Le Plus Beau Poème d'Auguste Angellier

Voici le meilleur de la poésie d'Auguste Angellier. Les caresses des yeux - Auguste Angellier Les caresses des yeux sont les plus adorables ;Elles apportent l'âme aux limites de l'être,Et livrent des secrets autrement ineffables,Dans lesquels seul le fond du cœur peut...

Je m'en suis venu seul - Auguste Angellier

Je m'en suis venu seul revoir notre vallée ; Elle est déserte, elle est muette, c'est l'hiver. Dans ses bois dépouillés comme elle est désolée ! La crête des coteaux dans le brouillard se perd ; Les talus ont à peine un peu de gazon vert ; La petite rivière au flot...

Ma douleur est au cœur de ma vie - Auguste Angellier

Ainsi que ma douleur est au cœur de ma vie, Ta douleur, bien-aimée, est au cœur de la mienne ; Et, comme mon chagrin saigne au fond de moi-même, Au fond de mon chagrin saigne encor ta pensée. Quand ma peine paraît de souffrir assouvie, Il naît en elle une autre...

L'acceptation - Auguste Angellier

Je te vis dans un rêve après un triste adieu : Tu marchais dans les plis pesants et magnifiques D'une robe en velours d'un plus céleste bleu Que celui des glaciers ou des flots atlantiques. Quand vers l'orient clair jaillit un premier feu ; Une gorgone d'or aux cruels...

Parfois dans un vieux cœur - Auguste Angellier

Parfois dans un vieux cœur d'où le souvenir fuit, Plus pauvre, chaque jour, de toutes les pensées Qui s'éloignent de lui, par troupes empressées De l'abandonner seul au vide et à la nuit, S'entend encor, lointain et faible, un joyeux bruit ; Quelques émotions de ses...

La cigogne - Auguste Angellier

À Paul Vérola. Quand la blanche cigogne, à travers le ciel bleu, Frappant à larges coups d'air de sa puissante aile, Le col tendu, ses pieds roses pendant sous elle, Vole vers les climats d'or, d'azur et de feu, Emportée à son rêve, et buvant dans l'éther L'ivresse...

Printemps marin - Auguste Angellier

Les premiers azurs printaniers Reculent au loin les écumes Des flots verts, longtemps prisonniers Sous les brouillards gris et les brumes ; Les mouettes, de nouveau blanches, S'entrecroisent dans le ciel pur ; Les falaises, en lignes franches, Redressent dans l'air...

La guirlande du sommeil - Auguste Angellier

À Francis Tattegrain. La guirlande du sommeil, De nuit en nuit suspendue, Sur le pâle et frêle éveil Des jours humains est tendue. Elle part du mur obscur Dressé sur notre naissance, Et s'attache à l'autre mur Fait de nuit et de silence Qui clôt nos espaces courts De...

Promesses de mars - Auguste Angellier

Quand Mars sème ses giboulées Dont la grêle folle étincelle, Quand, de ses blanches aiguillées, Le givre brode de dentelle Les noires branches des allées, Dans les herbes renouvelées Déjà prêtes pour l'asphodèle, D'exquises senteurs exhalées Annoncent le retour fidèle...

La paix de l'hiver - Auguste Angellier

À Daniel Fouquet. Dans l'horizon d'hiver, vaste, uniforme et vide, Le ciel était d'azur, l'air paisible et limpide ; La neige étincelait sur le sol et les arbres, En cristaux infinis, plus blancs que ceux des marbres Qui viennent d'être ouverts par le choc du marteau...

Rêves - Auguste Angellier

J'ai rêvé parfois que vos yeux Me regardaient avec tristesse, Que vos grands yeux bleus sérieux Me regardaient avec tendresse ; J'ai rêvé que vous écoutiez Ces mots sur qui la voix hésite, Et qui s'arrêtent effrayés De l'aveu qui sous eux palpite ; Que, dans mes...

La Saint-Valentin - Auguste Angellier

À Léopold Lacour. Février vient, c'est la Saint-valentin,Février vient, il fait rougir les saules,Et, sous les rais d'un soleil argentin,Encor frileux découvre ses épaules. Dès qu'au ciel gris, c'est la Saint-Valentin,Dès qu'au ciel gris, un peu d'aube prochaine,Un...

Séparation - Auguste Angellier

Ainsi donc tu t'en es allée ; Tu suivis, sans te retourner, La pâle et jaunissante allée Qu'Octobre allait découronner ! Je vis s'éloigner ta démarche, Qui vers moi se hâtait jadis ; Mes yeux, plus tristes à chaque arche De rameaux déjà déverdis Dont allait...

