Un pauvre - Albert Glatigny

Vous n’avez pas de flair, Ollivier. C’est dommage. Comment ! Vous vous mettez à changer de plumage Juste à temps pour vous faire appeler renégat ; Quand il ne reste plus même un peu de nougat Sur la table où Rouher a joué des mâchoires ! Rien sur la nappe, rien même...

Valets - Albert Glatigny

On n’a pas eu besoin de les chasser. D’eux-mêmes Ils se sont esquivés, furtifs, grotesques, blêmes, La main à leur derrière ainsi qu’un bouclier, Perdant, l’un son toupet, l’autre son râtelier. Dégringolant, soufflant, suant à grosses gouttes, Ils se sont culbutés le...

Voici le soir - Albert Glatigny

Voici le soir : pareils au clair de lune, Tes yeux charmants rêvent sous tes cils longs ; L’air est léger ; si tu veux, nous allons Dormir au bord de la mer, sur la dune. Un chant s’élève entendu par mon cœur, Un chant d’amour exhalé par ton âme. Triste et bien doux,...

Wilhelmshoehe - Albert Glatigny

C’est un château galant, trianon germanique, Qu’un bottier de Cassel, laissant là sa manique, Construisit en l’honneur des grâces et des ris. Les fourrés sont épais, les sentiers sont fleuris ; L’ombre est douce, l’eau court dans le parc, les statues Agacent le...

Ô sombre hiver ! - Albert Glatigny

Ô sombre hiver ! Nuit de l’année, Viens ! Ne garde plus enchaînée La tempête désordonnée. Accours des quatre points des cieux ; Laisse l’ouragan furieux Briser les chênes soucieux. Âpre bise, ouragan sonore, Accourez tous, je vous implore Comme le soleil et l’aurore !...

Rondel - Albert Glatigny

Mademoiselle Valentine A les yeux clairs et le teint blanc ; Comme un calice étincelant, Elle ouvre sa bouche enfantine. Le rondeau, le sonnet galant Semblent croître sous sa bottine ; Mademoiselle Valentine A les yeux clairs et le teint blanc. Son épaule ondule,...

Ariane - Albert Glatigny

Victime au cœur blessé par les flèches d’Éros, Lorsque tu fatiguais les échos de Naxos Du bruit de tes sanglots, douloureuse Ariane, Pâle, le front caché dans ta main diaphane, Que le jour traversait de ses roses rayons, Savais-tu, savais-tu que, vainqueur des lions,...

Circé - Albert Glatigny

... Mais je prendrais mon cour meurtri, mon cœur qui saigne Et je l'enfilerais, pareil à ceux qu'on voit Galamment transpercés et peints sur une enseigne, Avec ces mots : - Ici l'on mange, ici l'on boit ! J'en ferais un hochet bien ciselé pour celle Dont la superbe...

Epitaphe - Albert Glatigny

Que l'on m'enterre un matin De soleil, pour que nul n'essuie, Suivant mon cortège incertain, De vent, de bourrasque ou de pluie. Car, n'ayant jamais fait de mal A quiconque ici, je désire, Quand mon cadavre sépulcral Aura la pâleur de la cire, Ne pas, en m'en allant,...

Guitare - Albert Glatigny

La douce Isabelle d’Espagne Songeait dans son appartement, Patrocinio, sa compagne, Priait le ciel dévotement, Quand on vint lui dire : « L’empire De votre ami Napoléon, À l’heure où nous parlons, expire, Reine de Castille et Léon. » Puis on lui conta la déroute De...

Lambert Thiboust - Albert Glatigny

Oh ! nous lui porterons nos souvenirs encore À cet esprit charmant, à cet être joyeux, À ce visage ouvert et franc comme une aurore, Et dont la mort, hélas ! vient de clore les yeux. Pauvres comédiens poursuivant une étoile Qui nous guide, au hasard des plaines et des...

Latone - Albert Glatigny

Proscrite par la haine implacable d’Héré, Latone au peplos bleu fuyait. Les noirs rivages, Où bouillonne l’épaisse écume aux bonds sauvages, Refusaient leur sol dur à son pas abhorré. Parfois, devant la gueule horrible des repaires, Où les fauves grondants abritent...

Le retour - Albert Glatigny

C'est toi, chère exilée ! Oh ! Laisse que j'adore Ta figure divine où rayonne l'aurore, Ô république, amour vivace de nos cœurs ! La fosse où, dix-huit ans, de sinistres vainqueurs T'ont murée, est ouverte, et tu viens, souriante, Claire étoile aux rayons de qui tout...

Le Voile de Tanit - Albert Glatigny

À Gustave Flaubert. Ainsi mourut la fille d’Hamilcar pour avoir touché au manteau de Tanit. Quand elle eut, de sa main curieuse, touché Au manteau de lumière et d’étoiles broché ; Quand ses yeux éperdus et troublés, que dilate Le désir, eurent bu l’azur et l’écarlate...

Les bohémiens - Albert Glatigny

Vous dont les rêves sont les miens, Vers quelle terre plus clémente, Par la pluie et par la tourmente, Marchez-vous, doux Bohémiens ? Hélas ! dans vos froides prunelles Où donc le rayon de soleil ? Qui vous chantera le réveil Des espérances éternelles ? Le pas grave,...

Les Rêves - Albert Glatigny

J’ai rêvé la douceur des joyeuses caresses Près de la femme aimée, au grand cœur, aux beaux yeux ; Les femmes, secouant les trésors de leurs tresses, À mon noir abandon m’ont livré soucieux. J’ai désiré la gloire. Ô haines vengeresses ! La gloire, dont j’aimais le...

Pantoum - Albert Glatigny

Par les soirs où le ciel est pur et transparent, Que tes flots sont amers, noire mélancolie ! Mon cœur est un lutteur fatigué qui se rend, L'image du bonheur flotte au loin avilie. Que tes flots sont amers, noire mélancolie ! Oh ! qu'il me fait de mal ton charme...

Promenade en ville - Albert Glatigny

« Accourez tous !… battez la caisse !… le spectacle, Si la mauvaise humeur du temps n’y met obstacle, Sera fort curieux. Depuis Rome, cela Ne s’était jamais vu !… c’est un royal gala ! César de Prusse, ainsi que les césars antiques, Traînant après son char, avec leurs...

À Garibaldi - Albert Glatigny

Nous n’avons demandé le secours d’aucun roi ; Mais on te peut tout dire et confier, à toi, Soldat républicain, cœur loyal, homme juste Dont rien n’a pu lasser le dévoûment robuste. Nous sommes en danger, Garibaldi ! Depuis Deux sombres mois plus noirs et plus lourds...

À Miss Mary - Albert Glatigny

Le Destin a voulu que vous fussiez charmante, Et vous l’êtes. Riez, miss Mary, regardez : Vous charmez toute chose et tout vous complimente ; Les cœurs courent à vous, par vos beaux yeux guidés. Et vos cheveux sont d’or, l’air de mai les tourmente, Votre frais rire...