Les Contemplations de Victor Hugo : Texte Intégral (et PDF)

Incontournable de la poésie, et même de la littérature française, les Contemplations de Victor Hugo est un des recueils les plus connus de l’histoire. Sur cette page, vous trouverez les 159 poèmes de cette œuvre magistrale parue en 1856 et divisée en 2 grandes parties...

Les Fleurs du Mal de Baudelaire : Texte Intégral (et PDF)

Incontournable de la poésie et même de la littérature française, les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire est probablement le recueil le plus connu de l’histoire. Sur cette page, vous trouverez tous les poèmes de cette œuvre magistrale. Il s'agit des 127 poèmes de...

Ô ne blasphème pas - Paul Verlaine

Ô ne blasphème pas, poète, et souviens-toi.Certes la femme est bien, elle vaut qu’on la baise,Son cul lui fait honneur, encor qu’un brin obèseEt je l’ai savouré maintes fois, quant à moi.Ce cul (et les tétons) quel nid à nos caresses !Je l’embrasse à genoux et lèche...

Les Contemplations de Victor Hugo : Faits Intéressants et Poèmes

Incontournable de la poésie, et même de la littérature française, les Contemplations de Victor Hugo est un des recueils les plus connus de l’histoire. Sur cette page, je vais vous présenter quelques faits intéressants sur cette œuvre, vous en présentez les plus beaux...

Les Fleurs du Mal de Baudelaire : Faits Intéressants et Poèmes

Incontournable de la poésie et même de la littérature française, les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire est probablement le recueil le plus connu de l’histoire. Sur cette page, je vais vous présenter quelques faits intéressants sur cette œuvre, vous en présentez les...

Le matin des étrennes - Arthur Rimbaud

Ah ! Quel beau matin, que ce matin des étrennes !Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennesDans quel songe étrange où l’on voyait joujoux,Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,Tourbillonner, danser une danse sonore,Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître...

Les Plus Beaux Poèmes d'Amour du 19e Siècle

Si vous souhaitez lire ou relire les meilleurs poèmes français du 19e siècle sur le thème de l'amour, vous êtes au bon endroit. Certains de ses poèmes seront parfait pour une carte de Saint-Valentin, un anniversaire de mariage, ou simplement pour déclarer sa flamme à...

Élégie - Alfred de Musset

Mes chers amis, quand je mourrai,Plantez un saule au cimetière.J'aime son feuillage éploré ;La pâleur m'en est douce et chère,Et son ombre sera légèreÀ la terre où je dormirai. Alfred de Musset

Dors-tu content - Alfred de Musset

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourireVoltige-t-il encor sur tes os décharnés ?Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire;Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.Il est tombé sur nous, cet édifice immenseQue de tes larges mains tu sapais nuit...

Tirade des non merci - Cyrano de Bergerac - Edmond Rostand

Et que faudrait-il faire ?Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,Et comme un lierre obscur qui circonvient un troncEt s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?Non, merci ! Dédier, comme tous ils le...

Treize - Renée Vivien

Ashtaroth, Belzébuth, Bélial et Moloch Fendent la nuit d'hiver, massive comme un roc, De leurs iles et de leur souffle de fournaise, Et, sur les murs lépreux de Suburra, Moloch De son pouce sanglant trace le nombre  : treize. Ashtaroth, Belzébuth, Bélial et Moloch Ont...

Virgo Hebraïca - Renée Vivien

Tu m'apportes l'ardeur des nuits de Palestine. Sur ton front, serein comme un feu d'autel, Brûle, sceau mystique, empreinte divine, La gloire de ta race, ô fille d'Israël  ! Ton corps a les parfums du corps de Bethsabée, Pâleur de lotus et de nénuphar. Un saphir...

Les Oripeaux - Renée Vivien

Je ne danserai pas sur ton tréteau banal, Avec tes histrions et tes prostituées. Lorsque fermente en moi la tristesse du vin, J'erre, exagérant mon verbe de pitre, Mentant comme un prêtre et comme un devin Ma loquacité pérore et chapitre Devant la foule aux remous de...

Les Succubes disent… - Renée Vivien

Quittons la léthargie heureuse des maisons, Le carmin des rosiers et le parfum des pommes Et les vergers où meurt l'ondoiement des saisons, Car nous ne sommes plus de la race des hommes. Nous irons sous les ifs où s'attarde la nuit, Où le souffle des Morts vole, comme...

Les Vendeuses de Fleurs - Renée Vivien

Elles attendent, dans l'or bleu d'un réverbère, Quand la nuit des cités tragiques délibère Au pied d'un réverbère. Elles attendent… Et, frissonnant de dégoût, Les Fleurs, sous leurs doigts gris, leur haleine d'égout, Ont blêmi de dégoût. L'âpre fraternité de leurs...

Litanie de la Haine - Renée Vivien

La Haine nous unit, plus forte que l'Amour. Nous haïssons le rire et le rythme du jour, Le regard du printemps au néfaste retour. Nous haïssons la face agressive des mâles. Nos cœurs ont recueilli les regrets et les râles Des Femmes aux fronts lourds, des Femmes aux...

Naples - Renée Vivien

Le temple abandonné de la Vénus latine Se recule et s'estompe à travers les embruns, Et le déroulement rituel des parfums Ne tourbillonne plus vers l'Image Divine. Les roses, sur le marbre enfiévré par leur sang, N'ont plus leur rouge ardeur de rire et de rapine  : Le...

Paysage d'après El Greco - Renée Vivien

Parmi le boréal silence, le zénith Irradie âprement aux jardins d'aconit. Enigmes et remords, les yeux des Nyctalopes Reflètent la perplexité des horoscopes, Et les musiciens, frères des Séraphim, Ecoutent murmurer la harpe d'Eloïm. De glauques nénuphars charment le...

Péché des Musiques - Renée Vivien

Je n'ai point contemplé le mirage des formes, Je n'ai point désiré l'oasis des couleurs, J'ai su me détourner de la saveur des cormes Et des mûres de pourpre et des figues en fleurs. Mes doigts n'ont point pétri le moelleux des étoffes. J'ai fui, comme devant un...

Pour Une - Renée Vivien

Quelqu'un, je crois, se souviendra dans L'avenir de nous. Mon souci. Psappha Dans l'avenir gris comme une aube incertaine, Quelqu'un, je le crois, se souviendra de nous, En voyant brûler sur l'ambre de la plaine L'automne aux yeux roux. Un être parmi les êtres de la...