La tristesse du vent - Auguste Angellier

À Gaston Stiegler. Que veux-tu répondre au vent qui soupire, Au vent qui te dit le chagrin des choses, Le trépas des lis, des lilas, des roses, Et des clairs essaims gelés dans la cire ; Que veux-tu répondre au vent qui soupire ? Il dit qu'il est triste et las de...

Séparés dans la vie - Auguste Angellier

Ainsi nous resterons séparés dans la vie, Et nos cœurs et nos corps s'appelleront en vain Sans se joindre jamais en un instant divin D'humaine passion d'elle-même assouvie. Puis, quand nous gagnera le suprême sommeil, Ils t'enseveliront loin de mon cimetière ; Nous...

Le balcon sur la mer - Auguste Angellier

Ma demeure est bâtie au bord de la mer grise ; Les grèbes, les pétrels et les blanches mouettes Entrecoupent leurs vols parmi ses girouettes Dont les flèches de fer criaillent dans la bise ; Du côté de la mer, le lichen la recouvre ; Un lierre la revêt du côté de la...

Suzanne - Auguste Angellier

À H. Lantoine. Dans la clarté renaissante et légère Qui bondissait par les airs radieux, Ses yeux charmants avaient plus de lumière, Plus de rayons, plus d'azur que les cieux. Il y tenait plus d'aube et plus d'aurore ; Et par-dessus la chanson des oiseaux Qu'un vent...

Le deuil - Auguste Angellier

Le soleil est tombé dans les flots ; une barre De lourds nuages gris qui pèsent sur la mer S'allonge à l'horizon, et lentement s'empare Du ciel où disparaît un reflet pâle et vert. Un âpre vent se lève, annonçant que l'hiver Avec ses ouragans et ses froids se prépare...

Tes chagrins abolis - Auguste Angellier

Va ! tu triompheras, ô noble bien-aimée ! De cet amour sacré qui fait saigner ton âme Sort infailliblement et s'écoule un dictame Par lequel tu seras guérie et parfumée ! Tes enfants grandiront, hélas ! entre nous deux : Leur vie, ainsi qu'un mur tourné vers le...

Le hameau - Auguste Angellier

Le hameau n'est qu'un tas sombre dans la falaise ; L'océan, sur la grève où flotte une lueur, Exhale un long soupir qui monte et qui s'apaise, Comme un être oppressé d'un éternel malaise ; Ce rythme tout-puissant pénètre dans mon cœur, Et d'un si grave poids sur ma...

Un cœur - Auguste Angellier

Sitôt que j'eus le franc usage de mon cœur, Je le mis en des mains qui s'ouvraient pour le prendre ; C'étaient de douces mains, si belles de blancheur, Dont le toucher était délicieux et tendre. Heureux et frémissant de les sentir sur lui. Mon cœur, comme un oiseau,...

À l'éternel amour - Auguste Angellier

Ô mer, ô mer immense et triste, qui déroules, Sous les regards mouillés de ces millions d'étoiles, Les longs gémissements de tes millions de houles, Lorsque dans ton élan vers le ciel tu t'écroules ; Ô ciel, ô ciel immense et triste, qui dévoiles, Sur les gémissements...

Le printemps - Auguste Angellier

Les bourgeons verts, les bourgeons blancs Percent déjà le bout des branches, Et, près des ruisseaux, des étangs Aux bords parsemés de pervenches, Teintent les arbustes tremblants ; Les bourgeons blancs, les bourgeons roses, Sur les buissons, les espaliers, Vont se...

Une tempête souffle - Auguste Angellier

Une tempête souffle, et sur l'immense plage S'appesantit un ciel presque noir et cruel, Où s'obstine le vol grisâtre d'un pétrel, Qui le rend plus funèbre encore et plus sauvage ; Un tourbillon de sable éperdu se propage Vers un horizon blême où tout semble irréel ;...

Crépuscule sur la Grève - Auguste Angellier

La mer, ce soir, est taciturne, Lourde, lisse, lasse, immobile, Comme de l'huile dans une urne ; Et, dans le ciel déjà nocturne, Un puissant nuage est tranquille. L'horizon est voilé de brume, Qui dort dans un fond gris et rouge Où la fin du jour se consume ; Sauf...

