Byzance, mon berceau - André Chénier

ODE III. BYZANCE, mon berceau, jamais tes janissaires Du Musulman paisible ont-ils forcé le seuil ? Vont-ils jusqu’en son lit, nocturnes émissaires, Porter l’épouvante et le deuil ? Son harem ne connaît, invisible retraite, Le choix, ni les projets, ni le nom des...

Des monts du Beaujolais - André Chénier

Des monts du Beaujolais aspect délicieux Quabd l’Azergue limpide, enfant de ces beaux lieux, Descendant sur les prés et la côte vineuse, Vient grossir de ses eaux la Saune limoneuse. Peindre Nice… cette ville où les étrangers… les oranges… etc. Finir en imitant...

Euphosyne - André Chénier

Ah ! ce n’est point à moi qu’on s’occupe de plaire. Ma sœur plus tôt que moi dut le jour à ma mère. Si quelques beaux bergers apportent une fleur, Je sais qu’en me l’offrant ils regardent ma sœur ; S’ils vantent les attraits dont brille mon visage, Ils disent à ma...

Invocation à la Poésie - André Chénier

Nymphe tendre et vermeille, ô jeune Poésie ! Quel bois est aujourd’hui ta retraite choisie ? Quelles fleurs, près d’une onde où s’égarent tes pas, Se courbent mollement sous tes pieds délicats ? Où te faut-il chercher ? Vois la saison nouvelle : Sur son visage blanc...

L’invention - André Chénier

Audendum est. Ô fils du Mincius, je te salue, ô toi Par qui le dieu des arts fut roi du peuple roi ! Et vous, à qui jadis, pour créer l’harmonie, L’Attique, et l’onde Égée, et la belle Ionie, Donnèrent un ciel pur, les plaisirs, la beauté, Des mœurs simples, des lois,...

La Liberté - André Chénier

UN CHEVRIER, UN BERGER LE CHEVRIER Berger, quel es-tu donc ? qui t’agite ? et quels dieux De noirs cheveux épars enveloppent tes yeux ? LE BERGER Blond pasteur de chevreaux, oui, tu veux me l’apprendre : Oui, ton front est plus beau, ton regard est plus tendre. LE...

La Seine en sortant de Paris - André Chénier

La Seine en sortant de Paris, Voit près du Champ de Mars les fils de nos guerriers Étudier l’art… Et près d’eux vivre sous un dôme Tous nos braves soldats sous les armes vieillis, De blessures et d’âge et d’honneurs affaiblis : Saints temples où repose une mâle...

Le Mendiant - André Chénier

C’était quand le printemps a reverdi les prés. La fille de Lycus, vierge aux cheveux dorés, Sous les monts Achéens, non loin de Crénée, Errait à l’ombre, aux bords du faible et pur Crathis ; Car les eaux du Crathis, sous des berceaux de frêne, Entouraient de Lycus le...

Le Poète - André Chénier

… Pour lui L’ombre du cabinet en délices abonde. S’il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde, Ou si, chez la beauté qui l’admit en secret, Las de parler, enfin il demeure muet, Il regagne à grands pas son asile et l’étude : Il y trouve la paix, la douce...

Les colombes - André Chénier

Deux belles s’étaient baisées… Le poète-berger, témoin jaloux de leurs caresses, chante ainsi : " Que les deux beaux oiseaux, les colombes fidèles, Se baisent. Pour s’aimer les dieux les firent belles. Sous leur tête mobile, un cou blanc, délicat, Se plie, et de la...

L’Aveugle - André Chénier

" Dieu, dont l’arc est d’argent, dieu de Claros, écoute, Ô Sminthée-Apollon, je périrai sans doute, Si tu ne sers de guide à cet aveugle errant. " C’est ainsi qu’achevait l’aveugle en soupirant, Et près des bois marchait, faible, et sur une pierre S’asseyait. Trois...

