CCCCLVI.

Si tu t'enquiers pourquoy sur mon tombeau
L'on auroit mys deux elementz contraires,
Comme tu voys estre le feu, et l'eau
Entre elementz les deux plus adversaires :
Je t'advertis, qu'ilz sont tresnecessaires
Pour te monstrer par signes evidentz,
Que si en moy ont esté residentz
Larmes et feu, bataille asprement rude :
Qu'apres ma mort encores cy dedens
Je pleure, et ars pour ton ingratitude.

CCCCLVII.

Vouloir tousjours, ou le povoir est moindre,
Que la fortune, et tousjours persister
Sans au debvoir de la raison se joindre,
Contre lequel on ne peult resister,
Seroit ce pas au danger assister,
Et fabriquer sa declination ?
Seroit ce pas, sans expectation
D'aulcun acquest, mettre honneur a mercy,
Ou bien jouer sa reputation
Pour beaucoup moins, qu'a Charles Landrecy ?

CCCCLVIII.

Flamme si saincte en son cler durera,
Tousjours luysante en publicque apparence,
Tant que ce Monde en soy demeurera,
Et qu'on aura Amour en reverence.
Aussi je voy bien peu de difference
Entre l'ardeur, qui noz cœurs poursuyvra,
Et la vertu, qui vive nous suyvra
Oultre le Ciel amplement long, et large.
Nostre Genevre ainsi doncques vivra
Non offensé d'aulcun mortel Letharge.


Maurice Scève

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