La raison parle. - Alphonse Beauregard

– N'aimes-tu pas ce temps de discrète clarté, Aube faite de grâce et de sérénité, Où, rêvant qu'une bouche appuiera sur la tienne, Tu marches au hasard, distrait quoi qu'il advienne, Tu parles et tu ris, l'esprit courant les bois, Et machinalement tu manges et tu bois...

Sonnet impressionniste (II). - Alphonse Beauregard

J'avance, la nuit vient ; tout le rouge et le vert, La gamme chromatique où le jaune domine, Se sont changés en noir depuis que je chemine, Et la brise s'exerce aux rafales d'hiver. Quel trou miraculeux pour bâtir un enfer ! Il a, plein de vapeur, déjà l'air d'une...

La sacrifiée. - Alphonse Beauregard

Le passé me disait : Laisse là cette femme Sinon tu connaîtras le dégoût de mentir, L'abjection de la querelle et du faux drame, La lutte entre l'esprit et la chair qui réclame, Et jusqu'aux bas calculs pour la faire souffrir. Ton âme qui pour croître a besoin de...

Sonnet impressionniste (III) - Alphonse Beauregard

La nuit avec ses mains d'insidieux génie, Jumelle du néant sardonique et blasé, Hier, la nuit, qui tient le sarcasme aiguisé, Délaya dans mon cœur la morgue et l'ironie. Alphabet primitif, simple mnémotechnie. Au clair soleil, je vois dans ce mont hérissé La houle que...

Les vieux canons. - Alphonse Beauregard

Ils sont là huit canons d'archaïque modèle, Placés négligemment, abandonnés, épars, Qui, sans s'apercevoir de ce manque d'égards, Méditent sur la guerre impitoyable et belle. Ces noirs tubes de bronze ont le tympan rebelle, L'enclouage brutal les a rendus hagards. Ils...

Sonnet impressionniste (IV) - Alphonse Beauregard

Les haches sonnent dur, le sol est presque nu, A la terre, les gels d'automne se font rudes. — Amante qui chassa l'amant par lassitude, Et souffre, tant qu'un autre amour n'est pas venu. Douleur inhérente aux changements d'habitude ! Plein de souches et maigre auprès...

Lettres. - Alphonse Beauregard

Simples ou parées, quelques qu'elles soient. Les lettres que nous envoyons aux femmes, Les lettres de désir et d'amour et d'espoir, C'est notre moi qui s'évade, Ce sont des êtres Qui, de toutes leurs cellules, les mots, Vont frapper les nerfs, le cœur, le cerveau,...

Sport. - Alphonse Beauregard

Vingt-quatre champions du jeu national Sur le pré lumineux se sont formés en ligne ; Coup de sifflet : la joute encore que bénigne Accuse à chaque instant un effort plus brutal. Les fronts sont empourprés, les crosses font du mal. Sur les bancs de l'estrade une foule...

Le vieux. - Alphonse Beauregard

C'est un grand vieux au dos voûté – Figure osseuse et gros nez croche – Qui cherche, d'un air embêté, Quelque chose au fond de ses poches. Son œil s'illumine ; il s'assoit. Il a retrouvé sa torquette Et la coupe en tremblant des doigts. Sa face redevient muette. Il a...

Survivre. - Alphonse Beauregard

– Subsister décrépits, déchus, mais n'être pas Des ombres que le vent chasse, informes, là-bas ! N'avoir de chair et d'os que pour souffrir sans cesse Plutôt que, purs esprits dégagés de faiblesse, Vaguer insouciants dans le vide éternel ! Vivre toujours au lieu de...

Alternances. - Alphonse Beauregard

I Plein de joie en puissance et de force inutile, Son front de jour en jour plus proche de l'argile, Il est des temps où l'homme, endurci, ne sent rien Que le choc des désirs brutaux contre les siens. Il marche et devant lui les spectacles du monde Passent sans...