L’Oaristys - André Chénier

Imitée de la XXVIIe idylle de Théocrite DAPHNIS. Hélène daigna suivre un berger ravisseur Berger comme Pâris, j’embrasse mon Hélène. NAÏS. C’est trop t’énorgueillir d’une faveur si vaine. DAPHNIS. Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur. NAÏS. Tiens ; ma...

Marseille - André Chénier

Ô beautés de Marseille… vous avez une tournure vive et attrayante… vos cheveux… vos yeux noirs et… ont des regards bien doux. Heureux qui peut vivre près de vous… Marseille est une ville… dans son port tout hérissé d’une forêt de mâts, on trouve le Musulman, l’Indien,...

Ainsi le jeune amant - André Chénier

Ainsi le jeune amant, seul, loin de ses délices, S’assied sous un mélèze au bord des précipices, Et là, revoit la lettre où, dans un doux ennui, Sa belle amante pleure et ne vit que pour lui. Il savoure à loisir ces lignes qu’il dévore ; Il les lit, les relit et les...

Aux premiers fruits de mon verger - André Chénier

Précurseurs de l’automne, Ô fruits nés d’une terre Ou l’art industrieux, sous ses maisons de verre, Des soleils du midi sait feindre les chaleurs, Allez trouver Fanny ; cette mère craintive. À sa fille aux doux yeux, fleur débile et tardive, Rendez la force et les...

Aux frères de Pange - André Chénier

Aujourd'hui qu'au tombeau je suis prêt à descendre, Mes amis, dans vos mains je dépose ma cendre. Je ne veux point, couvert d'un funèbre linceul, Que les pontifes saints autour de mon cercueil, Appelés aux accents de l'airain lent et sombre, De leur chant lamentable...

Le jeune malade - André Chénier

" Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères, Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires, Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant, Prends pitié de mon fils, de mon unique enfant ! Prends pitié de sa mère aux larmes condamnée, Qui ne vit que pour...

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre - André Chénier

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre Anime la fin d'un beau jour, Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre. Peut-être est-ce bientôt mon tour ; Peut-être avant que l'heure en cercle promenée Ait posé sur l'émail brillant, Dans les soixante pas où sa...

A la France - André Chénier

France ! ô belle contrée, ô terre généreuse Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse, Tu ne sens point du Nord les glaçantes horreurs ; Le Midi de ses feux t'épargne les fureurs ; Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles ; Ni des poisons...

Lydé - André Chénier

" Mon visage est flétri des regards du soleil. Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil. J'ai suivi tout le jour le fond de la vallée ; Des bêlements lointains partout m'ont appelée. J'ai couru ; tu fuyais sans doute loin de moi : C'était d'autres pasteurs. Où...

Au chevalier de Pange - André Chénier

Quand la feuille en festons a couronné les bois, L'amoureux rossignol n'étouffe point sa voix. Il serait criminel aux yeux de la nature, Si, de ses dons heureux négligeant la culture, Sur son triste rameau, muet dans ses amours, Il laissait sans chanter expirer les...

Ô Muses, accourez ; solitaires divines - André Chénier

Ô Muses, accourez ; solitaires divines, Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines ! Soit qu'en ses beaux vallons Nîme égare vos pas ; Soit que de doux pensers, en de riants climats, Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne ; Soit que, parmi les chœurs...

A de Pange - André Chénier

De Pange, le mortel dont l'âme est innocente, Dont la vie est paisible et de crimes exempte, N'a pas besoin du fer qui veille autour des rois, Des flèches dont le Scythe a rempli son carquois, Ni du plomb que l'airain vomit avec la flamme. Incapable de nuire, il ne...

Ô jours de mon printemps, jours couronnés de rose - André Chénier

Ô jours de mon printemps, jours couronnés de rose, A votre fuite en vain un long regret s'oppose. Beaux jours, quoique, souvent obscurcis de mes pleurs, Vous dont j'ai su jouir même au sein des douleurs, Sur ma tête bientôt vos fleurs seront fanées ; Hélas ! bientôt...

