Si quelque être te plaît, ne lutte pas, aborde - Anna de Noailles

Si quelque être te plaît, ne lutte pas, aborde Ce visage nouveau sur lequel est venu Se poser le soleil de tes yeux ingénus ; Tout ce qui te séduit, ma douleur te l'accorde. — Et moi, de loin ; le cœur par le tien soutenu, Emmêlant ton plaisir et ma miséricorde, Je...

Si tu rencontrais par moment - Anna de Noailles

Si tu rencontrais par moment Des yeux qui sans désir inspectent Ce qui m'émeut craintivement, — Ton être sombre et véhément, Ta belle voix vague et directe, Ton beau regard sûr et dément — Dis-le-moi, pour je connaisse Ces yeux qui te voient sans amour, Et qui sauront...

Si vraiment les mots t'embarrassent - Anna de Noailles

Si vraiment les mots t'embarrassent, Ne dis rien. Rêve. N'aie pas froid ; C'est moi qui parle et qui t'embrasse ; Laisse-moi répandre sur toi, Comme le doux vent dans les bois, Ce murmure immense, à voix basse… Anna de...

Tant aimer ! Non, aucun orgueil - Anna de Noailles

Tant aimer ! Non, aucun orgueil Ne me soulève cette fois ! Hermione aux cris de chevreuil, Phèdre hantant les rocs, les bois, Me sont de détestables sœurs ! La sérénité, la douceur, Les calmes jours, leurs purs trésors, Surpassent ces mortels transports ! — D'où nous...

Toujours, à toutes les secondes - Anna de Noailles

Toujours, à toutes les secondes, Tandis qu'errante ou sous mon toit Je suis moins moi-même que toi, Ton corps lointain se mêle au monde  ! — Je t'évoque  : doux, sans orgueil, Alternant les bonds et les pauses, La tristesse comblant ton œil, Avec précaution tu poses,...

Tout ce que nous aimons est déjà sous la terre - Anna de Noailles

Tout ce que nous aimons est déjà sous la terre, Un éphémère effort conduit encor nos jours, Mais, déçue à jamais par l'ingrate atmosphère, Pour mon regard il n'est de loi ni de mystère ; Peut-être êtes-vous là, pourtant, tenace Amour ? Tout rêve et tout espoir...

Tout le ciel d'été me renvoie - Anna de Noailles

Tout le ciel d'été me renvoie Ton image, dont la vapeur Monte incessamment de mon cœur. Ah  ! que tu sois aussi la proie De cette mortelle langueur  ! — Se pourrait-il vraiment qu'on voie Faiblir celui qui nous fait peur  ! — N'es-tu pas fatigué d'entendre, Homme...

Que m'importe que l'on te juge - Anna de Noailles

Que m'importe que l'on te juge, Qu'ignorant quel fut ton tourment L'on parle maladroitement De ton cœur, qui fut sans refuge ? — Moi je n'oublierai pas le jour Où j'ai vu, dans la triste chambre Qu'un chaud soleil colorait d'ambre, Dédaignant tout humain amour Ton œil...

Que puis-je te laisser qui t'émeuve et survive - Anna de Noailles

Que puis-je te laisser qui t'émeuve et survive À mon souffle triste et fervent ? Jamais ma passion ne semblait décisive À ton esprit sombre et mouvant ? Peut-être verras-tu un plus pur témoignage De mon inconcevable émoi Dans l'aveu sans propos, sans fièvre et sans...

Quelque douleur que je ressente - Anna de Noailles

Quelque douleur que je ressente Je serai juste. Tu prêtas Ton image à mon âme ardente, Mais c'est mon cœur qui te dota Des richesses qui me tourmentent. Et, sagement, tu as droit à La solitude impertinente… Anna de...

Royalement, peut-être en vain - Anna de Noailles

Royalement, — peut-être en vain, — Car, hélas  ! à l'heure qu'il est J'ignore encor ce qui te plait, Je t'ai fait des cadeaux divins  ! Sans que tu puisses t'en douter, Et comme un jardin pour les dieux, Mon cœur te situe au milieu De tous mes immortels étés. Et...

S'il te plaît de savoir jusqu'où - Anna de Noailles

S'il te plaît de savoir jusqu'où Irait mon amour triste et fort, Jusqu'où, dans son terrible essor, S'avancerait, à pas de loup, Le long de ton destin retors, Mon besoin, mon désir, mon goût De ta pensée et de ton corps  : Je t'aimerais même fou, Je t'aimerais même...

Sans doute ma vie est plus morne - Anna de Noailles

Sans doute ma vie est plus morne, Et plus stable aussi qu'autrefois. Ce n'est plus l'espace sans borne Que je poursuis ; j'assiste à toi. Mais tandis que mes pas s'arrêtent Auprès de ton cœur grave et sûr, Des dieux offensés me regrettent À quelque banquet de l'azur ...

Sans regrets, crois-moi, sans effroi - Anna de Noailles

Sans regrets, crois-moi, sans effroi, Je vais mourir. Je meurs de froid. Je ne sens plus bien ta chaleur. On ne peut pas lutter sans cesse ; Mon esprit contre ta paresse Se brise. C'est toi le vainqueur. Je sens s'éloigner de mon cœur Cette image immense et précise De...

Sauf toi, tous les humains regards - Anna de Noailles

Sauf toi, tous les humains regards Peuvent s'assurer de ma peine ; Loin de toi, je gis, l'œil hagard, Sans voix, et respirant à peine. Que fais-tu, toi qui n'es aimé Que de moi seule avec extase ? Saurai-je desceller le vase De ton beau sourire fermé ? Se peut-il...

Puisque je ne puis pas savoir - Anna de Noailles

Puisque je ne puis pas savoir Ce que tu penses, je t'écoute ; Ta voix en vain peut se mouvoir, Je poursuis mon songe et mon doute. Tu m'étonnes en étant toi, En ayant ton élan, ta vie ; Je me sens toujours desservie Par ce que tu prétends ou crois. — Mais quelquefois,...

Puisque le cœur même, et le temps - Anna de Noailles

Puisque le cœur même, et le temps, Et les chétives circonstances Peuvent altérer la constance, J'ai bien fait de t'aimer autant  ! J'ai bien fait de graver mon âme Sur le joyau de ton regard, Pour qu'un jour toi-même réclames Contre les assauts du hasard, Pour que...

Quand je suis ivre de tourment - Anna de Noailles

Quand je suis ivre de tourment, Gisant malade au fond du gouffre, Je ne me meurs pas faiblement, C'est par ma force que je souffre. Par tant de force, et par l'essai De calmer l'âme belliqueuse  ! Qui peut comprendre cet excès  ? La douleur, c'est ce que l'on sait, La...

Quand je t'ai raconté l'histoire - Anna de Noailles

Quand je t'ai raconté l'histoire De mon amour grave, inquiet, J'ai pensé que je t'effrayais, J'ai cru que tu n'y pourrais croire. Mais sans honte, sans peur, sans gloire, Tu m'as dit que tu me croyais. — Tu m'as dit ces mots nécessaires, D'une voix sûre, et doucement...