la chaleur donne la vie aux roses,
Et fais ressusciter les fruits ensevelis,
Je donne la durée et la couleur aux choses,
Et fais vivre l'éclat de la blancheur des lys.

Si peu que je m'absente, un manteau de ténèbres
Tient d'une froide horreur ciel et terre couverts,
Les vergers les plus beaux sont des objets funèbres,
Et quand mon œil est clos tout meurt en l'univers.


Théophile de Viau

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