Ah ! je les reconnais, et mon cœur se réveille - André Chénier

Ah ! je les reconnais, et mon cœur se réveille. Ô sons ! ô douces voix chères à mon oreille ! Ô mes Muses, c'est vous ; vous mon premier amour, Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour. Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance, Me portaient sous la grotte où...

Souvent le malheureux songe à quitter la vie - André Chénier

Souvent le malheureux songe à quitter la vie ; L'espérance crédule à vivre le convie. Le soldat sous la tente espère, avec la paix, Le repos, les chansons, les danses, les banquets. Gémissant sur le soc, le laboureur d'avance Voit ses guérets chargés d'une heureuse...

A Charlotte Corday - André Chénier

Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes, Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes Consacrent leur Marat parmi les immortels, Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile, Des fanges du Parnasse un impudent reptile Vomit un hymne infâme au pied...

Les Plus Beaux Poèmes d'André Chénier 

Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes les plus célèbres et les plus beaux d'André Chénier, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables de ce poète en me basant sur mes préférences personnelles et...

Bel astre de Vénus... - André Chénier

Bel astre de Vénus, de son front délicat Puisque Diane encor voile le doux éclat, Jusques à ce tilleul, au pied de la colline, Prête à mes pas secrets ta lumière divine. Je ne vais point tenter de nocturnes larcins, Ni tendre aux voyageurs des pièges assassins. J'aime...

L'amour endormi - André Chénier

Là reposait l'Amour, et sur sa joue en fleur D'une pomme brillante éclatait la couleur. Je vis, dès que j'entrai sous cet épais bocage, Son arc et son carquois suspendus an feuillage. Sur des monceaux de rose au calice embaumé Il dormait. Un souris sur sa bouche formé...

Ô nécessité dure ! ô pesant esclavage ! - André Chénier

Ô nécessité dure ! ô pesant esclavage ! Ô sort ! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge, Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs, Dans ce flux et reflux d’espoir et de douleurs ! Souvent, las d’être esclave et de boire la lie De ce calice amer que l’on...

Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche - André Chénier

Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche, Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche, Riant et m'asseyant sur lui, près de son cœur, M'appelait son rival et déjà son vainqueur. Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre A souffler une haleine harmonieuse...

Art d'aimer, fragment VIII - André Chénier

Qu'il est doux, au retour de la froide saison, Jusqu'au printemps nouveau regagnant la maison, De la voir devant vous accourir au passage, Ses cheveux en désordre épars sur son visage ! Son oreille de loin a reconnu vos pas : Elle vole, et s'écrie, et tombe dans vos...

Blanche et douce colombe - André Chénier

Blanche et douce colombe, aimable prisonnière, Quel injuste ennemi te cache à la lumière ? Je t'ai vue aujourd'hui (que le ciel était beau !) Te promener longtemps sur le bord du ruisseau ; Au hasard, en tous lieux, languissante, muette, Tournant tes doux regards et...

L'amour et le berger - André Chénier

Loin des bords trop fleuris de Gnide et de Paphos, Effrayé d'un bonheur ennemi du repos, J'allais, nouveau pasteur, aux champs de Syracuse Invoquer dans mes vers la nymphe d'Aréthuse, Lorsque Vénus, du haut des célestes lambris, Sans armes, sans carquois, vint...

Oh ! puisse le ciseau qui doit trancher mes jours - André Chénier

Oh ! puisse le ciseau qui doit trancher mes jours Sur le sein d'une belle en arrêter le cours ! Qu'au milieu des langueurs, au milieu des délices, Achevant de Vénus les plus doux sacrifices, Mon âme, sans efforts, sans douleurs, sans combats, Se dégage et s'envole, et...

Chrysé - André Chénier

Pourquoi, belle Chrysé, t'abandonnant aux voiles, T'éloigner de nos bords sur la foi des étoiles ? Dieux ! je t'ai vue en songe ; et, de terreur glacé, J'ai vu sur des écueils ton vaisseau fracassé, Ton corps flottant sur l'onde, et tes bras avec peine Cherchant à...