L'illusion. - Alphonse Beauregard

C'est un palais à trois tours, Jaune et rose tour à tour, D'améthyste, d'émeraude, De rubis, de marbre blanc, De glace ou de diamant, Où la flamme tourne et rôde. A de simulés assauts Le palais, lui-même faux, Répond par de fausses bombes, Puis, dans un bruit...

Symbole. - Alphonse Beauregard

Ô Vie ! aurais-je pu tendre un cœur plus aride Vers l'amour dont tu fais l'étoile qui nous guide, Vers l'amour nécessaire aux résurrections ? Derrière moi, pourtant, s'efface ma jeunesse Et je demande encore à connaître une ivresse Aux insondables tourbillons. –...

Appréhension. - Alphonse Beauregard

Ai-je voulu ma vie assez libre et changeante, Pleine d'amour, de bruit, de départs et de jeu ? L'ai-je nourrie assez de labeurs, de tourmentes, De quadrilles parmi les passions hurlantes Et de courses vaguant des bas-fonds jusqu'à Dieu ? J'allais prophétisant : Je...

Marine. - Alphonse Beauregard

L'eau terne enserre les dragues Dans un bassin de mercure Où nage, sombre teinture, La fumée aux gestes vagues. Régulière, la fumée Cherche à tâtons le ciel morne, S'arrête et crée une borne. C'est ma vue accoutumée. Les pinces des dragues plongent, Avec un bruit...

Synthèse. - Alphonse Beauregard

Dans la foule aux replis profonds, l'homme et la femme, Se voyant, ont croisé le regard qui proclame Une mystérieuse affinité de l'âme. La conversation habile a dessiné Un passé de droiture où des malheurs sont nés ; À se chérir ils se sont vus prédestinés. Émoi de se...

Bonheur lucide. - Alphonse Beauregard

J'avais le souvenir d'ineffables aurores, De ruisseaux cascadants cachés dans les vallons, De pourpres archipels et de grèves sonores Que visitent les flots crêtes et les hérons. Je gardais le sourire accueillant des pinières Qui filtrent le soleil dans leur dôme...

Nos œuvres. - Alphonse Beauregard

Si banals soyez-vous, maisons, meubles, habits, Engins accoutumés, nécessaires outils, Objets de formes innombrables, Que de pensée et de sueurs vous recélez ; Que d'hommes ont connu des moments affolés À vous rendre plus désirables ! Je vois ceux qui, ravis d'un...

Un corbillard passe. - Alphonse Beauregard

Voici la mort dans son faste lourd. Un corps de plus qu'il faut engloutir ! Et la coutume, avant d'en finir, Veut qu'on le traîne insensible et sourd, Vers l'ouragan des notes funèbres D'un orgue aveugle et fou de ténèbres. L'orgue gémit sous le noir velours, On...

Conscience. - Alphonse Beauregard

Ô Mort, j'ai connu la souffrance De sentir le vide et le noir Arracher d'un seul coup de gueule mon espoir. Alors dans la ville j'errai, Me demandant pourquoi le bruit et les lumières, Pourquoi la foule en mouvement, Et rien ne parvenait à mon entendement. J'étais...

Nuit suprême. - Alphonse Beauregard

Baisse la lampe. Il faut, les soirs de ferveur grave, Que nul geste, perçu distinctement, n'entrave Le cours harmonieux du songe intérieur. Viens là tout près de moi, blottis-toi sur mon cœur. Le vent charge au galop la neige sur la route Et la jette, claquante, aux...

Volonté. - Alphonse Beauregard

Dans l'ébullition de mon âge indompté, J'allais droit à mon but, sûr que ma volonté, Ni du temps, ni du lieu, ni des êtres sujette, Me faisait à ma guise homme ou marionnette, Commandait mon élan, seule guidait ma main. Sachant que le bonheur conquis est parfois vain,...