Reflets d'Ardoise - Renée Vivien

Vois, tandis que gauchit la bruine sournoise, Les nuages pareils à des chauves-souris, Et là-bas, gris et bleu sous les cieux bleus et gris, Ruisseler le reflet pluvieux de l'ardoise. O mon divin Tourment, dans tes yeux bleus et gris S'aiguise et se ternit le reflet...

Telle que Viviane - Renée Vivien

Le blond zodiaque détruit Ses énigmatiques algèbres, Et les cygnes noirs de la nuit Glissent sur un lac de ténèbres. Tu me tends, d'un geste onduleux, Tes mains où le lotus se fane. A travers les feuillages bleus Tu souris, comme Viviane. Je retrouve les chers...

Les Emmurées - Renée Vivien

L'ombre étouffe le rire étroit des Emmurées. Leur illusoire appel s'étrangle dans la nuit. Leur front implore en vain la brise qui s'enfuit Vers l'Ouest, où les mers sommeillent, azurées. Leur cécité profonde ignore les marées Des couleurs, les reflux de la fleur et...

Les Iles - Renée Vivien

La mer porte le poids voluptueux des Iles… Le lapis lazuli des ondes infertiles Sollicite le frais recueillement des Iles. Iles d'hiver, ô fleurs de la nacre et du nord  ! Lorsque l'ombre a tressé les roses de la mort, Les Iles ont jailli de la nacre et du nord. Elles...

Les Lèvres pareilles - Renée Vivien

L'odeur des frézias s'enfuit Vers les cyprès aux noirs murmures… La brune amoureuse et la nuit Ont confondu leurs chevelures. J'ai vu se mêler, lorsque luit Le datura baigné de lune, Les cheveux sombres de la nuit Aux cheveux pâles de la brune. La fin balsamique du...

Les Mangeurs d'herbe - Renée Vivien

C'est l'heure où l'âme famélique des repus Agonise, parmi les festins corrompus. Et les Mangeurs d'herbe ont aiguisé leurs dents vertes Sur les prés d'octobre aux corolles larges ouvertes, Les prés d'un ton de bois où se rouillent les clous… Ils boivent la rosée avec...

Les Morts aveugles - Renée Vivien

Les Morts aveugles sont assis dans les tombeaux, Ils ouvrent leurs yeux larges et stupides Devant la lueur rouge des flambeaux, Et leurs yeux béants sont des gouffres vides… Dardant vers la nuit leurs regards stupides, Les Morts aveugles sont assis dans les tombeaux....

Les Oliviers - Renée Vivien

Et je regrette et je cherche… Psappha Les oliviers, changeants et frais comme les vagues, Recueillent gravement tes murmures légers, Psappha, Divinité des temples d'orangers, Dont le chant surpassa le chant des étrangers… La montagne a des plis musicalement vagues…...

La Nuit latente - Renée Vivien

Le soir, doux berger, développe Son rustique solo… Je mâche un brin d'héliotrope Comme Fra Diavolo. La nuit latente fume, et cuve Des cendres, tel un noir Vésuve, Voilant d'une vapeur d'étuve La lune au blanc halo. Je suis la fervente disciple De la mer et du soir. La...

La Vierge au Tapis - Renée Vivien

Pâle et mélancolique ainsi qu'une malade, Un tapis fondu languit sous tes pieds. Plus majestueux qu'un temple de jade, Les magnolias et les tulipiers Ont laissé pleuvoir la nuit de leur voûte. Tramé dans un soir aux bleus inconnus Par de brunes mains que l'été...

Le Dédain de Psappha - Renée Vivien

Vous n'êtes rien pour moi. Pour moi, je n'ai point de ressentiment, mais j'ai l'âme sereine. Psappha Vous qui me jugez, vous n'êtes rien pour moi. J'ai trop contemplé les ombres infinies. Je n'ai point de l'orgueil de vos fleurs, ni l'effroi De vos calomnies. Vous ne...

Les cygnes sauvages - Renée Vivien

CHANSON NORVEGIENNE CHŒUR Comme un vol de cygnes sauvages, Battements d'ailes vers le Nord, Passe le vol des blancs nuages, Chassés par la bise qui mord. RECIT Viens, nous respirerons les parfums de la neige. Les brumes auront le bleu de tes regards froids. Tes...

Donna m'apparve - Renée Vivien

Sopra candido vel cinta d'oliva Donna m'apparve, sotto verde manto, Vestita di color di fiamma viva. Dante, Purgatorio, canto trentesimo. Lève nonchalamment tes paupières d'onyx. Verte apparition qui fus ma Béatrix. Vois les pontificats étendre, sur l'opprobre Des...

Explicit Liber Veneris Caecorum - Renée Vivien

Dans le frais clair-obscur bleuissent des lumières  : Viens rêver de la Mort… J'adore tes paupières. Les siècles ont glissé sur nos fronts endormis, Plus légers et plus doux que des rires amis… Et le ruissellement des feuilles de pivoine Pleut dans notre cercueil...

Faste des Tissus - Renée Vivien

Estompe ta beauté sous le poids des étoffes, Plus souples que les flots, plus graves que les strophes. Elles ont la caresse et le rythme des mers, Et leur frisson s'accorde au blanc frisson des chairs. Revêts le violet des antiques chasubles, Parsemé de l'éclair des...

Incipit Liber Veneris Caecorum - Renée Vivien

Le feuillage s'écarte en des plis de rideaux Devant la Vénus des Aveugles, noire Sous la majesté de ses noirs bandeaux. Le temple a des murs d'ébène et d'ivoire Et le sanctuaire est la nuit des nuits. Il n'est plus d'odeurs, il n'est plus de bruits Autour de cet autel...

Intervalle crépusculaire - Renée Vivien

Tes yeux sous tes cheveux sont comme des poignées De rayons à travers des toiles d'araignées. Ton sourire d'été, que l'aube colora, Est pareil au sourire orgueilleux de Sara. Mon regard s'hypnotise à cette fauve boucle Où le divin saphir épouse l'escarboucle. Tes...

L'Aurore vengeresse - Renée Vivien

L'Aube, dont le glaive reluit, Venge, comme une blanche Electre, La fiévreuse aux regards de spectre, Dupe et victime de la nuit… Vers l'horreur des étoiles noires Montent les funèbres accords… Sur la rigidité des morts Veillent les lys expiatoires. L'ombre aux...

La Dogaresse - Renée Vivien

UN ACTE EN VERS SCENE PREMIERE Le palais des Doges. Fenêtres ouvertes sur la lagune. On entend de lointains accords de luths et de mandolines. GEMMA O Venise  ! J'ai l'âme ivre des sérénades  : La musique a brûlé mes lèvres et mon front. Les barques où, parmi la...