L'amour laboureur - André Chénier

Nouveau cultivateur, armé d'un aiguillon, L'Amour guide le soc et trace le sillon ; Il presse sous le joug les taureaux qu'il enchaîne. Son bras porte le grain qu'il sème dans la plaine. Levant le front, il crie au monarque des dieux : " Toi, mûris mes moissons, de...

On vit ; on vit infâme - André Chénier

[…] On vit ; on vit infâme. Eh bien ? il fallut l'être ; L'infame, après tout, mange et dort. Ici, même, en ces parcs où la mort nous fait paître, Où la hache nous tire au sort Beaux poulets sont écrits ; maris, amants, sont dupes ; Caquetage, intrigue de sots. On y...

Triste vieillard - André Chénier

(Saint-Lazare) Triste vieillard, depuis que pour tes cheveux blancs Il n'est plus de soutien de tes jours chancelants, Que ton fils orphelin n'est plus à son vieux père, Renfermé sous ton toit et fuyant la lumière, Un sombre ennui t'opprime et dévore ton sein. Sur ton...

Des belles voluptés la voix enchanteresse - André Chénier

Des belles voluptés la voix enchanteresse N'aurait point entraîné mon oisive jeunesse. Je n'aurais point en vers de délices trempés, Et de l'art des plaisirs mollement occupés, Plein des douces fureurs d'un délire profane, Livré nue aux regards ma muse courtisane....

Où sont ces grands tombeaux - André Chénier

Où sont ces grands tombeaux qui devaient à jamais D’une épouse fidèle attester les regrets ? L’herbe couvre Corinthe, Argos, Sparte, Mycènes ; La faux coupe le chaume aux champs où fut Athènes. Ilion, de ces Dieux qui bâtirent tes tours Contre le fils d’Achille...

Versailles - André Chénier

Ô Versailles, ô bois, ô portiques, Marbres vivants, berceaux antiques, Par les dieux et les rois Elysée embelli, A ton aspect, dans ma pensée, Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée, Coule un peu de calme et d'oubli. Paris me semble un autre empire, Dès que chez...

Dryas - André Chénier

« Tout est-il prêt ? partons. Oui, le mât est dressé ; Adieu donc. » Sur les bancs le rameur est placé ; La voile, ouverte aux vents, s'enfle et s'agite et flotte ; Déjà le gouvernail tourne aux mains du pilote. Insensé ! vainement le serrant dans leurs bras, Femme,...

La jeune captive - André Chénier

La jeune captive est le poème le plus célèbre d'André Chénier. Cette ode qui évoque sa muse Aimée de Coigny, elle aussi incarcérée à la prison de Saint-Lazare, aurait été écrite la veille de la mort du poète, guillotiné. Cet hymne à la vie est composé de 9 sizains de...

Pannychis - André Chénier

« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes ; Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes. Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. Hier je me suis mis auprès de mon chevreau ; Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu'à peine Faire arriver sa tête au...

Voilà ce que chantait aux Naïades prochaines - André Chénier

Voilà ce que chantait aux Naïades prochaines Ma Muse jeune et fraîche, amante des fontaines, Assise au fond d'un antre aux nymphes consacré, D'acanthe et d'aubépine et de lierre entouré. L'Amour, qui l'écoutait caché dans le feuillage, Sortit, la salua Sirène du...

Épilogue - André Chénier

Ma Muse pastorale aux regards des Français Osait ne point rougir d'habiter les forêts. Elle eût voulu montrer aux belles de nos villes La champêtre innocence et les plaisirs tranquilles ; Et, ramenant Palès des climats étrangers, Faire entendre à la Seine enfin de...

La jeune Locrienne - André Chénier

" Fuis, ne me livre point. Pars avant son retour ; " Lève-toi ; pars, adieu ; qu'il n'entre, et que ta vue " Ne cause un grand malheur, et je serais perdue ! " Tiens, regarde, adieu, pars : ne vois-tu pas le jour ? " Nous aimions sa naïve et riante folie, Quand...