Dans les parcs. - Alphonse Beauregard

Tant que dans les places publiques Les bancs remplissent leur devoir D'hôtels sans frais ni domestiques, Des gueux oisifs y viennent choir. Vieillards qu'a rejetés l'usine. Blêmes journaliers surmenés, Types d'incertaine origine, Anciens richards et pauvres nés, Ils...

Pâle d'une pâleur immuable. - Alphonse Beauregard

Pâle d'une pâleur immuable et sereine, Et le buste à demi-découvert, une enfant, Une blonde aux traits purs gît sur le marbre blanc Où ses cheveux bouclés tombent comme une traîne. Près d'elle un homme assis, la main sur le menton, Regarde fixement quelque part, dans...

Elle et moi. - Alphonse Beauregard

Elle et moi tout en blanc, cheveux à l'air, bras nus, C'est peut-être le sport ardemment soutenu Qui nous fit rechercher à cet endroit de l'ombre. Ou c'est quelque savant et mystérieux nombre Qui dans le mois de juin, le plus vert de l'été, Attire l'un vers l'autre,...

Possession. - Alphonse Beauregard

Toi, femme âprement désirée, Provocante et rieuse et souple et concentrée, Qui torturas mes nuits en affolant mes jours, À peine sur mon bras ta main fut-elle dure, À peine eus-je saisi l'intention d'amour, Que se dessina la figure D'un avenir discret, simple,...

Impuissance. - Alphonse Beauregard

Je ne sais pas si je sais vivre. Plusieurs fois chaque jour je devrais arrêter L'instant qui se faufile et fuit, Et désespérément me cramponner à lui. Je devrais serrer sur mon cœur Les voluptés que j'ai conquises Contre les hommes et la bise, Sentir en moi, autour de...

Réflexe. - Alphonse Beauregard

Toi, Mal, dont l'homme a fait son fardeau périlleux Pour ne pas condamner l'ouvrage de ses Dieux, Si tu n'allumais pas les convoitises rouges Dans les mille regards qui sur les choses bougent ; Si tu n'assaillais pas la lande et la cité, Hérissé d'égoïsme et de...

Incident banal. - Alphonse Beauregard

Comme je fus toujours un loyal serviteur, À mon maître j'ai dit : « L'homme à piteuse mine Qui laboure pour toi le flanc de la colline, Ne gagne pas l'argent promis à son labeur. » L'homme, affaibli par le travail et la misère, Fut chassé. Ses enfants retrouvèrent la...

Réminiscences. - Alphonse Beauregard

Les deux amis à barbe grise, La jambe croisée, en fumant, En sont arrivés doucement, La dernière nouvelle apprise, À parler des choses d'antan. Du fond de lointaines époques, Comme un projecteur, leur esprit Fait surgir des êtres chéris, D'étranges mœurs, des mots...

Intermède. - Alphonse Beauregard

L'homme songeait : « Qui cherche attaque le granit, Mes victoires sont des désastres. Je suis cloué sous le zénith Et je voulais saisir, à l'horizon, des astres. « Tout m'échappe. Comment savoir Si le but du soleil est d'éclairer des mondes Ou de se préparer, dans la...

Résignation. - Alphonse Beauregard

Depuis un temps difforme, imprécis et mauvais, On subissait le poids du malheur, on savait Que du soi de jadis on n'était plus que l'ombre, Mais l'esprit dérouté vaguait sur les décombres. Puis, d'un coup, comme si mille rayons vainqueurs Ensemble eussent frappé le...

Jours de souffrance. - Alphonse Beauregard

Ô les jours où le cœur broyé dans un étau Sent monter, comme une marée, La trahison de la femme adorée ; Où sans cesse l'on tourne et tourne en son cerveau La même torturante idée ; Où, des heures, l'on tend une oreille obsédée Par le pressentiment trompeur Qu'arrive...

