Vol d'oiseaux - André Lemoyne

À David Sauvageot. I. Les cygnes migrateurs qui passent dans les airs, Pèlerins de haut vol, fiers de leurs ailes grandes, Sont tout surpris de voir tant d'espaces déserts : Des steppes, des marais, des grèves et des landes. « C'est triste, pensent-ils... Ne croit-on...

Fleur solitaire - André Lemoyne

À Madame de Bertha. Par un soir ténébreux de l'arrière-saison. Dans un coup de rafale une graine emportée, Tombant contre les murs d'une haute prison, Entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée. Dans ce lit de hasard elle dort tout l'hiver, Sous des blocs de granit...

Jours futurs - André Lemoyne

À Ernest Benjamin. LE POÈTE. En quel temps vivons- nous, mon pauvre philosophe ? LE PHILOSOPHE. Dans un siècle d'argent qui bientôt doit finir. LE POÈTE. D'une tranquille mort, sans bruit ni catastrophe ? Que vois-tu sous le ciel du prochain avenir ? LE PHILOSOPHE....

La cigale et la fourmi - André Lemoyne

LA CIGALE ET LA FOURMI SUR UN TABLEAU DE H. BACON. À Félix Jeantet. Au mois d'août, vers la fin d'une claire vesprée, L'ombre des grands ormeaux s'allonge dans la prée, Et le dernier adieu des chauds soleils couchants D'une lueur de pourpre enveloppe les champs. On a...

L'avenir - André Lemoyne

À Cyprien Girerd. LE POÈTE. Philosophe aussi pur que les sages antiques, Si tu daignes m'entendre, écoute et réponds-moi Les poètes n'ont plus les accents prophétiques De leurs divins aïeux ; Maître, sais-tu pourquoi ? LE PHILOSOPHE. Un caprice du vent vous emporte et...

La veuve - André Lemoyne

À Armand Silvestre. I. Le sourire est en fleur sur les lèvres des belles, Dans la saison d'avril et des robes nouvelles. — Salut, ô rubans clairs, guimpes et cols brodés, Bonnets aériens !... toute la panoplie Révélant le bon goût d'une femme accomplie Traîne sur les...

Le chemin des pleurs - André Lemoyne

À Madame Cousinery. Lorsque, portant sa croix, Jésus de Nazareth, Traîné sur le Calvaire, en gravissait la côte, Trébuchant dans sa robe écarlate, il pleurait Sur la route pierreuse... Elle était rude et haute. Cris de foule en délire et corbeaux croassant Lui...

Le retour - André Lemoyne

À Leconte de Lisle. I. Quand on vieillit, on aime à lire l'Odyssée, Comme on aimait, enfant, Robinson Crusoé, Le berceau de Moïse et l'arche de Noé Achevant sur les monts sa haute traversée. Et quand ces livres d'or à regret sont fermés, On revoit en esprit de...

Les charmeuses - André Lemoyne

À Jules Claretie. LES NAGEURS. Ô filles de la mer, loin des bords égarées, Quand les flots s'empourpraient aux lueurs du couchant, Nous avons entendu votre merveilleux chant Épanouir en chœur ses voix énamourées. Mais nous sommes en vain de robustes nageurs ; Nous...

Les gardiens du feu - André Lemoyne

À Saint-René Taillandier. I. En décembre les jours sont de courte durée, Notre zone brumeuse est à peine éclairée : À la pointe du Raz, dès quatre heures du soir, Le soleil tombe en mer, la nuit jette son voile ; Et jusqu'au lendemain pas un rayon d'étoile. Sur la...

Matin d'octobre - André Lemoyne

À Jules Breton. Le soleil s'est levé rouge comme une sorbe Sur un étang des bois : — il arrondit son orbe Dans le ciel embrumé, comme un astre qui dort ; Mais le voilà qui monte en éclairant la brume, Et le premier rayon qui brusquement s'allume À toute la forêt donne...

Nocturne - André Lemoyne

À Madame Fernand Barthe. LA CÉTOINE-EMERAUDE. Quand la lune apparaît, silencieuse amie, Dans le cœur embaumé d'une rose endormie Je me blottis sans crainte et jusqu'au lendemain. LE CRIOCÈRE. Moi, c'est dans un grand lys à corolle d'ivoire Que, le soir, je commence à...

Paix aux morts - André Lemoyne

Vous qui dormiez en paix dans le sein de la terre, Au vaste champ des morts, heureux d'être oubliés, On fouille vos cercueils dans leur profond mystère : Les secrets de vos cœurs vont être publiés. Aux siècles finissants grouille une race impie D'ignorants vaniteux,...

Pastorale - André Lemoyne

À Henri Boutet. Deux grands bœufs vendéens à robe jaune pâle, Traînant un lourd charroi d'arbres mal équarris, Que mène un fier garçon tout bronzé par le haie Et les soleils marins, sont entrés dans Paris. Ces deux bons ruminants, si loin de leurs charrues, Venus de...

Printemps - André Lemoyne

À Adolphe Magu. Les amoureux ne vont pas loin : On perd du temps aux longs voyages. Les bords de l'Yvette ou du Loing Pour eux ont de frais paysages. Ils marchent à pas cadencés Dont le cœur règle l'harmonie, Et vont l'un à l'autre enlacés En suivant leur route bénie....

Paysage de nuit - André Lemoyne

À Jules Berge. C'est un dimanche soir. — Un large clair de lune Étale son argent sur la grève et la dune. La mer baisse... On entend comme un orgue lointain Dans la rumeur du flot qui jamais ne s'éteint. Sous le rayonnement de cette nuit paisible L'œil perçoit...

Vieux moulins - André Lemoyne

À Alfred Barthe. En pays de Saintonge, où nos meilleures vignes Sont, comme au champ d'honneur, mortes en droites lignes, Sous le fléau terrible, on voit encor souvent, Dominant les hauteurs, un vieux moulin à vent. Sur le coteau pierreux et nu comme un calvaire, Ce...

Vieux logis - André Lemoyne

À D.-U.-N. Maillart. Dans un cher souvenir de vos jeunes années, Ne regrettez-vous pas ces hautes cheminées Où l'âtre, réjoui par un grand feu de bois, Réchauffait, en flambant, nos maisons d'autrefois ? Ne regrettez-vous pas ces vieilles cheminées Dans l'épaisseur...

Vains regrets - André Lemoyne

À Adolphe Brisson. Je mourrai sans avoir la petite maison Qui voit sa claire image aux bords d'une eau courante Sous l'abri de la haute et large feuillaison D'un vieux saule trempant son pied dans la Charente. Et voici que j'arrive à l'arrière-saison, Assez pauvre...

Une page de l'enfer - André Lemoyne

À François Coppèe. I. Lorsque Dante, égaré dans un âpre chemin, Marchait, sans le savoir, aux ténébreux abîmes, Virgile, comme un frère, y vint prendre la main Du sombre évocateur qui parle en tierces rimes. Anxieux au tomber du jour, le Florentin Restait pâle et muet...