Je ne saurais parler du paradis, et jamais de ma vie je n'y ai été ; mais je saurai bien vous faire aller en enfer, si vous voulez passer en Lombardie, ou vous acheminer sur le pays de Hongrie, en passant au milieu des montagnes ; là il y a de la glace et de la neige, un grand froid pendant toute la durée des douze mois, et des abîmes qui s'enfoncent profondément dans la terre. Là rien ne croît que des sapins et des buissons. Ce pays est un enfer terrestre.

Chars ni charrettes ne pourraient y passer ; si haut que soit le soleil sur l'horizon, sa lumière ne pénètre pas au fond des vallées ; il n'y a pas d'oiseau qui puisse y demeurer : le froid les oblige à aller autre part à tire d'ailes ; les chemins n'ont pas un pied et demi de large. Quant à celui qui fait un faux pas, s'il tombe, il est mort, et son corps est bientôt gelé. Si deux chevaux se rencontrent dans ces passages pénibles et ces chemins étroits, il faut que l'un abîme l'autre. Ce pays est un enfer terrestre.

Il n'y a point de verdure, ni cerf, ni biche, ni sanglier ; point de vignes, ni de champ de blé ; il n'y a aucun charme. On voit les ours et les chamois grimper sur les montagnes : mais que personne ne s'adresse à eux pour mendier une part de leurs vivres ; qu'on cherche ailleurs ! depuis le matin jusqu'à l'heure de complies, il n'y a que ténèbres, vents et bruits horribles. Lucifer, qui est le roi des diables, tient sa cour avec ses frères au haut des monts, et il répand partout la gelée et le froid. Ce pays est un enfer terrestre.

Prince, si l'on veut punir un grand pêcheur dans son corps et dans son âme, qu'une sentence le condamne à vivre au milieu de ces montagnes ! Qu'on le mette au ban, l'obligeant à y demeurer, sans qu'il puisse retourner dans nos belles contrées. Ce pays-là est un enfer terrestre.

Eustache Deschamps

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