Paganisme - Albert Mérat

Pour les rêveurs, la source a toujours sa naïade Songeuse avec son cou flexible et ses yeux verts. Avec sa lèvre humide, avec ses bras ouverts Au jeune athlète lier des poussières du stade. Les bois cachent encor la cynique pléiade Des vieux faunes cornus, malhabiles...

Pourquoi la renier - Albert Mérat

Pourquoi la renier ? Je n'ai pas de colère. Ô mon amour dernier, Ô chose bleue et claire ! Pourquoi me souvenir Qu'elle me fût amère ? J'aime mieux retenir Par l'aile ma chimère. Le pardon est plus doux. Mon adieu se colore D'un regret sans courroux, D'avoir perdu...

Une saltimbanque - Albert Mérat

Médaille d'or usée où la beauté persiste, La saltimbanque au gré du public curieux Étalait, sous le clair maillot, pour tous les yeux, Des reliefs dont la ligne eût séduit un artiste. La jupe pailletée avait la couleur triste Du linge qui se fane et que l'air a fait...

Printemps passé - Albert Mérat

Comme elle était si jeune et qu'elle était si blonde, Comme elle avait la peau si blanche et l'œil si noir, Je me laissai mener, docile, par l'espoir D'engourdir ma rancœur sur sa poitrine ronde. Son regard où dormait la volupté profonde M'attirait lentement ; et,...

Vénus - Albert Mérat

Le feuillage lascif et chaud brûle les ailes Des oiseaux dont le chœur éclate dans la nuit ; Le rossignol redit cent fois : les fleurs sont belles. L'oiseau qui ne sait pas de chansons fait du bruit. L'amour fait palpiter sous leurs robes nouvelles Le buisson qui...

L'oreille - Albert Mérat

Elles seraient la nacre au bord des coquillages Si les nacres avaient ces humaines blancheurs ; Elles seraient le rose et le satin des fleurs, Si les roses vivaient aux barreaux des treillages. Il semble qu'une fée, en de lointains pillages, Ait pris leur éclat frais...

Rêve - Albert Mérat

Quand on rêve, l'on est aimé si tendrement ! L'autre nuit, tu t'en vins avec mélancolie Appuyer sur mon cœur ton visage charmant. Tu ne me disais pas : Je t'aime à la folie. Tu ne me disais rien ; et, je ne sais comment, Tes regards me parlaient une langue accomplie....

Lune d'hiver - Albert Mérat

A travers le réseau des branches que l'hiver Trace avec la vigueur des dessins à la plume, La lune, comme un feu qui dans le ciel s'allume, Montait, luisant au bord du bois couleur de fer. Tu manquais à mon bras, mignonne, et ton pied cher A qui marcher fait mal et...

Métamorphoses - Albert Mérat

Ô salubre et fécond engrais des trépassés ! Ferment mystérieux des sèves éternelles, Nous te composerons, pourritures charnelles, Sous les gazons plus verts pêle-mêle entassés. Quand nous aurons dormi, rigides et glacés, Dans la terre, plus près des ardentes mamelles,...

Soir de lune - Albert Mérat

L'azur du soir s'éteint rayé de bandes vertes. Comme hors de son lit un fleuve débordé, La lune se répand, et l'éther inondé Ruisselle, des coteaux aux plaines découvertes. Sous le voile muet de ces lueurs désertes, Nulle voix qui s'élève et nul pas attardé. Des...

Tableau de laque - Albert Mérat

La ville que je veux serait je ne sais où, Mais loin d'ici, dans l'Inde, ou prés d'un fleuve en Chine. L'air bleuirait sa tour de porcelaine fine, Portant comme un bouffon des clochettes au cou. La maison que je veux serait celle d'un fou, Sans chemin pour aller à la...

Nuit d'avril - Albert Mérat

I Les étoiles, lueur bleuâtre, Flambent au ciel limpide et froid, Ranimons la flamme dans l’âtre De notre paradis étroit. Pas de lampes, pas de bougies ; Le foyer tient lieu de flambeau. Moins lumineuses que rougies, Les choses ont un ton plus beau. Le foyer pique des...

Ton cœur - Albert Mérat

Voulant me croire aimé, vainqueur De mon âme triste et chagrine, Un jour que j'écoutais ton cœur Sous la rondeur de ta poitrine ; Loin que ton cœur, oiseau charmant, Semblât bondir à ma rencontre, C'était un petit battement Nerveux comme un tic-tac de montre....

