Jeune bacchante. - Amédée Pommier

A quoi donc rêves-tu, ma gentille bacchante, Nonchalamment couchée à l'ombre de ce bois ? Quel est le grand objet qui t'occupe ? Ah ! Je vois, Tu lis la plus belle œuvre et la plus éloquente. Un nid plein d'œufs mignons ! La trouvaille est piquante. Ce livre...

Naissance de Vénus. - Amédée Pommier

Blanche fille des eaux, elle apparaît au monde Entre le double azur de la mer et des cieux, Être surnaturel, tout jeune et gracieux, Femme dont la figure est enfantine et ronde. Relevant des deux mains sa chevelure blonde, Elle livre au regard son corps délicieux ;...

La baigneuse endormie près d'une source. - Amédée Pommier

Chut ! Avançons sans bruit, gardons de l'éveiller. Nous pourrons contempler, sous le rideau des branches, L'imprudente dormeuse, et ses épaules blanches, Et ses bras arrondis lui servant d'oreiller. Elle a cru sans péril pouvoir se dépouiller De sa longue tunique aux...

Quand l'amour arrive, quand l'amour s'en va. - Amédée Pommier

Regardez-les tous deux : c'est un couple d'amants Qui, les mains dans les mains, causent sous la ramée : Du pétulant jeune homme à la voix enflammée La jeune fille émue écoute les serments. Mais qu'ils sont loin déjà ces magiques moments ! Voici l'amant qui craint et...

La fille du doge. - Amédée Pommier

Si le doge est son père, ou si c'est quelque autre homme, C'est ce dont, pour ma part, je m'inquiète peu. Dès qu'elle a pris naissance, il n'importe en quel lieu, Que ce soit à Venise, ou dans Naples, ou dans Rome. Elle est belle, voilà l'intéressant, en somme....

Sur une petite chienne. - Amédée Pommier

Moi qui suis partisan de la métempsychose, Je soupçonne très fort que Coquette, autrefois, Était une marquise à l'agaçant minois, Et rien que son aspect confirmerait la chose. Observez sa figure et son geste et sa pose, De quel air grande dame on saute aux bons...

La lune de miel. - Amédée Pommier

En négligé galant, trônant dans son boudoir, La nouvelle épousée (elle est au moins marquise), Avec ses traits mutins et d'une grâce exquise, Regarde le mari qui vaque à son devoir. Aux pieds de son Omphale Hercule a dû s'asseoir. Omphale exerce en plein l'autorité...

La mort de Cléopâtre. - Amédée Pommier

Sur la peau de lion, fauve et royal coussin, Voyez agoniser la belle Cléopâtre. Elle est là toute nue, et de ses bras d'albâtre L'œil suit complaisamment le suave dessin. Il effleure l'épaule et la hanche et le sein, Qui s'offrent exhaussés comme sur un théâtre, Et...

La mort d'un enfant. - Amédée Pommier

Il est gisant sur le rivage Le jeune arbuste à peine né, Qui d'un destin plus fortuné Semblait nous offrir le présage : Hier il croissait couronné D'un tendre et verdoyant feuillage : Qui pouvait prévoir que l'orage, Contre lui soudain déchaîné, Aurait si tôt déraciné...

La posada des toreros. - Amédée Pommier

Qu'il sent bien son terroir, ce cadre de Giraud ! Toute l'Espagne est là, chaude, pimpante et leste, Hommes en bas de soie, en magnifique veste, Ainsi qu'en montre encore la course du taureau ; Yeux noirs, visages durs au teint de zingaro. Sauvage expression de la...

La tentation. - Amédée Pommier

D'un doute périlleux ton cœur est combattu, Je le vois, et, si Dieu ne te prête son aide, Je crains qu'à l'ennemi ta faiblesse ne cède. Des deux sentiers ouverts lequel choisiras-tu ? Ton corps formé pour plaire est pauvrement vêtu. Or, c'est double danger qu'être...

La toilette d'Atalante. - Amédée Pommier

Jeune et svelte Atalante aux beaux reins potelés, De ton Pygmalion ta chair vivante est digne. Lui seul a le secret de cette forme insigne, Divinisant les corps par sa main modelés. A son âme d'artiste ont été révélés Les mystères profonds du galbe et de la ligne, Et...

Le bonheur de l'obscurité. - Amédée Pommier

Faux éclat des grandeurs pour lequel on soupire, Opulentes cités, ambitieux palais, Princes, et toi, Fortune, au perfide sourire, J'ai trouvé loin de vous l'innocence et la paix. Exilé de la cour, oublié de l'envie, Dans le sein du silence et de l'oisiveté, Sans...