Résurrection. - Alphonse Beauregard

Ces lettres d'autrefois j'avais soif de les lire. La brume qui voilait le passé se déchire, Les lieux et les objets anciens chassent le soir. Je redeviens celui qui voyait son espoir Courir, tumultueux, vers la plaine enchantée ; Qui, pour ouvrir son âme à la vie...

La goutte de fiel. - Alphonse Beauregard

Le visage luisant, hâlé, plein de sueurs, Un journalier courbé sur le pavé rebelle Le défonce, et le pic, à chacun de ses heurts, Dans le trou noir, allume une blanche étincelle. Avec d'impérieux grondements, un auto Chargé d'éclats de rire et de claires toilettes,...

Réversibilité. - Alphonse Beauregard

Soldat qui te repeins les images aimées Et d'avance te vois, un jour sanglant et beau, Débordant, le premier, sabre au poing, le coteau Où pivote un remous formidable d'armées ; – Peut-être mourras-tu d'un obscur coup de feu, Un soir de combat malheureux. Apôtre qui...

L'Iroquois - Alphonse Beauregard

Ainsi qu'en embuscade au socle qui l'attache Et nu, comme autrefois ses aïeux au désert, L'Iroquois belliqueux ranimé par Hébert, Dans sa main de vaincu brandit toujours la hache. Sous la pluie et la neige, impassible, il revoit Les pirogues dansant de rapide en...

Nocturne - Alphonse Beauregard

Que chantent les grillons et s'allument les phares ! Un esprit est venu sur le fleuve houleux Réapprendre à nos cœurs des mots miraculeux. N'incite plus, ô vent, les feuilles aux bagarres. Dans l'air est apparu l'ancien rêve d'amour, L'impérissable rêve au chaste et...

L'or - Alphonse Beauregard

Je suis l'or, simulacre étrange de la vie, Mode ultime de l'énergie Que l'homme, prolongeant l'élan primordial, Conçut pour insuffler une âme subalterne À la matière qu'il gouverne, À ses créations de fibre et de métal. Je circule parmi les rêves Et ceux que je touche...

Nouvel amour - Alphonse Beauregard

Comment savoir d'avance Si ce nouvel amour sera la vague immense Qui transportera l'âme ivre d'émotion, Jusqu'où s'annonce, enfin, la révélation, Ou s'il ira se perdre en fol espoir vivide, En trépignements dans le vide ? À sa famille de pensées Une femme nous...

La brume - Alphonse Beauregard

Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d'automne, S'exaspère. Partout sur le fleuve dément L'âme des bois brûlés flotte languissamment. Affolé, mon canot plonge dans l'eau gloutonne. Pas d'oiseaux. Aucun coup de fusil ne résonne. Le vaste et lourd brouillard, gris...

Paysage aimé - Alphonse Beauregard

Hanté de souvenirs, l'âme pleine d'images, Je viens à ta beauté, seul, en pèlerinage, Pays qui me fus bon. De gradin en gradin, de pensée en pensée J'ai gravi le sommet de l'arête dressée Sur ton vaste horizon. Et te voici, baignant dans l'or fauve d'octobre, Pays de...

La mouette - Alphonse Beauregard

Aux coups de feu la mouette N'a pas changé de chemin, Et sa brune silhouette Sur le ciel rose et carmin Se découpe nette. Par le seul appui du vent Majestueuse elle plane, Puis doucement, doucement, Dans la brume diaphane S'incline en avant : Et glisse de telle sorte,...

Sonnet impressionniste - Alphonse Beauregard

Quelle âme revêtir dans cette forêt vierge Qui va, grimpant les monts, au ciel donner assaut, Où la terre a gardé l'empreinte d'un sursaut Par quoi, depuis des temps fabuleux, elle émerge. Arrière fatuité, loin de moi rire sot Que l'on promène au bal, dans la rue ou...

