Dors-tu content - Alfred de Musset

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourireVoltige-t-il encor sur tes os décharnés ?Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire;Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.Il est tombé sur nous, cet édifice immenseQue de tes larges mains tu sapais nuit...

A Ninon (I) - Alfred de Musset

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime, Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ? L'amour, vous le savez, cause une peine extrême ; C'est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ; Peut-être cependant que vous m'en puniriez. Si je vous le...

A Ninon (II) - Alfred de Musset

Avec tout votre esprit, la belle indifférente, Avec tous vos grands airs de rigueur nonchalante, Qui nous font tant de mal et qui vous vont si bien, Il n'en est pas moins vrai que vous n'y pouvez rien. Il n'en est pas moins vrai que, sans qu'il y paraisse, Vous êtes...

A Sainte-Beuve - Alfred de Musset

Ami, tu l'as bien dit : en nous, tant que nous sommes, Il existe souvent une certaine fleur Qui s'en va dans la vie et s'effeuille du cœur. "Il existe, en un mot, chez les trois quarts des hommes, Un poète mort jeune à qui l'homme survit." Tu l'as bien dit, ami, mais...

Souvenir - Alfred de Musset

J'espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir En osant te revoir, place à jamais sacrée, O la plus chère tombe et la plus ignorée Où dorme un souvenir ! Que redoutiez-vous donc de cette solitude, Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main, Alors qu'une si...

Lucie - Alfred de Musset

Mes chers amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimetière. J'aime son feuillage éploré ; La pâleur m'en est douce et chère, Et son ombre sera légère À la terre où je dormirai. Un soir, nous étions seuls, j'étais assis près d'elle ; Elle penchait la tête, et sur...

Octave - Alfred de Musset

(Fragment) Ni ce moine rêveur, ni ce vieux charlatan, N'ont deviné pourquoi Mariette est mourante. Elle est frappée au cœur, la belle indifférente ; Voilà son mal, — elle aime. — Il est cruel pourtant De voir entre les mains d'un cafard et d'un âne, Mourir cette...

Au Yung-Frau - Alfred de Musset

Yung-Frau, le voyageur qui pourrait sur ta tête S'arrêter, et poser le pied sur sa conquête, Sentirait en son coeur un noble battement, Quand son âme, au penchant de ta neige éternelle, Pareille au jeune aiglon qui passe et lui tend l'aile, Glisserait et fuirait sous...

Promenade - Alfred de Musset

Dans ces bois qu'un nuage dore, Que l'ombre est lente à s'endormir ! Ce n'est pas le soir, c'est l'aurore, Qui gaîment nous semble s'enfuir ; Car nous savons qu'elle va revenir. — Ainsi, laissant l'espoir éclore Meurt doucement le souvenir. Alfred de...

Silvia - Alfred de Musset

Il est donc vrai, vous vous plaignez aussi, Vous dont l'oeil noir, gai comme un jour de fête, Du monde entier pourrait chasser l'ennui. Combien donc pesait le souci Qui vous a fait baisser la tête ? C'est, j'imagine, un aussi lourd fardeau Que le roitelet de la fable...

À Lydie - Alfred de Musset

Imitation. Horace. Du temps où tu m'aimais, Lydie, De ses bras nul autre que moi N'entourait ta gorge arrondie ; J'ai vécu plus heureux qu'un roi. Lydie. Du temps où j'étais ta maîtresse, Tu me préférais à Chloé ; Je m'endormais à ton côté Plus heureuse qu'une déesse...

Stances - Alfred de Musset

Je méditais, courbé sur un volume antique, Les dogmes de Platon et les lois du Portique. Je voulus de la vie essayer le fardeau. Aussi bien, j'étais las des loisirs de l'enfance, Et j'entrai, sur les pas de la belle espérance, Dans ce monde nouveau. Souvent on m'avait...

À Madame ... - Alfred de Musset

Jeune ange aux doux regards, à la douce parole, Un instant près de vous je suis venu m'asseoir, Et, l'orage apaisé, comme l'oiseau s'envole, Mon bonheur s'en alla, n'ayant duré qu'un soir. Et puis, qui voulez-vous après qui me console ? L'éclair laisse, en fuyant,...

À Madame G (I) - Alfred de Musset

Sonnet. C'est mon avis qu'en route on s'expose à la pluie, Au vent, à la poussière, et qu'on peut, le matin, S'éveiller chiffonnée avec un mauvais teint, Et qu'à la longue, en poste, un tête-à-tête ennuie. C'est mon avis qu'au monde il n'est pire folie Que d'embarquer...

Idylle - Alfred de Musset

A quoi passer la nuit quand on soupe en carême ? Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis. Quels entretiens choisir, honnêtes et permis, Mais gais, tels qu'un vieux vin les conseille et les aime ? Rodolphe Parlons de nos amours ; la joie et la beauté Sont mes...

À Madame H. F - Alfred de Musset

Rondeau. Il est aisé de plaire à qui veut plaire. D'un ignorant un bavard écouté, D'un journaliste un rimailleur vanté, Sans nulle peine y trouvent leur affaire. Louer un sot, c'est pure charité. Une Araminte à demi centenaire Dans son miroir voit un portrait flatté....

La nuit d'août - Alfred de Musset

La muse Depuis que le soleil, dans l'horizon immense, A franchi le Cancer sur son axe enflammé, Le bonheur m'a quittée, et j'attends en silence L'heure où m'appellera mon ami bien-aimé. Hélas ! depuis longtemps sa demeure est déserte ; Des beaux jours d'autrefois rien...