Le bord de l'eau. - Amédée Pommier

Je te revois, île chérie, Frais et voluptueux séjour, Où l'ombrage, arrêtant les traits brûlants du jour, Et formant sur ma tête une arcade fleurie, Semble fait pour cacher les larcins de l'amour, Et pour protéger tour à tour Le sommeil et la rêverie ! Saule...

Le déjeuner champêtre. - Amédée Pommier

Wattier n'est pas Watteau : vous confondiez peut-être. Doux ébats de Cythère à l'ombre des bosquets, Convives attablés à de joyeux banquets, Ou, sur l'herbe, faisant un déjeuner champêtre ; Beautés à falbalas aimant à se repaître Des propos doucereux de ces charmants...

Le génie éteint par la volupté. - Amédée Pommier

Il était jeune, beau, d'un esprit vigoureux. Cet homme qui s'énerve aux bras de la paresse, Et dont la volupté, fatale enchanteresse, A décharné la joue et fait l'œil terne et creux. C'est elle qui, mêlant des philtres désastreux, Le sein nu, jour et nuit, l'obsède,...

Le lever. - Amédée Pommier

Sous le rideau de pourpre et son reflet vermeil, Du lit encourtiné tu délaisses la plume, Car il est déjà tard et ta vitre s'allume Aux rayons scintillants que darde le soleil. Eh quoi ! Tu n'es pas même en ce simple appareil Dont parle Jean Racine ! Est-ce donc la...

Elle n'enviait point le luxe des voyages. - Amédée Pommier

Elle n'enviait point le luxe des voyages Un coucher de soleil, la forme des nuages, Ces étoiles sans nombre et dont le regard luit, Semant de points de feu le voile de la nuit, La lune, orbe ou croissant, baignant de lueurs douces Les murs, les toits voisins, les...

Les œuvres de Dieu. - Amédée Pommier

Dieu, dans sa sagesse profonde, A-t-il tout créé par sa voix, Ou si le hasard seul au monde Impose aveuglement ses lois ? Pour te délivrer de ce doute, Homme, vers la céleste voûte Élève un moment tes regards ; Parcours ce magnifique livre : Le nom du Dieu qui te fait...

Idole et charme de ma vie. - Amédée Pommier

Idole et charme de ma vie, Tu sais endormir tous mes maux ; Tu sais me rendre le repos De mon enfance évanouie. Lorsque mon cœur est languissant, Par ton aspect tu le consoles, Et la moindre de tes paroles Y verse un baume adoucissant. Ton regard chasse les nuages De...

Le tombeau de l'amour. - Amédée Pommier

Les habits en désordre et la main sur tes yeux, Tu pleures feu l'Amour, dolente, échevelée. Je ne suis pas surpris si sa tombe est scellée ; Quoiqu'il parût enfant, l'Amour était bien vieux. Te voici dans ce bois, où ton regret pieux De funèbres tributs couvre son...

À une jolie femme. - Amédée Pommier

Savez-vous bien, Madame, à quel risque on s'expose En acceptant des vers d'indiscrets tels que moi ? C'est une occasion de parler, et, ma foi, Je dis ce que je pense et permets qu'on en glose. Un poète ose tout. — Si j'allais (je suppose) Vous proclamer déesse et...

Aux coquettes. - Amédée Pommier

Derrière le miroir, ce démon aux aguets, Dans ce discret asile où l'élégance règne, Ces roses, ces bijoux, tout ici vous enseigne A ne pas trop vous plaire aux ornements coquins. Apprenez le danger des colliers, des bouquets. Démêlant vos cheveux, quand, au matin, le...

Bien perdu - Amédée Pommier

Entre quinze et vingt ans, le cœur tout neuf, qui sortDe sa torpeur première et qui commence à vivre,S'enflamme quelquefois tout de bon, et s'enivre,Dans un profond secret, d'un amour grand et fort. Honteux de laisser voir cette ardeur qui le mord,C'est sous un dehors...

Blanche. - Amédée Pommier

Blanche a de grands yeux bleus d'une douceur insigne, Qu'elle ferme à demi, d'un air tendre et mourant. Son petit nez mutin est rose et transparent ; Elle a dans ses contours des mollesses de cygne. De son corps assoupli l'harmonieuse ligne Enchante le regard qui va...