À ma mère - Alfred de Musset

(Écrit à l'âge de quatorze ans.) Après un si joyeux festin, Zélés sectateurs de Grégoire, Mes amis, si, le verre en main Nous voulons chanter, rire et boire, Pourquoi s'adresser à Bacchus ? Dans une journée aussi belle Mes amis, chantons en " chorus " À la tendresse...

La nuit de mai - Alfred de Musset

LA MUSE Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore,Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ;Et la bergeronnette, en attendant l'aurore,Aux premiers buissons verts commence à se poser.Poète, prends ton...

Venise - Alfred de Musset

Dans Venise la rouge,Pas un bateau qui bouge,Pas un pêcheur dans l’eau,Pas un falot. Seul, assis à la grève,Le grand lion soulève,Sur l’horizon serein,Son pied d’airain. Autour de lui, par groupes,Navires et chaloupes,Pareils à des héronsCouchés en ronds, Dorment sur...

Vision - Alfred de Musset

Je vis d'abord sur moi des fantômes étranges Traîner de longs habits ; Je ne sais si c'étaient des femmes ou des anges ! Leurs manteaux m'inondaient avec leurs belles franges De nacre et de rubis. Comme on brise une armure au tranchant d'une lame, Comme un hardi marin...

À Lydie I - Alfred de Musset

HORACE Lorsque je t’avais pour amie, Quand nul jeune garçon, plus robuste que moi, N’entourait de ses bras ton épaule arrondie, Auprès de toi, blanche Lydie, J’ai vécu plus joyeux et plus heureux qu’un roi. LYDIE Quand pour toi j’étais la plus chère Quand Chloé...

À Lydie II - Alfred de Musset

HORACE Du temps où tu m’aimais, Lydie, De ses bras, nul autre que moi N’entourait ta gorge arrondie ; J’ai vécu plus heureux qu’un roi. LYDIE Du temps où j’étais ta maîtresse, Tu me préférais à Chloé ; Je m’endormais à ton côté, Plus heureuse qu’une déesse. HORACE...

Chanson II - Alfred de Musset

Lorsque la coquette Espérance Nous pousse le coude en passant, Puis à tire-d'aile s'élance, Et se retourne en souriant ; Où va l'homme ? Où son cœur l'appelle. L'hirondelle suit le zéphyr, Et moins légère est l'hirondelle Que l'homme qui suit son désir. Ah ! fugitive...

Madrid - Alfred de Musset

Madrid, princesse des Espagnes, Il court par tes mille campagnes Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs. La blanche ville aux sérénades, Il passe par tes promenades Bien des petits pieds tous les soirs. Madrid, quand tes taureaux bondissent, Bien des mains blanches...

Chanson III - Alfred de Musset

Quand on perd, par triste occurrence, Son espérance Et sa gaieté, Le remède au mélancolique, C’est la musique Et la beauté ! Plus oblige et peut davantage Un beau visage Qu’un homme armé, Et rien n’est meilleur que d’entendre Air doux et tendre Jadis aimé ! Alfred de...

Marie - Alfred de Musset

Ainsi, quand la fleur printanière Dans les bois va s'épanouir, Au premier souffle du zéphyr Elle sourit avec mystère ; Et sa tige fraîche et légère, Sentant son calice s'ouvrir, Jusque dans le sein de la terre Frémit de joie et de désir. Ainsi, quand ma douce Marie...

A M. V. H. - Alfred de Musset

Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses, Pour savoir, après tout, ce qu'on aime le mieux, Les bonbons, l'Océan, le jeu, l'azur des cieux, Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses. Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ; Il faut...

Mimi Pinson - Alfred de Musset

Mimi Pinson est une blonde, Une blonde que l'on connaît. Elle n'a qu'une robe au monde, Landerirette ! Et qu'un bonnet. Le Grand Turc en a davantage. Dieu voulut de cette façon La rendre sage. On ne peut pas la mettre en gage, La robe de Mimi Pinson. Mimi Pinson porte...

A M. A. T. - Alfred de Musset

Ainsi, mon cher ami, vous allez donc partir ! Adieu ; laissez les sots blâmer votre folie. Quel que soit le chemin, quel que soit l'avenir, Le seul guide en ce monde est la main d'une amie. Vous me laissez pourtant bien seul, moi qui m'ennuie. Mais qu'importe ?...

A Madame M... - Alfred de Musset

Vous m'envoyez, belle Emilie, Un poulet bien emmailloté ; Votre main discrète et polie L'a soigneusement cacheté. Mais l'aumône est un peu légère, Et malgré sa dextérité, Cette main est bien ménagère Dans ses actes de charité. C'est regarder à la dépense Si votre...

Rappelle-toi - Alfred de Musset

Rappelle-toi, quand l'Aurore craintive Ouvre au Soleil son palais enchanté ; Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive Passe en rêvant sous son voile argenté ; A l'appel du plaisir lorsque ton sein palpite, Aux doux songes du soir lorsque l'ombre t'invite, Ecoute au fond...

Sur une morte - Alfred de Musset

Elle était belle, si la Nuit Qui dort dans la sombre chapelle Où Michel-Ange a fait son lit, Immobile peut être belle. Elle était bonne, s'il suffit Qu'en passant la main s'ouvre et donne, Sans que Dieu n'ait rien vu, rien dit, Si l'or sans pitié fait l'aumône. Elle...

Retour - Alfred de Musset

Heureux le voyageur que sa ville chérie Voit rentrer dans le port, aux premiers feux du jour ! Qui salue à la fois le ciel et la patrie, La vie et le bonheur, le soleil et l’amour ! – Regardez, compagnons, un navire s’avance. La mer, qui l’emporta, le rapporte en...

Tristesse - Alfred de Musset

Tristesse (1840) est un des plus beaux poèmes d'Alfred de Musset et un des plus célèbres. Ce sonnet romantique et lyrique en octosyllabes fait référence à la perte d'un passé idéalisé, ayant laissé place à la tristesse et à la solitude, mais qu'il voudrait reconquérir...

Rêverie - Alfred de Musset

Quand le paysan sème, et qu’il creuse la terre, Il ne voit que son grain, ses bœufs et son sillon. ― La nature en silence accomplit le mystère, ― Couché sur sa charrue, il attend sa moisson. Quand sa femme, en rentrant le soir, à sa chaumière, Lui dit : « Je suis...

Un rêve - Alfred de Musset

La corde nue et maigre, Grelottant sous le froid Beffroi, Criait d'une voix aigre Qu'on oublie au couvent L'Avent. Moines autour d'un cierge, Le front sur le pavé Lavé, Par décence, à la Vierge Tenaient leurs gros péchés Cachés ; Et moi, dans mon alcôve, Je ne...