La rivière aux trois ponts - Alphonse Beauregard

Du haut de la côte pelée Je l'aperçus courant, marchant, Sinueuse, dans la vallée, En plein soleil ou se cachant Derrière un arbre, son ombrelle, Ou dans un rideau de millet ; Et lorsque j'arrivai près d'elle, Sur son gravier elle riait. " Trois ponts, dit-elle, pour...

Vigile - Alphonse Beauregard

Ô les mots qu'on adresse à la femme attirante, Les mots qu'on veut badins, spirituels, charmeurs ; Mots voilés et pensifs, échappés ou qu'on tente ! - Prélude où le désir se cache dans les fleurs. Ô les regards soudainement pleins de lumière, Où se révèle un cœur...

Le blé despotique - Alphonse Beauregard

I Sur l'immensité noire une lumière brille Et se dirige à la rencontre du steamer Qui stoppe avec des bruits de vapeur et de fer. Dans la nuit un sifflet perce comme une vrille. Attente. Dans un mât s'éteint le signal vert. La lumière approchant décèle une coquille,...

Blancheur - Alphonse Beauregard

C'est la neige tourbillonnante Qui voltige dans l'air, mousseline vivante, La neige qui s'arma, dans l'extase du froid, D'une beauté trop loin de la vie et traîtresse. La neige pleine de caresses, Si douce au pas quand elle choit. Ceux-là dont le sang bout dans les...

Le damné - Alphonse Beauregard

Je voudrais que la nuit fût opaque et figée, Définitive et sourde, une nuit d'hypogée ; J'oserais approcher, soudainement hardi, De la femme pour qui je suis un grain de sable, Et d'un mot lui crier mon rêve inguérissable. Elle ne rirait pas, devinant un maudit. Pour...

Concordances - Alphonse Beauregard

Le même triste accent vient toujours des rapides, Toujours les mêmes flots font le même circuit En recueillant le rêve et l'espoir dans leurs rides. Je l'ai senti déjà le vent de cette nuit ; Il conserva mes paroles et les répète, Et de naïfs couplets renaissent avec...

Le dernier dieu - Alphonse Beauregard

Or, le sage, parti dès son adolescence Pour juger les flambeaux qui le devaient guider, Savait à quel néant marche la connaissance Et confondait la vérité d'une croyance Avec l'or, qui vaudra ce qu'on a décidé. Les dieux que la pensée humaine, en son ornière, Conçut...

Déclaration - Alphonse Beauregard

Femme, sitôt que ton regard Eut transpercé mon existence, J'ai renié vingt espérances, J'ai brisé, d'un geste hagard, Mes dieux, mes amitiés anciennes, Toutes les lois, toutes les chaînes, Et du passé fait un brouillard. J'ai purifié de scories Mes habitudes et mes...

Le lac - Alphonse Beauregard

Aux pieds de trois coteaux habillés de sapins Gît un lac profond, clair et sage, Où maintes fois je suis descendu, le matin, Aspirer la paix qu'il dégage. Rond et luxuriant, à son centre, un îlot Ressemble au chaton d'une bague ; Les arbres alentour, penchés au bord...

Des montagnes très loin - Alphonse Beauregard

Des montagnes très loin paraissent toutes proches. La grève se déroule à l'ombre des sapins, Et la haute marée ensevelit les roches. Les astres allumés par l'homme sont éteints. Le blanc navire tranche avidement l'écume Qui s'enfonce et renaît en bizarres dessins. La...

Le passé - Alphonse Beauregard

Telle qu'une vapeur s'épaississant toujours, La nuit grave s'étend sur les îles boisées ; Les plus belles au loin, déjà semblent rasées Et les rives n'ont plus que de fuyants contours. A mes pieds, le vent d'est chassant l'onde à rebours, Courbe les joncs comme autant...

Désir simple - Alphonse Beauregard

Jeunes filles qui brodez En suivant des songeries, Seules sur vos galeries, Ou qui dehors regardez, Comme des oiseaux en cage, Si j'en avais le courage Vers l'une de vous j'irais - Dieu sait encore laquelle, La plus triste ou la plus belle - Et d'un ton simple dirais...

