Que de fois, près d'Oxford… - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Pour un ami. Que de fois, près d'Oxford, en ce vallon charmant, Où l'on voit fuir sans fin des collines boisées, Des bruyères couper des plaines arrosées, La rivière qui passe et le vivier dormant, Pauvre étranger d'hier, venu pour un moment, J'ai reconnu, parmi les...

Promenade - Charles-Augustin Sainte-Beuve

…. . Sylvas inter reptare salubres. Horace. Reptare per limitem. Pline le Jeune. S'il m'arrive un matin et par un beau soleil De me sentir léger et dispos au réveil, Et si, pour mieux jouir des champs et de moi-même, De bonne heure je sors pour le sentier que j'aime,...

Mes Livres - Charles-Augustin Sainte-Beuve

À mon ami Paul L… (LE BIBLIOPHILE JACOB). Nunc veterum libris… Horace. J'aime rimer et j'aime lire aussi. Lorsqu'à rêver mon front s'est obscurci, Qu'il est sorti de ma pauvre cervelle, Deux jours durant, une églogue nouvelle, Soixante vers ou quatre-vingts au plus,...

Le Cénacle - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Quand vous serez plusieurs réunis en mon nom, je serai avec vous. En ces jours de martyre et de gloire, où la hache Effaçait dans le sang l'impur crachat du lâche Sur les plus nobles fronts, Où les rhéteurs d'Athène et les sages de Rome Raillaient superbement les fils...

À David, statuaire - Charles-Augustin Sainte-Beuve

À l'heure où l'on est loin de la foule envieuse, Quand la neige, à minuit, lente, silencieuse, Tombe aux toits endormis, Et que seul, ô David, dans ton atelier sombre Tu veilles au milieu de tes bustes sans nombre Comme au milieu d'amis ; Quand ton poêle s'éteint ;...

Quand de la jeune amante… - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Quand, de la jeune amante, en son linceul couchée, Accompagnant le corps, deux Amis d'autrefois, Qui ne nous voyons plus qu'à de mornes convois, À cet âge où déjà toute larme est séchée ; Quand, l'office entendu, tous deux silencieux, Suivant du corbillard la lenteur...

Monsieur Jean, maître d'école - Charles-Augustin Sainte-Beuve

En ces temps de vitesse et de nivellement, De pouvoirs sans sommet comme sans fondement, Où rien ne monte un peu qui soudain ne chancelle, Il est encore, il est, tout au bas de l'échelle, Un bien humble pouvoir, et qui n'a pas failli, Qui s'est perpétué par-delà le...

Maria - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Incomtum Lacenae More comam religata nodum. HORACE A M. DE LURDE Sur un front de quinze ans la chevelure est belle ; Elle est de l'arbre en fleurs la grace naturelle, Le luxe du printemps et son premier amour : Le sourire la suit et voltige alentour ; La mère en est...

La Harpe éolienne - Charles-Augustin Sainte-Beuve

À mon ami Victor Pavie ; traduit de Coleridge Ô pensive Sara, quand ton beau front qui penche, Léger comme l'oiseau qui s'attache à la branche, Repose sur mon bras, et que je tiens ta main, Il m'est doux, sur le banc tapissé de jasmin, À travers les rosiers, derrière...

À madame V. H. - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Notre bonheur n'est qu'un malheur plus ou moins consolé. DUCIS. Oh ! que la vie est longue aux longs jours de l'été, Et que le temps y pèse à mon cœur attristé ! Lorsque midi surtout a versé sa lumière, Que ce n'est que chaleur et soleil et poussière ; Quand il n'est...

La Fontaine de Boileau - Charles-Augustin Sainte-Beuve

A Madame la comtesse Molé Dans les jours d'autrefois qui n'a chanté Bâville ? Quand septembre apparu délivrait de la ville Le grave Parlement assis depuis dix mois, Bâville se peuplait des hôtes de son choix, Et, pour mieux animer son illustre retraite, Lamoignon...

Le Conducteur de cabriolet - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Nam cur Quae laedunt oculos festinas demere : si quid Est animum, differs curandi tempus in annum ? HORACE, Ép. II, liv. I. Dans ce cabriolet de place j'examine L'homme qui me conduit, qui n'est plus que machine, Hideux, à barbe épaisse, à longs cheveux collés : Vice...

Enfant, je m'étais dit - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Enfant, je m'étais dit et souvent répété : « Jamais, jamais d'amour ; c'est assez de la gloire ; En des siècles sans nombre étendons ma mémoire, Et semons ici-bas pour l'immortalité. » Plus tard je me disais : « Amour et volupté, Allez, et gloire aussi ! que m'importe...

En ces heures que le plaisir abrège - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Sonnet. En ces heures souvent que le plaisir abrège, Causant d'un livre à lire et des romans nouveaux, Ou me parlant déjà de mes prochains travaux, Suspendue à mon cou, tu me dis : Comprendrai-je ? Et, ta main se jouant à mon front qu'elle allège, Tu vantes longuement...

La cabane du Highlander - Charles-Augustin Sainte-Beuve

Elle est bâtie en terre, et la sauvage fleur Orne un faite croulant ; toiture mal fermée, Il en sort, le matin, une lente fumée, (Voyez) belle au soleil, blanche et torse en vapeur ! Le clair ruisseau des monts coule auprès ; n'ayez peur D'approcher comme lui ; quand...

La contredanse - Charles-Augustin Sainte-Beuve

À une Demoiselle infortunée. Après dix ans passés, enfin je vous revois ; Après dix ans ! c'est vous ; au bal, comme autrefois ; Oh ! venez et dansons ; vous êtes belle encore ; Un riche et blanc soleil suit la vermeille aurore, Et la rose inclinée, ouvrant aux yeux...