Tu vis, tu parles, tu possèdes - Anna de Noailles

Tu vis, tu parles, tu possèdes, Rien qu'en étant ce que tu es, Cet absolu que préparait L'antique sort qui nous précède. Mon désir ne t'est que prêté, Mais dans ces moments où me crible L'intérieure volupté, Je te souhaite moins visible, Je te regarde de côté, Comme à...

Un jour où je ne pus comprendre - Anna de Noailles

Un jour où je ne pus comprendre Ton esprit qui songeait au loin, Je me sentis soudain moins tendre, Et peut-être je t'aimais moins. Je te voyais petit, l'espace Me reconquérait peu à, peu, Je regardais ces calmes cieux Où jamais rien ne m'embarrasse. Mais alors tu mis...

Un soir où tu ne parlais pas - Anna de Noailles

Un soir où tu ne parlais pas, Où tu me regardais à peine, Mes yeux erraient à petits pas Sur ton visage aux belles peines, Et j'ai fait avec ton ennui Un étrange et mystique pacte Où tout me dessert et me nuit ; Et, depuis, mes rêves, mes actes, A travers les jours et...

Un triste orgue de Barbarie - Anna de Noailles

Un triste orgue de Barbarie Enfonce dans l'air du matin, Comme à coups de couteau qui crie, Un vulgaire, un pointu refrain, Et même cela, cela même, Ce triste chant malade et maigre, Dans la rue où souffle un vent aigre, Me fait songer au bleu foyer De ton regard...

Vis sans efforts et sans débats - Anna de Noailles

Vis sans efforts et sans débats, Garde tes torts, reste toi-même, Qu'importent tes défauts ? Je t'aime Comme si tu n'existais pas, Car l'émanation secrète Qui fait ton monde autour de toi Ne dépend pas de tes tempêtes, De ton cœur vif, ton cœur étroit, C'est un climat...

Vivre, c'est désirer encor - Anna de Noailles

Vivre, c'est désirer encor  ; Le courage, c'est l'espérance  ; Quand l'esprit se meurt de souffrance, On sent parfois rêver le corps. — La triste enfance, que harasse L'énigme oppressante des jours, A hâte d'appuyer sa face Au dur visage de l'amour. Le songeur...

Tu as ta force, j'ai ma ruse - Anna de Noailles

Tu as ta force, j'ai ma ruse  ; Ta force est d'être ce que j'aime, Elle est dans ta faiblesse même. — Mais parfois mon instinct plaintif Écoute d'un cœur attentif Ma passion pour toi qui s'use. Tu ne peux t'en douter, sachant Qu'on n'épuise jamais mon âme, Tu...

Tu es comme tu pouvais être - Anna de Noailles

Tu es comme tu pouvais être, Toi qui n'as pas su ma bonté ! — Apaisante Fatalité, Dès que l'on sait te reconnaître On contemple ces yeux, ces mains Qui nous nuisent ou nous enchantent, Comme on entend, la nuit, que chante Un rossignol sur le chemin ! … Anna de...

Tu m'as quittée ; adieu, je pense à toi - Anna de Noailles

Tu m'as quittée ; adieu, je pense à toi. — Dans l'air du soir une horloge qui sonne  ! — Calme du ciel, douceur de ta personne, Dans ta maison ta persistante voix  ! Ta voix toujours, encor, loin de ma vie À qui pourtant tout de ton être est dû ; Quelle que soit mon...

Tu m'as retiré mon orgueil - Anna de Noailles

Tu m'as retiré mon orgueil, Puisque, riante et triomphante, Je n'ai pas égayé ton œil ! Tu m'as rendue humble et prudente Puisque ton soucieux esprit N'a pas quitté sa triste pente ! Mon front reste à jamais surpris Puisque mon cœur aux voix ardentes, En somme, tu ne...

Tu m'enchantes, je te supporte - Anna de Noailles

Tu m'enchantes, je te supporte ; Songe combien ce mot est doux ! J'abdique quand je deviens nous, J'accepte d'être cette morte ; Ton charme, moins doux que tes torts, A dispersé ma solitude ; C'est te préférer à mon sort, À ma vie, à son amplitude, Que de constater...

Tu me donnes enfin la paix - Anna de Noailles

Tu me donnes enfin la paix Par cet excès de toi ; l'aisance Se répand en moi ; tu te tais Et tu réponds à mon silence. — Je n'ai plus à questionner, Plus à perdre, plus à gagner, Rien à savoir, rien à nier ; Je suis, dans l'ombre où je repose, Insensible comme les...

Tu n'as aucun tort - Anna de Noailles

Tu n'as aucun tort. Mes aïeux Ont du aimer ces basiliques Où parmi l'or des mosaïques Brillent des cailloux durs et bleus. — Tu n'es pas, face pathétique, Responsable d'avoir tes yeux ! — Et ce regard qui semble inique À mon cœur, dans ses lourds moments, Je le sens...

Tu ne peux avoir de bonté - Anna de Noailles

Tu ne peux avoir de bonté, Malgré de studieux efforts, Puisque le désir ni la mort Ne t'ont suffisamment hanté. — Si l'on pouvait mettre en lambeaux, Rendre immobile et désarmer L'être effrayant qu'on veut aimer, Tout plaisir serait un tombeau ! C'est par peur de...

Tu ne peux rien pour moi, puisque je t'aime - Anna de Noailles

Tu ne peux rien pour moi, puisque je t'aime, Un tel amour rend l'autre démuni. Garde ta force et ta tendresse même, Sache être pauvre auprès de l'infini. Je vois souvent ta peine sérieuse Et la bonté de tes beaux yeux pensants, Mais que me fait ton cœur reconnaissant ...

Tu sais, je n'étais pas modeste - Anna de Noailles

Tu sais, je n'étais pas modeste, Je n'ignorais pas les sommets Où je vivais, puissante, agreste ; Rêveuse, universelle, — mais J'ai soudain vu sur ton visage Un clair et vivant paysage, Où, morne, insensible, lassé, Tu m'as défendu de passer… Anna de...

Si je t'aime avec cet excès - Anna de Noailles

Si je t'aime avec cet excès, Et cette netteté aussi, Avec cet œil adroit qui sait, C'est à cause de mon pays  ! De mon pays lointain, antique, L'illustre Hellade des cigales, Où, sans doute, aux jeux olympiques, Se mouvaient tes grâces égales  ; Grâces du visage et du...

Si même la pudeur des anges - Anna de Noailles

Si même la pudeur des anges Habitait le cœur féminin, Je t'aurais dit ces mots étranges, Mêlés d'arôme et de venin, Par quoi la nature impudente Vient au secours de l'âme ardente… Anna de Noailles