Pasiphaé - André Chénier

Tu gémis sur l'Ida, mourante, échevelée, Ô reine ! ô de Minos épouse désolée ! Heureuse si jamais, dans ses riches travaux, Cérès n'eût pour le joug élevé des troupeaux ! Tu voles épier sous quelle yeuse obscure, Tranquille, il ruminait son antique pâture ; Quel lit...

Ah ! le pourrai-je au moins ? - André Chénier

Ah ! le pourrai-je au moins ? suis-je assez intrépide ? Et toute belle enfin serait-elle perfide ? Moi, tendre, même faible, et dans l'âge d'aimer, Faut-il n'oser plus voir tout ce qui peut charmer ? Quand chacun à l'envi jouit, aime, soupire, Faut-il donc de Vénus...

Euphrosyne - André Chénier

Ah ! ce n'est point à moi qu'on s'occupe de plaire. Ma sœur plus tôt que moi dut le jour à ma mère. Si quelques beaux bergers apportent une fleur, Je sais qu'en me l'offrant ils regardent ma sœur ; S'ils vantent les attraits dont brille mon visage, Ils disent à ma...

La Jeune Poésie - André Chénier

Vierge au visage blanc, la jeune Poésie En silence attendue au banquet d'ambroisie Vint sur un siège d'or s'asseoir avec les Dieux, Des fureurs des Titans enfin victorieux. La bandelette auguste, au front de cette reine, Pressait les flots errants de ses cheveux...

Quand au mouton bêlant la sombre boucherie - André Chénier

Quand au mouton bêlant la sombre boucherie Ouvre ses cavernes de mort, Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie Ne s’informe plus de son sort. Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine, Les vierges aux belles couleurs Qui le baisaient en foule, et sur sa...

Ah ! ne le croyez pas que par moments j’oublie - André Chénier

Ah ! ne le croyez pas que par moments j’oublie Et mon cœur, et l'amour, extase, poésie, Vous surtout, belle et douce à mes rêves secrets, Vous dont les purs regards font les miens indiscrets. Sans doute c'est plaisir d'oublier à son aise La tenace douleur qui déchire...

Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile - André Chénier

Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile Le soir emplis de lait trente vases d'argile, Crains la génisse pourpre, au farouche regard, Qui marche toujours seule, et qui paît à l'écart. Libre, elle lutte et fuit intraitable et rebelle. Tu ne presseras point sa...

La jeune Tarentine - André Chénier

La jeune Tarentine est un poème célèbre d'André Chénier paru à titre posthume dans le recueil Les Bucoliques (1819). Ce poème mélancolique et lyrique en alexandrins à rimes plates est un récit sur la mort tragique de l'héroïne, un éloge funèbre sur la beauté et un...

Quand d’un souffle jaloux la Parque meurtrière - André Chénier

Quand d’un souffle jaloux la Parque meurtrière Viendra de mon flambeau dissiper la lumière, Si tu viens près de moi, sur mon lit de douleur Ta présence pourra répandre des douceurs. Pour apaiser l’effroi que cet instant réveille, Que le son de ta voix flatte encore...

Ils croyaient se cacher dans leur bassesse obscure - André Chénier

Ils croyaient se cacher dans leur bassesse obscure... […] Sur ses pieds inégaux l'épode vengeresse Saura les atteindre pourtant. Diamant ceint d'azur, Paros, œil de la Grèce, De l'onde Égée astre éclatant, Dans tes flancs où Nature est sans cesse à l'ouvrage, Pour le...

Hercule - André Chénier

Oeta, mont ennobli par cette nuit ardente, Quand l'infidèle époux d'une épouse imprudente Reçut de son amour un présent trop jaloux, Victime du centaure immolé par ses coups. Il brise tes forêts : ta cime épaisse et sombre En un bûcher immense amoncelle sans nombre...