Le sentier - Alphonse Beauregard

Le sentier que j'aime le mieux Quitte en sournois la route blanche Où passent trop de curieux, Et disparait entre les branches. Celui qui traça son parcours Fut, je crois bien, un solitaire Qui pour écrire ses amours, Choisit comme papier la terre. Sitôt à l'abri des...

Évocation - Alphonse Beauregard

Le noir espace, beau pour une occulte fête, A, pour moi, recueilli la vie et la répète En des formes qu'agite un frisson d'océan. Dans cette irruption d'images se créant, Peu à peu se dessine une énorme cohue Qui se démène, lutte et vers l'argent se rue, Pour garder...

Le val - Alphonse Beauregard

Je connais, dans les Appalaches, Un val séduisant qui se cache Comme un rêve ingénu ; Un val aux pentes fantaisistes Où se promène, dans les schistes, Un ruisseau bienvenu. Quand, brusquement, on le découvre C'est un avenir clair qui s'ouvre, Un sourire enjôleur À...

Gratitude - Alphonse Beauregard

J'ai dit à la forêt haute et pleine d'orgueil : " Tuer, seul me déride ; J'irai dans tes abris dépister le chevreuil Et le lièvre timide. " Lors la forêt m'offrit, pour mon repos du soir, Un lit d'herbe et de mousse Où la lune envoyait, entre les rameaux noirs, Une...

Les îles - Alphonse Beauregard

Au large, dans l'attrait d'un fier isolement, Apparaissent les îles Où parfois en rêveur, en chasseur, en amant À la sourdine on file. N'importe où l'on aborde, avidement on fait Le tour de son royaume, Et la tente, sitôt dressée, est un palais Que l'atmosphère...

L'arbre mort - Alphonse Beauregard

Je connais, au fond d'une anse Où sa maigre forme danse, Un érable mort, Mort nous raconte une histoire De s'être penché pour boire L'eau claire du bord. A le voir nu comme un marbre, L'été, parmi d'autres arbres Verts et vigoureux, On dirait que la nature L'a laissé...

Les joncs - Alphonse Beauregard

Les joncs frémissent à peine Sous le doux vent échappé Des champs de trèfle coupé Dans les lointains escarpés. Calmes sous la pure haleine, Les joncs frémissent à peine. Les joncs penchent mollement Leur tige au-dessus de l'onde Qui chante, la vagabonde, Les pleurs et...

L'éternel féminin - Alphonse Beauregard

La montagne portait sa robe d'or bruni, Or fragile tombant, feuille à feuille, des branches, Dans le chemin, parmi la foule du dimanche, Sur les sentiers ombreux et le gazon terni. Reposés de leur course à travers l'infini, Et doux, comme l'émoi d'une âme qui...

Maison abandonnée - Alphonse Beauregard

Audacieusement sise à cette hauteur, Cette maison proprette et d'une vigne ornée Est au milieu d'un tel déploiement de splendeur Que l'on devrait, il semble, y trouver le bonheur. Pourtant elle est abandonnée. Abandonnée, avec ces champs verts alentour ! Vide, quand...

L'invitation - Alphonse Beauregard

Le rythme séducteur nous appelle ; venez Lui répondre en mes bras, jeune fille inconnue. Valsons légèrement de tous côtés cernés, Et qu'en nous la clameur des besoins s'atténue. Pendant que nous serons ensemble, je ne veux Ni sonder vos secrets, ni dévoiler mon âme,...

Messe de minuit - Alphonse Beauregard

Chapelets, bruits de pas, accès de toux, murmures... Des légions d'ave s'en vont heurter au ciel. L'orgue joue en sourdine un antique noël Et le peuple, tout bas, répète les mesures. Ils reviennent couverts de nouvelles blessures Ceux qui de l'an dernier espéraient...