Souvenirs d’enfance - Auguste Lacaussade

O frère, ô jeune ami, dernier fils de ma mère, O toi qui devanças, dans le val regretté, Cette enfant, notre sœur, une rose éphémère, Qui ne vécut qu’un jour d’été ; Que fais-tu, cher absent, ô mon frère ! à cette heure Où mon cœur et mes yeux se retournent vers toi ?...

À Théophile Gautier - Auguste Lacaussade

Poète ! ta ferveur fait grande ta mémoire. Absorbé tout entier dans ton culte béni, Tu préféras la Muse à tout, même à la gloire, Maître ! qui dans ton art égalas Cellini. Amours, honneurs, trésors, tout ce que l’homme envie, Moins qu’un beau vers touchaient ton cœur...

L’Oiseau Nocturne - Auguste Lacaussade

Comme l’oiseau des nuits aux yeux lourds et funèbres, Le Mal veille dans les ténèbres ; C’est là qu’il tend son piège et grandit son pouvoir. L’innocence et le jour offusquent sa paupière : Cache-toi donc dans ta lumière, Et l’infernal oiseau ne te saura point voir !...

La Cascade Sainte-Suzanne - Auguste Lacaussade

C’était un lieu paisible où j’aimais à venir. La fraîche vision hante mon souvenir. Enclos de trois côtés par de hautes collines, Le val s’ouvre au couchant et descend vers la mer. Une cascade, au fond, de ses eaux cristallines Baigne les rochers noirs, éparpillant...

Le Bengali et le Rossignol - Auguste Lacaussade

LE BENGALI Il était né dans la rizière Qui borde l’étang de Saint-Paul. Heureux, il vivait de lumière, De chant libre et de libre vol. Poète ailé de la savane, Du jour épiant les lueurs, Il disait l’aube diaphane, Bercé sur la fataque en fleurs. Il hantait les...

Le Cap Bernard - Auguste Lacaussade

A … Jetons des fleurs sur nos amitiés mortes. Si nos barques jamais, par la vague entraînées, Devaient sur d’autres mers ensemble dériver ; Dans cette île lointaine où nos âmes sont nées, Si nous devions jamais, ami, nous retrouver ; Emportons, emportons nos dieux et...

Le Passé - Auguste Lacaussade

Passé, matins riants, bienheureuses années, Candeurs des jours éteints, illusions fanées, Ah ! pour vous ressaisir, vous que nous pleurons tant, Ah ! qui donc ne voudrait redevenir enfant ! Comme ils sont loin déjà, les jours de mon enfance ! La vie en moi s’ouvrait...

Le Piton des Neiges - Auguste Lacaussade

Océan, Océan, quand ta houle écumante Roule, vague sur vague, aux coups de la tourmente, Un flot majestueux, d’un seul jet dans les airs, Monte submergeant tout de son élan sublime : Comme un cratère on voit au vent fumer sa cime, Et de sa masse énorme il domine les...

Le Soldat - Auguste Lacaussade

On marche aux sons voilés du tambour. Sur la plaine Le soleil luit ; l’oiseau vole au bord du chemin. Oh ! que n’ai-je son aile ! oh ! que la vie est pleine De tristesse ! Mon cœur se brise dans mon sein. Au monde je n’aimais que lui, mon camarade, Que lui seul, et...

Les Bois détruits - Auguste Lacaussade

À la mémoire de mon ami Louis Féry d’Esclands de l’île Bourbon Lettre I J’ai vu des nobles fils de nos forêts superbes Les grands troncs abattus dispersés dans les herbes, Et de l’homme en ces lieux j’ai reconnu les pas. Renversant de ses mains l’œuvre des mains...

Les Soleils de Juillet - Auguste Lacaussade

Les voici revenus, les jours que vous aimez, Les longs jours bleus et clairs sous des cieux sans nuage. La vallée est en fleur, et les bois embaumés Ouvrent sur les gazons leur balsamique ombrage. Tandis que le soleil, roi du splendide été, Verse tranquillement sa...

Les Soleils de Novembre - Auguste Lacaussade

Un beau ciel de novembre aux clartés automnales Baignait de ses tiédeurs les vallons vaporeux ; Les feux du jour buvaient les gouttes matinales Qui scintillaient dans l’herbe au bord des champs pierreux. Les coteaux de Lormont, où s’effeuillaient les vignes,...

Les Vieux Époux - Auguste Lacaussade

Lorsque nos cœurs ont lié connaissance, John, mon ami, votre front était beau ; Vos noirs cheveux, dans leur jeune abondance, Brillaient pareils à l’aile du corbeau. Et maintenant chauve et nu il se penche : Sur nos cheveux les hivers ont passé. Mais béni soit ce...

L’Arbre Fougère - Auguste Lacaussade

Je sais, dans ma forêt natale, Un arbuste, enfant des hauts lieux : Fière est sa tige orientale, Fier son feuillage harmonieux. Verte et voisine des nuages, Sa tête, dans le bleu des airs, Fleurit sur les cimes sauvages Comme la grâce des déserts. Des rochers d’où sa...

L’origine du Poète - Auguste Lacaussade

Quand il eut mérité le châtiment de vivre Sur cette terre, Esprit de son monde exilé, Des temps futurs s’ouvrit à ses regards le livre : Il put lire son sort dans l’avenir scellé. Ce qu’un jour il sera devant lui se déroule, De ses maux évoqués morne procession. De...

Ma fille - Auguste Lacaussade

PREMIÈRE PARTIE : LE BERCEAU Fraîche plante à la fraîche haleine, Fleur éclose sur mon écueil ; O toi qui de la vie à peine Viens de franchir le triste seuil ; Fragile enfant, jeune âme blanche, Premier bouton de mon été, Que Dieu suspendit à ma branche Pour en voiler...

Rêverie - Auguste Lacaussade

Dis-moi, mobile étoile aux ailes de lumière, Qui poursuis dans l’azur ton vol mystérieux, Où va ta course ? Est-il un but à ta carrière ? Cloras-tu quelque part tes ailes dans les cieux ? Dis-moi, lune pensive, ô pâle voyageuse ! Cheminant aux déserts du firmament...

Les Jours de Juin - Auguste Lacaussade

Eugène, puisque Juin, le plus feuillu des mois, Est de retour, veux-tu tous deux aller au bois ? Ensemble et seuls, veux-tu, sous l’épaisse ramure, Prendre un long bain de calme, et d’ombre, et de verdure ? Viens-t-en sous la forêt de Meudon ou d’Auteuil Ouïr gaîment...

Pensée de nuit - Auguste Lacaussade

Quand règne l’ombre froide et noire et son mystère, A l’heure de minuit, quand tout dort sur la terre, Excepté le remords, l’amour ou la douleur, Je veille, et, triste et seul, je descends dans mon cœur ; Je sonde en leurs replis mes détresses secrètes, Mes doutes,...

Pense à moi - Auguste Lacaussade

Si tu vois une fleur, que le zéphyr délaisse, Mourir à son matin sans baiser ni caresse, Pense à moi, pense à moi ! Et si tu plains l'oiseau que le vent ou l'orage Egara loin du nid qui berça son jeune âge, Pense à moi, pense à moi ! Si d'un triste exilé quelque...