Les esclaves d'Amour ont tant versé de pleurs - André Chénier

Les esclaves d'Amour ont tant versé de pleurs ! S'il a quelques plaisirs, il a tant de douleurs ! Qu'il garde ses plaisirs. Dans un vallon tranquille Les Muses contre lui nous offrent un asile ; Les Muses, seul objet de mes jeunes désirs, Mes uniques amours, mes...

Sa langue est un fer chaud - André Chénier

« Sa langue est un fer chaud. Dans ses veines brûlées Serpentent des fleuves de fiel. » J’ai, douze ans, en secret, dans les doctes vallées, Cueilli le poétique miel. Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entière ; Dans tous mes vers on pourra voir Si ma Muse naquit...

Ils vivent cependant et de tant de victimes - André Chénier

Ils vivent cependant et de tant de victimes Les cris ne montent point vers toi. C'est un pauvre poète, ô grand Dieu des armées, Que seul, captif, près de la mort, Attachant à ses vers des ailes enflammées De ton tonnerre qui s'endort, De la vertu proscrite embrassant...

A l'hirondelle - André Chénier

Fille de Pandion, ô jeune Athénienne, La cigale est ta proie, hirondelle inhumaine, Et nourrit tes petits qui, débiles encor, Nus, tremblants, dans les airs n'osent prendre l'essor. Tu voles ; comme toi la cigale a des ailes. Tu chantes ; elle chante. A vos chansons...

Hylas - André Chénier

Au chevalier de Pange. Le navire éloquent, fils des bois du Pénée, Qui portait à Colchos la Grèce fortunée, Craignant près de l'Euxin les menaces du Nord, S'arrête, et se confie au doux calme d'un port. Aux regards des héros le rivage est tranquille ; Ils descendent....

Les Jardins - André Chénier

Secrets observateurs, leur studieuse main En des vases d'argile et de verre et d'airain Enferme la nature et les riches campagnes. Ce sont là leurs vallons, leurs forêts, leurs montagnes. Barbares possesseurs, Procustes furieux, Sous le niveau jaloux leur fer...

Souffre un moment encor - André Chénier

Souffre un moment encor ; tout n'est que changement ; L'axe tourne, mon cœur ; souffre encore un moment. La vie est-elle toute aux ennuis condamnée ? L'hiver ne glace point tous les mois de l'année, L'Eurus retient souvent ses bonds impétueux ; Le fleuve, emprisonné...

On dit que le dédain froid et silencieux - André Chénier

On dit que le dédain froid et silencieux Devint une ardente colère, Lorsque le Moniteur vous eut mis sous les yeux Le sot fatras du sot Barère ; Qu'au phœbus convulsif de l'ignare pédant, De honte et de terreur troublées, Votre front se souvint de ce Thrace impudent,...

À La Barre - André Chénier

La Déesse aux cent voix bruyantes A du séjour sacré des âmes innocentes Percé les ténébreux chemins. Là, du jeune La Barre un bois triste et nocturne Voit à pas lents errer loin de tous les humains L’ombre superbe et taciturne. La Nymphe ailée auprès de lui Descend :...

Médée - André Chénier

Au sang de ses enfants, de vengeance égarée, Une mère plongea sa main dénaturée ; Et l'amour, l'amour seul avait conduit sa main. Mère, tu fus impie, et l'amour inhumain. Mère ! amour ! qui des deux eut plus de barbarie ? L'amour fut inhumain ; mère, tu fus impie....

Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs - André Chénier

Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs, Et voit quelque plaisir naître au sein des douleurs. Sous ses hauts monts ainsi l'Allobroge recèle, Sous ses monts, de l'hiver la patrie éternelle, Et les fleurs du printemps et les biens de l'été. Sur leurs arides fronts...

Un jour le rat des champs - André Chénier

Un jour le rat des champs, ami du rat de ville, Invita son ami dans son rustique asile. Il était économe et soigneux de son bien Mais l'hospitalité, leur antique lien, Fit les frais de ce jour, comme d'un jour de fête, Tout fut prêt, lard, raisin, et fromage et...