La Douve - Renée Vivien

L'aube a des pas furtifs de louve Et des yeux de chacal… De mes mains j'ai creusé la douve  ; J'ai bâti, sans vassal, La tour aux murs noirs qui t'encloître. Ton épouvante voit s'accroître, Pareil à l'enflure d'un goitre, Mon amour féodal. Que m'importe ton regard...

La Fourrure - Renée Vivien

Je hume en frémissant la tiédeur animale D'une fourrure aux bleus d'argent, aux bleus d'opale  ; J'en goûte le parfum plus fort qu'une saveur, Plus large qu'une voix de rut et de blasphème, Et je respire avec une égale ferveur, La Femme que je crains et les Fauves que...

La Madone aux Lys - Renée Vivien

J'ai bu, tel un poison, vos souffles éplorés, Vos sanglots de parfums, lys fauves, lys tigrés  ! Dédiez au matin votre rose sourire, Lys du Japon, éclos aux pays de porphyre. Ténèbres, répandez vos torpeurs d'opiums, Vos sommeils de tombeaux sur les chastes arums. Lys...

Chanson pour Elle - Renée Vivien

L'orgueil, endolori s'obstine A travestir ton cœur lassé, Ténébreux comme la morphine Et le mystère du passé. Tu récites les beaux mensonges Comme on récite les beaux vers. L'ombre répand de mauvais songes Sur tes yeux d'archange pervers. Tes joyaux sont des orchidées...

Chevauchée - Renée Vivien

Les Ondines, ceignant les roseaux bleus du fleuve, Ont des chansons de vierge et des sanglots de veuve. Leurs gemmes sont les pleurs lumineux du passé. Le Griffon s'alanguit en un songe lassé  ; Sur ses paupières a pesé la somnolence, Et ses ongles d'onyx ont rayé le...

Parle-moi, de ta voix pareille à l'eau courante - Renée Vivien

Parle-moi, de ta voix pareille à l'eau courante, Lorsque s'est ralenti le souffle des aveux. Dis-moi des mots railleurs et cruels si tu veux, Mais berce-moi de la mélopée enivrante. De ce timbre voilé qui m'attriste et m'enchante, Lorsque mon front s'égare en tes...

Ta chevelure d'un blond rose - Renée Vivien

Ta chevelure d'un blond rose A l'opulence du couchant, Ton silence semble une pause Adorable au milieu d'un chant. Et tu passes, ô Bien-Aimée, Dans le frémissement de l'air… Mon âme est toute parfumée Des roses blanches de ta chair. Lorsque tu lèves les paupières, Tes...

A la Florentine - Renée Vivien

Entre tes seins blêmit une perle bizarre. Tu rêves, et ta main curieuse s'égare Sur les algues de soie et les fleurs de satin. J'aime, comme un péril, ton sourire latin, Tes prunelles de ruse où l'ombre se consume Et ton col sinueux de page florentin. Tes yeux sont...

A la perverse Ophélie - Renée Vivien

Les évocations de ma froide folie Raniment les reflets sur le marais stagnant Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie  ! C'est là que mes désirs te retrouvent, ceignant D'iris bleus ton silence et ta mélancolie, c'est là que les échos raillent en s'éloignant. L'eau...

After Glow - Renée Vivien

Je poursuis mon chemin vers le havre inconnu. Les Femmes de Désir ont blessé mon cœur nu. Dans la perversité de leur inquiétude Elles ont outragé ma calme solitude. Elles n'ont respecté ni l'ordre ni la loi Que j'observais, avec un très exact effroi. Obéissant au cri...

Arums de Palestine - Renée Vivien

O ma Maîtresse, je t'apporte, Funèbres comme un requiem, Lys noirs sur le front d'une morte, Les arums de Jérusalem. Ils éclosent parmi les râles De l'amour que l'aube détruit, Et les succubes aux doigts pâles Ont respiré leur chair de nuit. Seule, ton âme ténébreuse...

Céres Eleusine - Renée Vivien

La nuit des vergers bleus d'acanthes, Des jardins pourpres d'aloès, Attend l'Evohé des Bacchantes Et les mystères de Cérès. Dans le temple aux flammes païennes, Le soir, accroupi comme un sphinx, Contemple les Musiciennes, Evocatrices de Syrinx. Une étrange et pâle...

Prophétie - Renée Vivien

Tes cheveux aux blonds verts s'imprègnent d'émeraude Sous le ciel pareil aux feuillage clairs. L'odeur des pavots se répand et rôde Ainsi qu'un soupir mourant dans les airs. Les yeux attachés sur ton fin sourire, J'admire son art et sa cruauté, Mais la vision des ans...

Ressemblance inquiétante - Renée Vivien

J'ai vu dans ton front bas le charme du serpent. Tes lèvres ont humé le sang d'une blessure, Et quelque chose en moi s'écœure et se repent Lorsque ton froid baiser me darde sa morsure. Un regard de vipère est dans tes yeux mi-clos, Et ta tête furtive et plate se...

Sonnet - Renée Vivien

Les algues entr'ouvraient leurs âpres cassolettes D'où montait une odeur de phosphore et de sel, Et, jetant leurs reflets empourprés vers le ciel, Semblaient, au fond des eaux, un lit de violettes. La blancheur d'un essor palpitant de mouettes Mêlait au frais nuage un...

Ton âme - Renée Vivien

Pour une amie solitaire et triste. Ton âme, c'est la chose exquise et parfumée Qui s'ouvre avec lenteur, en silence, en tremblant, Et qui, pleine d'amour, s'étonne d'être aimée. Ton âme, c'est le lys, le lys divin et blanc. Comme un souffle des bois remplis de...

Velléité - Renée Vivien

Dénoue enfin tes bras fiévreux, ô ma Maîtresse  ! Délivre-moi du joug de ton baiser amer, Et, loin de ton parfum dont l'impudeur m'oppresse, Laisse-moi respirer les souffles de la mer. Loin des langueurs du lit, de l'ombre et de l'alcôve, J'aspirerai le sel du vent et...

Cri - Renée Vivien

Tes yeux bleus, à travers leurs paupières mi-closes, Recèlent la lueur des vagues trahisons. Le souffle violent et fourbe de ces roses M'enivre comme un vin où dorment les poisons… Vers l'heure où follement dansent les lucioles, L'heure où brille à nos yeux le désir...

