Le mois d'août - Auguste Brizeux

Ô mes frères, voici le beau temps des vacances ! Le mois d'août, appelé par dix mois d'espérances ! De bien loin votre aîné ; je ne puis oublier Août et ses jeux riants ; alors, pauvre écolier, Je veux voir mon pays, notre petit domaine ; Et toujours le mois d'août au...

Le Pays - Auguste Brizeux

Oh ! Ne quittez jamais, c'est moi qui vous le dis, Le devant de la porte où l'on jouait jadis, L'église où, tout enfant, et d'une voix légère, Vous chantiez à la messe auprès de votre mère ; Et la petite école où, traînant chaque pas, Vous alliez le matin, oh ! Ne la...

Tout jeune homme aujourd’hui - Auguste Brizeux

Tout jeune homme aujourd'hui semble un vieillard aride, Et le plus jeune front déjà porte sa ride Dans ce siècle penseur, tant la réflexion Est plus prompte que l'âge à creuser son sillon ! Avec la foi naïve est morte toute flamme, Et la candeur du front avec celle de...

Le Paysagiste - Auguste Brizeux

D'étranges bruits couraient dans toute la commune. Voici : depuis deux jours un homme en veste brune, Un monsieur inconnu, son cahier à la main, S'en allait griffonnant de chemin en chemin ; Au bourg on l'avait vu, d'un coin du cimetière, Dessiner le clocher et les...

Hymne dedié à M. Ingres - Auguste Brizeux

Pieux servants de l'art, conservez la beauté ! De ce moule où le monde en naissant fut jeté Des types merveilleux sortirent ; le poète Comme dans un cristal dans ses chants les reflète. Par le grand ouvrier tel fut l'ordre prescrit : Il mit les éléments sous la loi...

Lettre à Berthel - Auguste Brizeux

Écris-moi, mon ami, si devant ta faucille Le seigle mûr de couleuvres fourmille ; Dis-moi, brave Berthel, si les chiens altérés Errent par bande aux montagnes d'Arréz. Hélas ! durant ce mois d'ardente canicule, Tout fermente ; et partout un noir venin circule. Pour...

L’Apprentissage - Auguste Brizeux

Soit que ma pente aussi vers ce côté m'entraîne, J'ai juré de fermer mon âme à toute haine, A tout regret cuisant ; ouverte à bien jouir, De la laisser au jour libre s'épanouir ; De n'aimer d'ici-bas que les plus douces choses ; De me nourrir du beau, comme du suc des...

Marie - Auguste Brizeux

Ô maison du Moustoir ! combien de fois la nuit, Ou quand j'erre le jour dans la foule et le bruit, Tu m'apparais ! - Je vois les toits de ton village Baignés à l'horizon dans des mers de feuillage, Une grêle fumée au-dessus, dans un champ Une femme de loin appelant...

Paris - Auguste Brizeux

Etonnement de l'âme et des yeux, lorsqu'on entre Dans cette ville active et qu'en vain nous fuyons ! Certain orgueil nous prend, on dit : « Voici le centre, L'ardent foyer qui lance en tout lieu ses rayons. » On vivait par le cœur, on vit par la pensée ; Mais l'art et...

À la mémoire de Georges Farcy - Auguste Brizeux

Oui ! toujours j'enviai, Farcy, de te connaître, Toi, que si jeune encore on citait comme un maître, Cœur tendre, qui d'un souffle, hélas ! T'intimidais, Attentif à cacher l'or pur que tu gardais ! Un soir, en nous parlant de Naple et de ses grèves, Beaux pays...

Rencontre sur Ar-Voden - Auguste Brizeux

Comme je voyageais au fond de nos campagnes, Seul, à pied, admirant, perdu dans les montagnes, Ce pays de vallons, de rivières, de bois, De chapelles sans nombre et de petites croix, Tableau qui parle au cœur et pour les yeux varie, Tout à coup, au milieu de cette...

Écrit en mer - Auguste Brizeux

Notre barque, depuis trois jours, Croise et lutte devant ces côtes ; Les vagues roulantes et hautes Sur les rocs nous poussent toujours. Dans l'ennui de la traversée, Alors chacun des voyageurs Se livre aux souvenirs rongeurs Que chacun porte en sa pensée. En secret,...

Un jour - Auguste Brizeux

Qui n'eut parmi ces jours, déjà bien loin peut-être, Un jour plus beau qu'eux tous, qui ne doit plus renaître, Mais qui survit dans l'âme et dont le souvenir, Délice du passé, charme aussi l'avenir : Jour d'innocente joie et pur de tout nuage, Dont une amitié douce a...

Écrit en voyage - Auguste Brizeux

A toi, riant Létâ, mes amours sont restés, Mais je vais voir le monde en ses variétés. La Sagesse m'a dit, cette muse que j'aime : « Barde, n'excluez rien du monde et de vous-même ! Il est sage, celui qui, dans de saints transports, Fait vibrer chaque idée avec tous...

Vers écrits à Livry - Auguste Brizeux

Dans ces calculs du sort qu'on appelle hasard, Si le bonheur obtient trop rarement sa part, S'il faut, le cœur serré, pensif et solitaire, Poursuivre avec effort sa course sur la terre, Attendant vainement qu'au détour du chemin Un ami se présente et nous serre la...

La Chanson de Loïc - Auguste Brizeux

Dès que la grive est éveillée, Sur cette lande encor mouillée Je viens m'asseoir Jusques au soir ; Grand'mère, de qui je me cache, Dit : « Loïc aime trop sa vache. » Oh ! Nenni-da ! Mais j'aime la petite Anna. A son tour, Anna, ma compagne, Conduit derrière la...

Comme un fruit au printemps - Auguste Brizeux

Comme un fruit au printemps et dans sa fleur se noue, Ainsi notre âme à l'heure où le matin s'y joue ; Les fruits sont dès avril ce qu'ils seront plus tard ; Tels nous-mêmes : l'enfant renferme le vieillard. On connaît les efforts de l'humaine culture, Et comme elle...

La Verveine - Auguste Brizeux

Des bronzes, des cristaux, et des senteurs d'Asie ! ... Dans une existence choisie Se plaît cet esprit délicat ; Il faut plus qu'à toute autre femme Des parfums subtils pour son âme Et subtils pour son odorat. Pourtant on a cueilli, loin des eaux de la Seine, Cette...

J’aime dans tout esprit - Auguste Brizeux

J'aime dans tout esprit l'orgueil de la pensée Qui n'accepte aucun frein, aucune loi tracée, Par delà le réel s'élance et cherche à voir, Et de rien ne s'effraie, et sait tout concevoir ; Mais avec cet esprit j'aime une âme ingénue, Pleine de bons instincts, de sage...

Le Bal - Auguste Brizeux

N'y va pas ! Reste sur ton livre, Dans ta chambre d'étudiant ! Courbé sous la lampe de cuivre, Occupe ta pensée et ton cœur en veillant. Je le sais trop, le plus stoïque N'est bien sûr de lui qu'à l'écart ; Et l'âpreté jeune et pudique N'est pas lente à céder au...