Ah ! portons dans les bois ma triste inquiétude - André Chénier

Ah ! portons dans les bois ma triste inquiétude. Ô Camille ! l'amour aime la solitude. Ce qui n'est point Camille est un ennui pour moi. Là, seul, celui qui t'aime est encore avec toi. Que dis-je ? Ah ! seul et loin d'une ingrate chérie, Mon cœur sait se tromper....

Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde - André Chénier

Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde. Bénis soient tes décrets, ô Sagesse profonde ! Qui me voulus heureux et, prodigue envers moi, M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi. Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s'abaisse ; De ses premiers...

Mes chants savent tout peindre - André Chénier

Mes chants savent tout peindre ; accours, viens les entendre. Ma voix plaît, Astérie, elle est flexible et tendre. Philomèle, les bois, les eaux, les pampres verts, Les muses, le printemps, habitent dans mes vers. Le baiser dans mes vers étincelle et respire. La...

Sur la mort d'un enfant - André Chénier

L'innocente victime, au terrestre séjour, N'a vu que le printemps qui lui donna le jour. Rien n'est resté de lui qu'un nom, un vain nuage, Un souvenir, un songe, une invisible image. Adieu, fragile enfant échappé de nos bras ; Adieu, dans la maison d'où l'on ne...

Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres - André Chénier

Un vulgaire assassin va chercher les ténèbres ; Il nie, il jure sur l’autel ; Mais nous, grands, libres, fiers, à nos exploits funèbres, A nos turpitudes célèbres, Nous voulons attacher un éclat immortel. De l’oubli taciturne et de son onde noire Nous savons détourner...

Ah ! prends un cœur humain, laboureur trop avide - André Chénier

Ah ! prends un cœur humain, laboureur trop avide. Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide De tes larges moissons vient, le regard confus, Recueillir après toi les restes superflus, Souviens-toi que Cybèle est la mère commune. Laisse la probité que trahit la...

Mnaïs - André Chénier

Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde, La brebis se traînant sous sa laine féconde, Au front de la colline accompagnent les pas, A la jeune Mnaïs rendez, rendez, hélas ! Par Cybèle et Cérès et sa fille adorée, Une grâce légère, une grâce sacrée. Naguère auprès de...

Sur un groupe de Jupiter et d'Europe - André Chénier

Étranger, ce taureau qu'au sein des mers profondes D'un pied léger et sûr tu vois fendre les ondes, Est le seul que jamais Amphitrite ait porté. Il nage aux bords crétois. Une jeune beauté Dont le vent fait voler l'écharpe obéissante Sur ses flancs est assise, et...

Voûtes du Panthéon - André Chénier

Voûtes du Panthéon, quel mort illustre et rare S'ouvre vos dômes glorieux ? Pourquoi vois-je David qui larmoie, et prépare Sa palette qui fait des Dieux ? O ciel ! faut-il le croire ! ô destins ! ô fortune ! O cercueil arrosé de pleurs ! Oh ! que ne puis-je ouïr...

Amymone - André Chénier

Salut, belle Amymone ; et salut, onde amère A qui je dois la belle à mes regards si chère. Assise dans sa barque, elle franchit les mers. Son écharpe à longs plis serpente dans les airs. Ainsi l'on vit Thétis flottant vers le Pénée, Conduite à son époux par le blond...

Je sais, quand le midi leur fait désirer l'ombre - André Chénier

Je sais, quand le midi leur fait désirer l'ombre, Entrer à pas muets sous le roc frais et sombre, D'où parmi le cresson et l'humide gravier La naïade se fraye un oblique sentier. Là j'épie à loisir la nymphe blanche et nue Sur un banc de gazon mollement étendue, Qui...

Mnazile et Chloé - André Chénier

CHLOÉ. Fleurs, bocage sonore, et mobiles roseaux Où murmure zéphyr au murmure des eaux, Parlez ; le beau Mnazile est-il sous vos ombrages ? Il visite souvent vos paisibles rivages. Souvent j'écoute, et l'air qui gémit dans vos bois A mon oreille au loin vient apporter...