Écoutez… Celles-là sont les Musiciennes - Renée Vivien

Écoutez… Celles-là sont les Musiciennes. Leur présence est pareille à l'écho d'une voix, Et leur souffle est dans l'air plein de légers émois, Plein de très lents accords aux langueurs lesbiennes. Et les voici passer, formes aériennes, Se mêlant au silence harmonieux...

J'ai l'âme lasse - Renée Vivien

J'ai l'âme lasse du destin Et je ne veux plus voir le monde Qu'à travers le voile divin De tes pâles cheveux de blonde. Sur mon front, haï des sommeils Et que le délire importune, Répands tes doux cheveux, pareils A des rayons de clair de lune. Puisque le passé pleure...

Les Amazones - Renée Vivien

On voit errer au loin les yeux d'or des lionnes… L'Artémis, à qui plait l'orgueil des célibats, Qui sourit aux fronts purs sous les pures couronnes, Contemple cependant sans colère, là-bas, S'accomplir dans la nuit l'hymen des Amazones, Fier, et semblable au choc...

Paroles à l'Amie - Renée Vivien

Tu me comprends  : je suis un être médiocre, Ni bon, ni très mauvais, paisible, un peu sournois. Je hais les lourds parfums et les éclats de voix, Et le gris m'est plus cher que l'écarlate ou l'ocre. J'aime le jour mourant qui s'éteint par degrés, Le feu, l'intimité...

Psappha revit - Renée Vivien

La lune se levait autrefois à Lesbos Sur le verger nocturne où veillaient les amantes. L'amour rassasié montait des eaux dormantes Et sanglotait au cœur profond des sarbitos. Psappha ceignait son front d'auguste violettes Et célébrait l'Eros qui s'abat comme un vent...

Toi, notre Père Odin - Renée Vivien

Le vent d'hiver s'élance, audacieux et fort, Ainsi que les Vikings, en leur nobles colères. La tempête a soufflé sur les pins séculaires Et les flots ont bondi… Venez, mes Dieux du Nord ! Vos yeux ont le reflet des lames boréales, Les abîmes vous sont de faciles...

Viens, Déesse de Kupros - Renée Vivien

Viens, Déesse de Kupros, et verse délicatement dans les coupes d'or le nectar mêlé de joies. Psappha Mon orgueil n'a connu que le blâme et l'affront, Et l'impossible gloire au loin rit et chatoie… Puisque le noir laurier ne ceindra point mon front, Remplis la coupe...

Viviane - Renée Vivien

Une odeur fraîche, un bruit de musique étouffée Sous les feuilles, et c'est Viviane la fée. Elle imite, cachée en un fouillis de fleurs, Le rire suraigu des oiseaux persifleurs. Souveraine fantasque, elle s'attarde et rôde Dans la forêt, comme en un palais d'émeraude....

Devant la mort d'une amie véritablement aimée - Renée Vivien

Ils me disent, tandis que je sanglote encore  : «  Dans l'ombre du sépulcre où sa grâce pâlit, Elle goûte la paix passagère du lit, Les ténèbres au front, et dans les yeux l'aurore. «  Mais elle a la splendeur de l'Esprit délivré, Rêve, haleine, harmonie, éclat,...

La Pleureuse - Renée Vivien

Elle vend aux passants ses larmes mercenaires, Comme d'autres l'encens et l'odeur des baisers. L'amour ne brûle plus dans ses yeux apaisés Et sa robe a le pli rigide des suaires. Son deuil impartial, à l'heure des sommeils, Gémit sur les anciens aux paupières blêmies...

Le Sang des fleurs - Renée Vivien

Ainsi que, sur les montagnes, les pâtres foulent aux pieds l'hyacinthe, et la fleur s'empourpre sur la terre. Psappha Le soir s'attriste encor de ses clartés éteintes. Des rêves ont troublé l'air pâle et languissant, Et, chantant leurs amours, les pâtres, en passant,...

Héléna – Chant I – L'Autel - Alfred de Vigny

Ils ont, Seigneur, affligé votre peuple, ils ont opprimé votre héritage. Ils ont mis à mort la veuve et l'étranger, ils ont tué les orphelins. (Psaumes.) Le téorbe et le luth, fils de l'antique lyre, Ne font plus palpiter l'Archipel en délire ; Son flot, triste et...

Héléna – Chant II – Le Navire - Alfred de Vigny

O terre de Cécrops ! terre où règnent un souffle divin et des génies amis des hommes ! (Les Martyrs, Chateaubriand.) Au cœur privé d'amour, c'est bien peu que la gloire. Si de quelque bonheur rayonne la victoire, Soit pour les grands guerriers, soit à ceux dont la...

Héléna – Chant III – L'Urne - Alfred de Vigny

Cette urne que je tiens contient-elle sa cendre ? O vous ! à ma douleur, objet terrible et tendre, Éternel entretien de haine et de pitié ! (Corneille.) « Aux armes, fils d'Ottman, car de sa voix roulante Le tambour vous rappelle à la tâche sanglante. Le canon gronde...

Lord Littleton - Alfred de Vigny

Poème inachevé – 1847 Si vous me demandiez ce qu'il fut, je dirais Qu'il était pâle et grand, triste et blond, que ses traits N'étaient pas de ceux-là qui font que l'on s'écrie : Je ne croirai jamais qu'il danse ni qu'il rie. Au contraire, il avait un front calme et...

Ainsi je parlerai… - Renée Vivien

Ô si le Seigneur penchait son front sur mon trépas, Je lui dirais  : «  Ô Christ, je ne te connais pas. «  Seigneur, ta stricte loi ne fut jamais la mienne, Et je vécus ainsi qu'une simple païenne. «  Vois l'ingénuité de mon cœur pauvre et nu. Je ne te connais point....

D'après Swinburne - Renée Vivien

À Paule Riversdale, En souvenir d'une épigraphe de «  l'Etre Double  » . Sweet for a little even to fear, and sweet, O love, to lay sown fear at love's fair feet, Shall not some fiery memory of his breath Lie sweet on lips that touch the lips of death  ? Yet leave me...

La Dryade - Alfred de Vigny

Idylle dans le goût de Théocrite Honorons d'abord la Terre, qui, la première entre les dieux, rendit ici les oracles… J'adore aussi les nymphes. Eschyle. Vois-tu ce vieux tronc d'arbre aux immenses racines ? Jadis il s'anima de paroles divines ; Mais par les noirs...

Madame de Soubise - Alfred de Vigny

À M. Antony Deschamps. « Le 24 du mesme mois s'exploita l'execution tant souhaitée, qui deliura la chrestienté d'un nombre de pestes, au moyen desquelles le diable se faisoit fort de la destruire, attendu que deux ou trois qui en reschappe- rent font encore autant de...

