Victime au cœur blessé par les flèches d’Éros,
Lorsque tu fatiguais les échos de Naxos
Du bruit de tes sanglots, douloureuse Ariane,
Pâle, le front caché dans ta main diaphane,
Que le jour traversait de ses roses rayons,
Savais-tu, savais-tu que, vainqueur des lions,
Couché sur l’éclatante échine des panthères,
Iacchus, qui préside aux terribles mystères,
Aux noirs enchantements de l’ivresse et des vins,
S’avançait, le jeune homme aux traits fiers et divins,
Le doux efféminé qui naquit dans les flammes,
Courageux comme Hercule, et beau comme les femmes !
Oh ! dis, le savais-tu ? Dans ton lourd désespoir,
Tes yeux qui s’égaraient sur l’abîme pour voir
Fuir au loin le vaisseau du perfide Thésée,
Tes grands yeux où brillait une amère rosée,
Avaient-ils vu le thyrse apparaître joyeux
Devant l’adolescent fils et frère des Dieux ?
Ton oreille avait-elle entendu les cantiques
Hurlés par le troupeau des femmes frénétiques ?

Oui ! tes bras dans les airs tordus, étincelants
Comme deux cols de cygne, énervés et tremblants,
S’entr’ouvraient, et bien moins dans la morne attitude
De l’amante troublant de cris la solitude
Que de la fiancée, en cet heureux instant
Où s’avance l’époux jeune et fort qu’elle attend ;
Tu pressentais déjà son heureuse arrivée ;
Ta gorge palpitait, doucement soulevée
Par l’espoir confiant d’un bonheur inconnu.

Ah ! souris maintenant ! Ce bonheur est venu !
L’amant est près de toi, le voilà qui t’embrasse,
Et de Naxos aux monts ténébreux de la Thrace,
L’hymne éclatant résonne et trouble l’Océan.
Chantez Vénus ! Chantez l’Amour ! Io Pæan !

O mon âme, Ariane errante et tourmentée,
Tu frappes aussi l’air de ta plainte irritée :
Rassure-toi ! Bientôt, messager gracieux,
L’auguste espoir luira pour nous du fond des cieux ;
Tu salueras bientôt le retour de la joie.
Bientôt, fendant la mer orageuse qui ploie
Sous le pesant navire, apparaîtra le Dieu
Tranquille et triomphant, dont le charmant aveu
Ranimera ta force éteinte et ta sauvage
Énergie, Ariane en pleurs sur le rivage,
Dolente solitaire interrogeant toujours
Le gouffre où disparut l’ombre de tes amours !


Albert Glatigny

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