Suzanne - André Chénier

Je dirai l'innocence en butte à l'imposture, Et le pouvoir inique, et la vieillesse impure, L'enfance auguste et sage, et Dieu, dans ses bienfaits, Qui daigne la choisir pour venger les forfaits. Ô fille du Très-Haut, organe du génie, Voix sublime et touchante,...

Art d'aimer, fragment II - André Chénier

Quand l'ardente saison fait aimer les ruisseaux, A l'heure où vers le soir, cherchant le frais des eaux, La belle nonchalante à l'ombre se promène, Que sa bouche entr'ouverte et que sa pure haleine Et son sein plus ému de tendresse et de vœux Appellent les baisers et...

Arcas et Bacchylis - André Chénier

Arcas Tu poursuis Damalis. Mais cette blonde tête Pour le joug de Vénus n'est point encore prête. C'est une enfant encore ; elle fuit tes liens, Et ses yeux innocents n'entendent pas les tiens. Ta génisse naissante au sein du pâturage Ne cherche aux bords des eaux que...

Jeune fille, ton cœur avec nous veut se taire - André Chénier

Jeune fille, ton cœur avec nous veut se taire Tu fuis, tu ne ris plus ; rien ne saurait te plaire. La soie à tes travaux offre en vain des couleurs ; L'aiguille sous tes doigts n'anime plus des fleurs. Tu n'aimes qu'à rêver, muette, seule, errante, Et la rose pâlit...

Néère - André Chénier

Mais telle qu'à sa mort pour la dernière fois, Un beau cygne soupire, et de sa douce voix, De sa voix qui bientôt lui doit être ravie, Chante, avant de partir, ses adieux à la vie, Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort, Pâle, elle ouvrit sa bouche en un...

Tel j’étais autrefois - André Chénier

Tel j'étais autrefois et tel je suis encor. Quand ma main imprudente a tari mon trésor, Ou la nuit, accourant au sortir de la table, Si Laure m'a fermé le seuil inexorable, Je regagne mon toit. Là, lecteur studieux, Content et sans désirs, je rends grâces aux dieux....

Art d'aimer, fragment III - André Chénier

Ainsi le jeune amant, seul, loin de ses délices, S'assied sous un mélèze au bord des précipices, Et là, revoit la lettre où, dans un doux ennui, Sa belle amante pleure et ne vit que pour lui. Il savoure à loisir ces lignes qu'il dévore ; Il les lit, les relit et les...

Bacchus - André Chénier

Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée, Ô Dionyse, Évan, Iacchus et Lénée ; Viens, tel que tu parus aux déserts de Naxos, Quand ta voix rassurait la fille de Minos. Le superbe éléphant, en proie à ta victoire, Avait de ses débris formé ton char d'ivoire. De pampres,...

L'Amérique - André Chénier

Magellan, fils du Tage, et Drake et Bougainville Et l'Anglais dont Neptune aux plus lointains climats Reconnaissait la voile et respectait les pas. Le Cancer sous les feux de son brûlant tropique L'attire entre l'Asie et la vaste Amérique, En des ports où jadis il...

Ô délices d'amour ! et toi, molle paresse - André Chénier

Ô délices d'amour ! et toi, molle paresse, Vous aurez donc usé mon oisive jeunesse ! Les belles sont partout. Pour chercher les beaux-arts, Des Alpes vainement j'ai franchi les remparts : Rome d'amours en foule assiége mon asile. Sage vieillesse, accours ! Ô déesse...

Terre, terre chérie - André Chénier

[…] Terre, terre chérie Que la liberté sainte appelle sa patrie ; Père du grand sénat, ô sénat de Romans, Qui de la liberté jetas les fondements ; Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence, Vienne, toutes enfin, monts sacrés d'où la France Vit naître le...