La Bouteille à la mer - Alfred de Vigny

Conseil à un jeune homme inconnu I Courage, ô faible enfant, de qui ma solitude Reçoit ces chants plaintifs, sans nom, que vous jetez Sous mes yeux ombragés du camail de l'étude. Oubliez les enfants par la mort arrêtés ; Oubliez Chatterton, Gilbert et Malfilâtre ; De...

La Maison du berger - Alfred de Vigny

À Éva I Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie, Se traîne et se débat comme un aigle blessé, Portant comme le mien, sur son aile asservie, Tout un monde fatal, écrasant et glacé ; S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle, S'il ne voit plus l'amour, son...

La Sauvage - Alfred de Vigny

I Solitudes que Dieu fit pour le Nouveau Monde, Forêts, vierges encor, dont la voûte profonde A d'éternelles nuits que les brûlants soleils N'éclairent qu'en tremblant par deux rayons vermeils (Car le couchant peut seul et seule peut l'aurore Glisser obliquement aux...

Les Oracles - Alfred de Vigny

DESTINÉE D'UN ROI I Ainsi je t'appelais au port et sur la terre, Fille de l'Océan, je te montrais mes bois. J'y roulais la maison errante et solitaire. — Des dogues révoltés j'entendais les abois. — Je voyais, au sommet des longues galeries — L'anonyme drapeau des...

Éloa, ou la sœur des Anges – Chant III – Chute - Alfred de Vigny

D'où venez-vous, Pudeur, noble crainte, ô Mystère, Qu'au temps de son enfance a vu naître la terre, Fleurs de ses premiers jours qui germez parmi nous, Rose du Paradis ! Pudeur, d'où venez-vous ? Vous pouvez seule encor remplacer l'innocence, Mais l'arbre défendu vous...

On part… et l'automne morose… - Francis Vielé-Griffin

On part… et l'automne morose Que l'on croise au tournant du chemin Flétrit d'un souffle les roses Qu'on emportait dans la main ; On part, et la pluie, éployée Comme une aile, vous frôle la joue : La pluie banale a noyé Tes larmes et les mêle à la boue. On part vers...

Rester ? tu es folle, pensée ! - Francis Vielé-Griffin

Rester ? tu es folle, pensée ! On serait seul – rien ne dure Rester comme une ombre aux croisées, Comme un portrait qui sourit au mur ? C'est déjà trop qu'on s'attarde ; Notre heure est loin sur la route - Qu'est-ce donc que tu regardes Là-bas ? Qu'est-ce que tu...

N'es-tu lasse, aussi, de rêver d'hier ? - Francis Vielé-Griffin

N'es-tu lasse, aussi, de rêver d'hier ? N'es-tu prête à prophétiser ? Je suis triste et seul et fier De mon rêve maîtrisé. Ne veux-tu pas songer à l'ombre Enfin ! où nous entrons ce soir ; Et voudrais-tu que je renombre Mes vieux et mes jeunes espoirs ? Je suis...

Son temple est vaste et morose… - Francis Vielé-Griffin

Son temple est vaste et morose ; Son culte est fébrile et sans fin ; La prière, sans une pause, S'élève d'hier en demain ; Et seul le choeur varie : Tantôt maintes voix, tantôt une, Aux accords du vent se marient Au-dessus de la grève et des dunes ; On chante de voix...

La vague roule et s'effondre… - Francis Vielé-Griffin

La vague roule et s'effondre, Se reploie et remonte et s'éploie : - Son culte étreint le monde D'un océan de joies. La vague se dresse et s'écroule, S'assemble et brandit sa clarté : - Elle donne une âme à la foule Et la pare de sa beauté. La vague surgit et nous...

N'importe ? pensée, Alerte ! - Francis Vielé-Griffin

N'importe ? pensée, Alerte ! L'écho de nos pas nous approuve ; Marchons vers la vaste mer verte Sur la route qui s'ouvre. Je t'interpelle dans l'ombre, Ou me tais pour entendre ta voix - Le ciel s'est fait bas et sombre Et pèse comme la voûte des bois - Alerte, vers...

N'est-il une chose au monde… - Francis Vielé-Griffin

« N'est-il une chose au monde, Chère, à la face du ciel - un rire, un rêve, une ronde, Un rayon d'aurore ou de miel N'est-il une chose sacrée - un livre, une larme, une lèvre, Une grève, une gorge nacrée, Un cri de fierté ou de fièvre N'est-il une chose haute, Subtile...

La ronde ailée des heures… - Francis Vielé-Griffin

La ronde ailée des heures Tourne dans la prairie. Pas une qui demeure Qu'elle pleure, qu'elle rie. Elles fuient entraînées Vers le couchant de gloire… Quel soir (de quelle année ?) Se mire au flot de Loire ? Qui voudrait ressaisir, Fantômes clairs et chantants, La...

Reflets - Francis Vielé-Griffin

Sous l'eau du songe qui s'élève, Mon âme a peur, mon âme a peur ! Et la lune luit dans mon cœur, Plongé dans les sources du rêve. Sous l'ennui morne des roseaux, Seuls les reflets profonds des choses, Des lys, des palmes et des roses, Pleurent encore au fond des eaux....

On part à sa guise et l'on chante… - Francis Vielé-Griffin

On part à sa guise et l'on chante - Quel écho dira le refrain ? Ce sont nos vieux airs qui me hantent, Et comme une angoisse m'étreint On part à son heure et sans hâte - Et le pas s'est précipité On a choisi la route plate - Nous allons gravir le sentier ; On part...

D'autres viendront par la prée… - Francis Vielé-Griffin

D'autres viendront par la prée S'asseoir au banc de la porte ; Tu souriras belle et parée, Du seuil, à ta jeune escorte : Ils marcheront à ta suite Aux rayons de ton printemps - Qu'ont-ils à courir si vite ? Moi, j'eus, aussi, leurs vingt ans Ils auront tes sourires...

Je suis riche de soirs et d'aurores… - Francis Vielé-Griffin

Je suis riche de soirs et d'aurores, De chants, de parfums, de clarté ; Quel fruit cueillerais-je encore Au verger de ta beauté ? Je suis ivre d'étés et d'automnes, De fleurs, de fruits et de vins ; Tu m'as fait de toi-même aumône : Qu'aurais-je imploré demain ? Mon...