Le sacrifice - Auguste Angellier

Par nos premiers regards sous les verts marronniers, Par nos premiers aveux dont mon cœur encor tremble, Par nos premiers baisers, et ces baisers derniers Où notre amour passé pour mourir se rassemble ; Par les sentiers, les bois, les coteaux, les glaciers. Par les...

Vanités - Auguste Angellier

Hélas ! combien de fois j'ai déjà vu le cierge S'allumer tristement auprès d'un cher cercueil, Et suivi l'huissier noir qui frappe de sa verge Le pavé de l'église aux tentures de deuil ! Notre existence brève est une étroite berge, Et nous des naufragés sur ce rebord...

Decenter mori - Auguste Angellier

J'ai la mort en moi, non la mort lointaine, Celle qu'on suppose et qui doit venir, Mais la mort déjà fixée et prochaine, Et je sais le point dont je vais périr. Elle est là, je sens son travail paisible Qui jusqu'à présent n'est pas douloureux, Mais dans quelques mois...

Les azurs - Auguste Angellier

Splendides reflets bleus des parois des glaciers, Qui plongez dans une ombre aussi bleue et splendide, Où les pâles azurs des cristaux, des aciers, Se réfractent sans fin en un saphir limpide, Où les argents, tantôt nacrés, tantôt lucides, Près desquels les rayons de...

Doux air mélancolique - Auguste Angellier

Doux air mélancolique et suave qui passe En lambeaux déchirés épars dans ces grands vents, À leurs rugissements monstrueux tu t'enlaces, Et glisses dans leur voix tes soupirs décevants ; Car à peine on saisit, dans leur fureur, les traces De tes frêles fragments,...

Les calmes regrets - Auguste Angellier

Dans quels calmes regrets ton esprit résigné Erre-t-il, y portant une tristesse auguste ; Ou, frémissant de haine envers le sort injuste, De quels âpres regrets ressort-il indigné ? De quels secrets efforts, sans cesse triomphants Et sans cesse repris, nourris-tu ton...

Fugue finale et initiale - Auguste Angellier

Première Voix. La neige tombe à gros flocons ; Par dessus nous, le ciel est noir ; La terre, autour de nous, est noire ; La lourde neige seule est blanche ; On entend huer les faucons, Dans les murs croulants du manoir ; La sorcière est à son grimoire ; Et le corbeau...

Le vieux pont - Auguste Angellier

Sur le vieux pont verdi de mousse, Et tout rongé de lichens roux, Deux amants parlaient à voix douce : Et c'était nous ! Lui, penché tendrement vers elle, Lui disait l'amour et la foi Qu'il portait en son cœur fidèle ; Et c'était moi ! Elle semblait, pâle, incertaine,...

In pejus ruit - Auguste Angellier

À Lucien Marcheix. Je porte des douleurs plus vieilles que moi-même, Mon cœur est encombré de chagrins hérités, Et je sens quelquefois mon front devenir blême De remords que je sais n'avoir pas mérités ; L'angoisse, les regrets, les tares, les faiblesses De ceux d'où...

Ma douleur égoïste - Auguste Angellier

Faut-Il que ma douleur aussi soit égoïste ? Faut-il que par instants je tressaille surpris De trop souffrir pour moi ? — Dans quelle pose triste, Près de quelle fenêtre ouvrant sur des flots gris, Au fond desquels un peu de lumière résiste Au noir déchirement de ses...

L'habitude - Auguste Angellier

La tranquille habitude aux mains silencieuses Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures ; Elle met sur nos cœurs ses bandelettes sûres Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses ; Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre, Désireux de durer pour...

Le faisan doré - Auguste Angellier

Quand le Faisan doré courtise sa femelle, Et fait, pour l'éblouir, la roue, il étincelle De feux plus chatoyants qu'un oiseau de vitrail. Dressant sa huppe d'or, hérissant son camail Couleur d'aube et zébré de rayures d'ébène, Gonflant suri plastron rouge ardent, il...

Les caresses des yeux - Auguste Angellier

Les caresses des yeux sont les plus adorables ;Elles apportent l'âme aux limites de l'être,Et livrent des secrets autrement ineffables,Dans lesquels seul le fond du cœur peut apparaître. Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;Leur langage est plus...

Sonnet - Auguste Angellier

" Où es-tu ? ", disait-elle, errant sur le rivage Où des saules trempaient leurs feuillages tremblants ; Et des larmes d'argent coulaient dans ses doigts blancs Quand elle s'arrêtait, les mains sur son visage. Et lui, errant aussi sur un sable sauvage Où des joncs...