La laide - Albert Mérat

Petite, à son école, elle marchait à l'aide D'un bâton, tant étaient débiles ses genoux. Les enfants, qui sont durs et méchants comme nous, Riaient. Pour s'amuser ils l'appelaient : la laide. Plus tard, le mal faiblit, mais n'eut pas de remède. Elle se résigna sans...

L'auberge - Albert Mérat

L'auberge était sinistre, isolée ; à la voir On eût dit une tombe au fond d'un cimetière ; Pareille au croque-mort qui recouvre une bière, La nuit l'enveloppait de son grand manteau noir. Voyageur attardé, je couchais dans l'auberge Ce soir-là. Sur mon lit étendu,...

Le mensonge - Albert Mérat

Le bonheur qui me dit des paroles tout bas Prend au son de ta voix ses grâces endormantes ; Afin d'avoir ma part de minutes clémentes Je veux la chaîne souple et blanche de tes bras. Je veux ta chevelure et le bruit de tes pas, Et ton souffle léger comme l'odeur des...

Le vieux portrait - Albert Mérat

Dans l'ovale du cadre où s'éteint la dorure, Sous le verre, l'éclat d'un pastel ancien S'amortit en des tons gris de perle. On voit bien Qu'il est vieux, et le temps lui fait une parure. C'est la mémoire encore, et ce fut la peinture D'un homme jeune et fier et d'un...

Étoiles - Albert Mérat

Ses yeux, tout un printemps, éclairèrent ma vie Je marchais ébloui, la tenant par la main. Elle était le rayon, l'étoile du chemin, Et tant qu'elle a brillé sur moi, je l'ai suivie. Ainsi mes jours passaient sans but et sans envie Puis vint l'été ; ce fut un triste...

La lande - Albert Mérat

La ligne impérieuse et fauve de la lande Change d'aspect, et forme au-dessus du flot clair Un golfe harmonieux de verdure. Dans l'air Court un parfum mêlé d'algues et de lavande. Des barques de pêcheurs semblent en longue bande Un vol silencieux de blancs oiseaux de...

La ville - Albert Mérat

Nos coteaux, les plus purs de tous et les plus doux, Que, n'eût été la Grèce, auraient choisis les faunes, Au bas de leurs sentiers poudrés de sables jaunes Ont comme une hydre énorme éparse à leurs genoux. La Ville nous fascine, étant moins près de nous, Avec ses...

Le nez - Albert Mérat

Ouvert à la fraîcheur des roses embaumées, Le nez, suite du front classiquement étroit, Se dessine un peu grand, irréprochable et droit, Dans la convention plastique des camées. La plus belle parmi les mortes bien-aimées, Cléopâtre, la reine à qui mon rêve croit,...

L'hercule - Albert Mérat

En plein air, sur l'estrade en planches de bois blanc, Aux sons du cuivre aigu faussant les ritournelles, Pendant que les buveurs trinquent sous les tonnelles, L'hercule fait saillir les muscles de son flanc. Ses deux bras sont croisés dans le geste indolent D'un...

Henriettik - Albert Mérat

Comme un fond d'outremer de vieux maître allemand L'azur uni des flots encadre son visage ; Et parmi l'âpreté du rude paysage L'enfant épanouit son corps frêle et charmant. Le regard plein de vie, ouvert naïvement, Semble un ciel de printemps où la lumière nage ; La...

La lettre - Albert Mérat

Chère épave d'amour ! Se peut-il qu'on oublie ! Oh ! ne laissez jamais le doux être adoré, Pleurant et souriant, dire : « Je reviendrai. » Ceux-là qui s'étaient joints, l'absence les délie. Petite lettre écrite avec mélancolie Un jour qu'elle était lasse et qu'elle...

Les mains - Albert Mérat

Blanches, ayant la chair délicate des fleurs, On ne peut pas savoir que les mains sont cruelles. Pourtant l'âme se sèche et se flétrit par elles ; Elles touchent nos yeux pour en tirer des pleurs. Le lait pur et la nacre ont formé leurs couleurs ; Un peu de rose fait...

L'heure - Albert Mérat

C'est l'heure : je sais bien qu'elle ne viendra pas, Qu'elle n'a pas noué la furtive dentelle, Et que mon désir vain ne dira pas : c'est elle, Devinant la musique exquise de ses pas. Je sais que les doux mots qu'avait sa voix tout bas Ne sont qu'un souvenir d'une...

Au cabaret - Albert Mérat

Les reîtres à panache et les mauvais garçons, Dont le rire tintait aux vitres des auberges, Aimaient le vin nouveau pour tremper leurs flamberges. Ils avaient bonne mine et hautaines façons. Sur les verres tremblant au fracas des chansons, Les chandelles coulaient,...