Qui taillera cette vigne… - Francis Vielé-Griffin

Qui taillera cette vigne Au pâle soleil d'hiver ? - Là-haut, passeront des cygnes ; Là-bas, les blés seront verts S'il te regarde d'ici, Il te verra frileuse et fine ; Mais il aura d'autres soucis Que ta fine beauté divine ; Et nul autre, d'heures en heures, Jour par...

C'est peu que ces dix années - Francis Vielé-Griffin

C'est peu que ces dix années Au cours de ta vie en fleur : Les siècles te sont donnés ; Nous n'avons que des heures. C'est peu ; et c'est toute la fleur, Pourtant, de ma vie éphémère ; La fleur est fanée et j'ai peur, Car le fruit de la vie est amer. Tes roses...

Tu n'as rien pris de mon âme… - Francis Vielé-Griffin

Tu n'as rien pris de mon âme Que je ne te l'aie donné ; Mon rêve est tendre et calme De l'œuvre de ma journée ; Je n'ai rien pris de ta lèvre Qu'un baiser et qu'un refrain ; Le soir vient, je me lève, Et je reprends le chemin ; Je te quitte, tu me laisses aller - Toi,...

Mon pas, sur la route d'automne… - Francis Vielé-Griffin

Mon pas, sur la route d'automne, Berce la chanson des adieux Au rythme monotone De la plaine grise et des cieux ; Je me sens si fort et si leste Que je marche au son de mes pas, Entre le double geste Balancé de mes bras ; Ma pensée monte, lente, Comme l'étoile du soir...

Je chante haut pour m'entendre… - Francis Vielé-Griffin

Je chante haut pour m'entendre, Car la nuit est noire et sans voix ; - La route est molle et la terre est tendre Il a plu trois jours sur les bois. Je frappe le sol en cadence Du bout de mon bâton ferré - Ici, l'ombre des bois est si dense Qu'en plein jour on n'y...

On se prouve que tout est bien… - Francis Vielé-Griffin

On se prouve que tout est bien ; Qu'il est sage de changer de rêve ; Que tout sera mieux, demain ; Que le passé s'y achève ; Qu'il est bon de rompre un lien ; De fouler les feuilles mortes ; Qu'hier est déjà trop ancien Pour qu'on en cause encor de la sorte ; Que la...

Demain est aux vingt ans fiers… - Francis Vielé-Griffin

Demain est aux vingt ans fiers ; Leurs rires passent, et l'on reste accoudé ; On a honte, un peu, de ses joyeux hiers, Comme d'un habit démodé. Demain, c'est l'automne qui parle De plus près à l'oreille qui l'écoute. Je suis sans regret, mais j'ai mal ; Je suis sans...

J'emporte comme un fardeau léger… - Francis Vielé-Griffin

J'emporte comme un fardeau léger, Comme une gerbe de fleurs et de feuilles, Toute l'ombre de ton verger, Toute la lumière de ton seuil ; Le poids est si doux qu'il m'enivre D'un baiser de lys sur la bouche ; Faut-il donc tout ceci pour, enfin, que tu livres L'aveu de...

Le rêve de la vallée… - Francis Vielé-Griffin

Le rêve de la vallée, Toute d'or et d'Ombre au loin, M'a pris et bercé et roulé Dans un parfum de vigne et de foin ; Son rêve engourdit ma pensée En un bruit de faux et de feuilles : Mon âme roule bercée En un songe de joie et de deuil… Car l'heure est frêle et...

J'ai choisi l'automne attendri… - Francis Vielé-Griffin

J'ai choisi l'automne attendri Et cette heure des ombres longues ; Je cueille une rose flétrie ; On marche et les feuilles tombent. J'ai choisi ce tournant de route D'où le ciel est plus loin dans le soir ; Tout est si calme ! on écoute Des rires au fond de la...

Je regarde, feuille à feuille… - Francis Vielé-Griffin

Je regarde, feuille à feuille, S'éparpiller dans le soir Le manteau d'or et d'orgueil De ces grands arbres noirs ; Je regarde, goutte à goutte, Tomber comme du sang, Les feuilles… et le soir en déroute Tourne et fuit dans le couchant ; On rêverait toute une vie...

Aussi bien je me dirais joyeux… - Francis Vielé-Griffin

Aussi bien je me dirais joyeux, Car la joie est subtile et fait mal - La pluie en fils soyeux Traîne sur l'horizon pâle. Aussi bien je me croirais aimé, Car l'amour est étrange et cruel - Le soleil d'un rire enflammé Met du sang au bord du ciel. J'ai honte et j'ai...

J'ai couru d'abord ; j'étais jeune… - Francis Vielé-Griffin

J'ai couru d'abord ; j'étais jeune ; Et puis je me suis assis : Le jour était doux et les meules Étaient tièdes, et ta lèvre aussi ; J'ai marché, j'étais grave, Au pas léger de l'amour ; Qu'en dirai-je que tous ne savent ? J'ai marché le long du jour ; Et puis, au...

Wieland écoute et entend - Francis Vielé-Griffin

L'ombre, avant l'heure, se glisse Sous les solives saures et basses, Sur l'établi large et lisse, Sur les mains qui s'y posent lasses ; Il semble que le jour finisse. Alors qu'au dehors D'autres vont partir pour la chasse… Comme l'Alvitte dort ! Que ne...

Wieland s'endort, rêve et s'éveille - Francis Vielé-Griffin

Accoudé sur l'enclume, Wieland rêve à son rêve Dont l'ardeur le consume Et sa lâcheté l'achève En un mensonge de fièvre ; Il est faible à pleurer ; Longtemps il est demeuré A rebâtir son espoir ; Et quand brunit le soir, Il retrouva sa force Et alluma sa torche. Alors...

L'Oeuvre de Haine - Francis Vielé-Griffin

L'auvent au bord surabaissé - Une main au front ! Le faîte du lourd mur redressé - Un geste de coude qu'on lève ! Enserrent, comme un cadre oblong. Le léger paysage où va son rêve. D'auprès de l'enclume qui vibre longuement, S'il lève la tète Et redresse son dos qui...

Le Geste Sacré - Francis Vielé-Griffin

Ciel glorieux, Ivresse, espoir, génie …Mais sa bouche est amère. Comme s'il buvait la mer Aspirée de ses yeux Qui vont vers l'horizon se griser d'infini ; Tous ses sens se confondent : Il a soif du ciel bleu ! Le vent qu'il hume fleure en sa narine Quelque chanson...

