Paris aux réverbères - Alphonse Esquiros

Paris dort : avez-vous, nocturne sentinelle, Gravi, minuit sonnant, le pont de la Tournelle, C'est de là que l'on voit Paris de fange imbu ; Et comme un mendiant ivre près d'une cuve Le géant est qui ronfle et qui râle, et qui cuve Le vin ou le sang qu'il a bu....

À Victor Hugo. - Alphonse Esquiros

Toi que, dans nos cieux, un nuage Voiturait parmi les hivers ; Et qu'en se crevant, un orage A jeté de ses flancs ouverts : Aigle, couvé par le tonnerre, Fils des cieux, tu suspends ton aire A quelque monde imaginaire : Cherchant la gloire dans les airs, Ouvrant ton...

Je n'ose plus aimer. - Alphonse Esquiros

Je n'ose plus aimer : Tous ceux que dans la vie, Comme un souffle brûlant, mon amour a touchés, Ont senti se flétrir leur jeunesse ravie, Et pareils à la fleur qu'un soleil a ternie, Sur leur tombeau se sont penchés. J'ai tenu trois enfants sur les fonts du baptême ;...

L'aigle. - Alphonse Esquiros

Le soleil était pâle ; une mer ondoyante Enflait à gros flocons son écume bruyante Et se brisait contre un rocher ; Une île, au sein des flots, s'élevait en silence Et sur ses bords déserts, d'où le vautour s'élance Glissait la barque du nocher ; Alors on vit, au...

La lampe du poète. - Alphonse Esquiros

La lampe du poète agonisait dans l'ombre ; Des rapides printemps il voyait fuir le nombre ; La faim, de son toit pauvre, écartait les amours ; Sa cruche se vidait, et couché sur la paille : « Il faut donc, disait-il, il faut que je m'en aille, Avec le dernier des...

La solitude. - Alphonse Esquiros

Oui, voici bien les lieux que fréquentait Elise ; C'est ici tendrement que résonnait sa voix ; C'est là, c'est sur ce banc que je la vis assise Pour la dernière fois. Pourtant, rien n'a changé ; l'onde capricieuse Coule aussi mollement sur les gazons fleuris, Et des...

Le Sabbat. - Alphonse Esquiros

Ô peuples ! Savez-vous (c'est l'opprobre du monde) Qu'au sein de vos cités râle une orgie immonde : Minuit sonne, écoutez ! C'est l'heure du sabbat, Où des vieillards quinteux, couronnés de folie, Vont d'un pas chancelant assouvir dans la lie La passion qui les abat....

L'orage. - Alphonse Esquiros

C'était un beau spectacle au milieu des ténèbres. La lune qui sortait de ses voiles funèbres, Et qui glissait entre deux tours ; L'orage qui là-bas s'avançait dans les nues ; Le château qui voyait, de ses têtes chenues L'éclair sillonner les contours. Les arbres,...

Ma Muse. - Alphonse Esquiros

Le soir répandait son mystère Sur le bois chaste et solitaire ; Le rossignol harmonieux Déployait sa voix cadencée, Et chaque feuille balancée Rendait un son mélodieux. Assis sous la verte ramée, Je sentais la brise embaumée Passer sur mon front incliné : Et dans mes...

Ni plaisir ni peine. - Alphonse Esquiros

A la brise du soir quand les feuilles frémissent, Quand le soleil rougit dans un beau ciel d'été, Quand les nuages d'or à l'horizon se plissent, Quand le silence vient, et quand les bois s'emplissent De mystère et d'obscurité, C'est l'heure inspiratrice où la...

Qu'est-ce que la vie ? - Alphonse Esquiros

Depuis bientôt vingt ans, je passe sur la route ; Mes yeux regardent tout et mon oreille écoute ; Deux rois ont laissé choir leur couronne à grand bruit. J'ai vu tout pouvoir vain, toute gloire éphémère, Et la fleur qui bourgeonne à cette plante amère Ne fait jamais...

Souvenir. - Alphonse Esquiros

L'haleine jusqu'ici des Zéphyrs inconstants. Sur l'Océan du monde a gonflé notre voile ; Et notre frêle esquif à l'abri des autans, Pour arriver au port suivit la même étoile. Pour toi le ciel est pur oubliant ses fureurs, L'Océan sous ta rame, ouvre son flot docile ;...

Un homme de moins. - Alphonse Esquiros

Terre, que fallut-il quand l'Europe inondée Ne pouvait retenir la France débordée, Et grosse de fléaux ; Quand les trônes des rois chancelaient sur leur base, Quand nos champs se vidaient, quand la gloire était lasse De suivre nos drapeaux ? Terre, que fallut-il, si...