L'Essor - Francis Vielé-Griffin

On a dit qu'il se lissa des ailes Des fils de la rosée d'aurore, Des rayons filés de la lune ; On a dit encore Qu'il y noua des plumes Ravies aux feux de l'orage Et des pennes de cygne qu'on trouve sur la plage ; On dit qu'il s'envola un soir Dans le vent du nord, à...

Envoi du poème - Francis Vielé-Griffin

Voici l'histoire de Wieland l'Orfèvre Celle Que contèrent il y a mille ans, des lèvres Jeunes et chanteuses, lèvres rouges de vierges. Fleurs qui chantaient, fleurs vives et charnelles, Froides et pâles y depuis dix siècles, comme les neiges Éternelles… Ainsi qu'on...

Le Printemps - Francis Vielé-Griffin

Il y eut trois filles blanches et belles Qui vinrent portées sur le vent du Sud Se poser près d'un lac en refermant leurs ailes, Ainsi s'en vient, Quand mollit l'hiver rude, Le printemps prompt qui fleurit près des fiords ; Et les eaux étaient bleues qui les miraient...

Wieland - Francis Vielé-Griffin

Il y eut trois fils de Finland : Slafide et Égile et Wieland. Ils vinrent de l'Est dans un vent de neige, Jusqu'au Val-du-Loup, s'y bâtir des demeures, Près d'une eau propice à la trempe du fer, A l'orée des bois noirs qui roulent vers la mer. L'un, Slafide, Tendait...

La Forge - Francis Vielé-Griffin

Wieland peine donc à sa forge, Peine et rêve tout ensemble. Le brasier grésille et flambe ; Le fer sanglant en lèpre d'or s'écaille Sous la dent des tenailles Qui le happent ; L'enclume tremble ; Le lourd marteau, brandi à la volée, Frappe et jappe ! Et s'élève et...

Le Départ pour la Chasse - Francis Vielé-Griffin

« Wieland ! tu dors, Wieland ! » C'est Égile et son rire et son arc ; « Qu'as-lu fait de ta nuit, Wieland ? » Égile rit et se moque ; Et Slafide, qui le suit, interpelle : « Es-tu las, ce matin, de l'enclume ? Ou c'est elle qui est lasse ! » « – Oui » , dit Wieland. «...

Les Fileuses - Francis Vielé-Griffin

C'est au bord du lac qu'il vit les fileuses Et s'éprit de leurs mains et du lin qu'elles filaient, Et s'éprit de leurs yeux, de leurs lèvres rieuses, De leurs bras levés Au-dessus du lin clair que leurs fins doigts liaient Sur leur nuque neigeuse ; Il s'éprit de la...

Le Baiser d'Ervare - Francis Vielé-Griffin

Soudain c'est un cri, Et des voix et voici : Slafide, surgi du bois, a saisi Lodrune, à pleins bras, dans un frisson de plumes ! Égile courbe l'Oline et sa grâce Et lui prend un baiser, face à face… La surprise diverse, Puis des cris et un rire, Et le baiser encore...

L'Automne - Francis Vielé-Griffin

Avec le même geste fou Que fait la faux Parmi les seigles roux, D'Est en Ouest, Le vent d'automne passe Par bouffées larges, Couchant les cimes en courroux, Rayant le ciel des feuilles qu'il chasse Vers la mer vaste ; Et vers la mer, D'Est en Ouest, le long du...

La Merveille - Francis Vielé-Griffin

L'Alvitte est endormie ; Wieland œuvre et rêve ; L'enclume est muette, la forge est sans fumée ; Depuis ce rire ardent de l'été qui s'achève En un sourire pâle sur les fiords embrumés. Wieland est orfèvre ; Sa porte est close et son âme est fermée ; Sa main chaude a...

Un bien vieil habit - Jules Verne

O mes amis, ma douleur est extrême, Je ne puis plus porter ce vieil habit ! Lorsqu'on est noble, il est dur tout de même, En soi de voir un si grand déficit ! J'en suis, hélas ! au dernier exemplaire, Un grand malheur sur nous tous a fondu ! Notre tailleur ne peut...

Sonnet d'après Kerner - Jules Verne

Sur deux nobles cercueils deux noms se laissent lire ; Dans l'un Othmar le grand, Othmar roi tout-puissant, Se tient le sceptre en main, comme un roi qui descend Le front haut et superbe, au sein du noir empire ; Dans l'autre est endormi du sommeil pâlissant Un homme...

Lay - Jules Verne

Courir après la gloire, Ce fantôme illusoire, Ce pic, C'est bien follement croire Grimper une glissoire A pic ! C'est nier le purgatoire Au sein d'un consistoire Public ! C'est sans un vomitoire Le mortel poison boire D'aspic. C'est à son auditoire Souhaiter le...

Le cancan - Jules Verne

J'ai souvent du jeune homme admiré le cancan ; Je l'ai vu s'agiter à l'instar de la canne, Voler plus promptement que les soldats du Khan, Plus vite que le plomb fuyant la sarbacane ; J'ai souvent entendu des vieilles le cancan, Qui sournois dit son mot, ferme un œil...

Le coq - Jules Verne

C'est environ à trois cent vingt cinq pieds. Un vieux nid dont les petits sont épiés Par l'œil perçant de quelque oiseau de proie S'épanouit aux brises de suroïe, — Peut-être même à trois cent trente pieds. L'oiseau de proie, — un émouchet, sans doute, — A vu le nid...

Le jeudi saint a ténèbres - Jules Verne

J'aime d'un amour saint l'immense cathédrale Qui porte fièrement sa tête colossale, Lève sa tour altière où la cloche se plaint, Et fait frissonner l'air sous son marteau d'airain. Surtout au crépuscule, à ces heures funèbres, Lorsque le Jeudi saint nous appelle à...

Naissance de la corruption - Jules Verne

Le pouvoir appauvri, sans foyer, sans fortune, Réduit même à coucher au glacial clair de lune, Affaibli par la lutte, et le rude combat Des systèmes divers qui tracassaient l'Etat, Des desseins ténébreux, des sentiments contraires, De ces opinions tenaces,...

Plutus, premier roi de France - Jules Verne

Dans l'ancien temps, Plutus, le grand dieu des richesses, Ne portant ses faveurs qu'aux gens religieux, Afin de découvrir sans erreur les adresses, Chose possible alors, avait d'excellents yeux ; Plus tard, se laissant prendre aux trompeuses caresses, Des hommes...

Quel aveugle ! - Jules Verne

Si vous trouvez le dieu Mercure, Ami, dites-lui de ma part, Que contre tout vol il m'assure, Ce soir, je dois rentrer fort tard Et je craindrais quelque aventure ! Je sais que ce roi des voleurs Eût pu jadis vous satisfaire, Car il était souvent des leurs ; Mais...

Romance - Jules Verne

Ecoute-moi, Magdeleine, L'hiver a quitté la plaine Qu'hier il glaçait encor. Viens dans ces bois d'où ma suite Se retire, au loin conduite Par les sons errants du cor. Viens, on dirait, Magdeleine, Que le printemps, dont l'haleine Donne aux roses leur couleur A cette...

Rondeau redoublé - Jules Verne

Rondeau J'eus de l'amour bien vrai pour Herminie, Elle inspirait de tendres sentiments ; Si sa vertu ne se fût pas ternie, Elle entendrait encor mes doux serments ! J'ai bien passé d'agréables moments Dans son aimable et fine compagnie ; Lui confiant ma joie et mes...

L'attente - Jules Verne

Je suis dans la douce attente ; Au nocturne rendez-vous, Je guette ma belle amante ; La lune amoureuse argenté Le gazon flexible et doux ; Je suis dans la douce attente ; L'ombre tiède et frémissante Se prépare à point pour nous ; Je guette ma belle amante ; De sa...

L'hôpital - Jules Verne

L'hôpital ! sombre mot qui renferme malheurs ! Cercueil universel où, honteuse et souffrante, La misère roulant sur la rapide pente, Dans la mort qui la guette enterre ses douleurs ! Là l'égalité règne, et la tête savante, Vient avec l'ignorant mêler ses doctes pleurs...

L'oméopathie - Jules Verne

Les fougueux partisans du savant Hippocrate Voient avec trop d'horreur ces médecins nouveaux, Qui donnent pour guérir ce qui cause les maux, Et se sont décorés du mot : Oméopathe ! Les anciens médecins de colère ponceaux Veulent les transformer en sujets d'Harpocrate...

L'orpheline au couvent - Jules Verne

J'étais seule sur terre, encor bien jeune, hélas ! Faible fleur sans racine, Sans appui, sans parents que je ne connus pas. Je restais orpheline ! La mort avait frappé, comme frappe un faucheur Aveugle et sans clémence, Ceux que Dieu me donnait pour me former le...

La jeune fille - Jules Verne

Cachée au sein des nuits, des astres, qu'à foison Dieu sema dans le ciel pour sourire à la terre, Une étoile surtout, au seuil de la maison Luit, et répand sur elle une douce lumière ! C'est une jeune fille, à l'aimable raison. Elle est modeste, plaît, mais sans...

La sixième ville de France - Jules Verne

Un quartier neuf et présentable Entre bon nombre de hideux Des sots bâtissant sur le sable En affaire peu scrupuleux De science un peuple incapable, A son endroit toujours crasseux Quelques milliers de cerveaux creux D'une bêtise indécrottable De riz, sucre, un peuple...

La vie - Jules Verne

Le passé n'est pas, mais il peut se peindre, Et dans un vivant souvenir se voir ; L'avenir n'est pas, mais il peut se feindre Sous les traits brillants d'un crédule espoir ! Le présent seul est, mais soudain s'élance Semblable à l'éclair, au sein du néant ! Ainsi...

Feu follet - Jules Verne

Ce feu fantasque, insaisissable, Qui, dans l'ombre voltige et luit, Et qui, même pendant la nuit, Ni sur la mer, ni sur le sable, Ne laisse de traces après lui. Ce feu toujours prêt à s'éteindre, Tour à tour blanc, vert ou violet, Pour reconnaître ce qu'il est, Il...

John Playne - Jules Verne

John Playne, on peut l'en croire, Est complètement soûl ! Il n'a cessé de boire Jusqu'à son dernier sou ! Dam' ! deux heures de stage Au fond d'un cabaret, En faut-il davantage Pour absorber son prêt ? Bah ! dans une marée Il le rattrapera, Et brute invétérée, Il...

L'adieu a une dame - Jules Verne

Lorsqu'Adam fut chassé de l'Eden enchanteur, Il s'arrêta devant son entrée interdite, Puis il maudit son sort, sa faiblesse séduite : Ce qu'il voyait alors pressentait le malheur. En promenant au loin sa misère et sa fuite, Il apprit à porter son fardeau de douleur !...

Nevermore - Paul Verlaine

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne Faisait voler la grive à travers l'air atone, Et le soleil dardait un rayon monotone Sur le bois jaunissant où la bise détone. Nous étions seul à seule et marchions en rêvant, Elle et moi, les cheveux et la pensée au...

Ô triste, triste était mon âme - Paul Verlaine

Ô triste, triste était mon âme A cause, à cause d'une femme. Je ne me suis pas consolé Bien que mon cœur s'en soit allé, Bien que mon cœur, bien que mon âme Eussent fui loin de cette femme. Je ne me suis pas consolé, Bien que mon cœur s'en soit allé. Et mon cœur, mon...

A la potence ! - Jules Verne

A la potence où tant de gens hideux Qui pour le crime avaient fait parler d'eux Ont terminé leur vie ithyphallique Pour honorer la morale publique Ne faut-il pas les pendre deux par deux, Ces haut placés, corrupteurs monstrueux, Et faire aller ce ministère affreux Qui...

Acrostiche - Jules Verne

Hélas ! je l'ai donné mon cœur faible et sans armes, Et j'ai fié mon âme entière en ta bonté : Regarde : je n'ai plus que la joie et les larmes, Marques d'amour, hélas ! ou d'infidélité. Il te faut décider ce que ton cœur t'inspire ; Ne va plus épargner ma joie ou mes...

Affaire Praslin - Jules Verne

Un crime sans pareil vient défrayer la terre De ses affreux détails, lugubre vérité ! La France, son théâtre, épanchant sa colère Sur ce forfait tout plein de sang, de lâcheté ! Un grand ! un pair ! un duc ! scélérat, adultère, A, par sa concubine à ce meurtre excité,...

Au général cambronne - Jules Verne

Gloire au héros soldat, au général, au brave Qui fait de la victoire une éternelle esclave, Quand son cœur est français, Quand il est si fidèle à sa noble devise, Qu'il réponde : toujours ! à l'honneur, et qu'il dise A la honte : jamais ! Le sabre vaut le sceptre, et...

Bonheur domestique - Jules Verne

Il est des gens pour qui le bonheur est sur terre Ils font notre malheur, vivant gais et contents ! J'aimais, comme l'on aime aux âges innocents, Une charmante fille, à la prunelle altière ! Un noble, un gentleman, par ses écus sonnants, A ravi cette fille à mon amour...