Saison fidèle aux cœurs - Charles Guérin

Saison fidèle aux cœurs qu'importune la joie, Te voilà, chère Automne, encore de retour. La feuille quitte l'arbre, éclatante, et tournoie Dans les forêts à jour. Les aboiements des chiens de chasse au loin déchirent L'air inerte où l'on sent l'odeur des champs...

Soirs de stérilité qui font l'âme plus sèche. - Charles Guérin

Soirs de stérilité qui font l'âme plus sèche Qu'une route où le vent de décembre a soufflé ! Soirs où sous la douleur âcre le cœur gelé Fait le cri d'une terre aride sous la bêche ! On se sent seul, on se sent las, on se sent vieux, Avec des mains sans foi pour lever...

Souffrir infiniment, souffrir. - Charles Guérin

Souffrir infiniment, souffrir, souffrir assez Pour que le soc tranchant et fort de la douleur Ouvre à fond ce coteau de vigne desséché Et qu'au prochain automne on vendange mon cœur ! Souffrir ? Je ne sais plus souffrir, j'ai trop pensé ; Et j'envie en mon dur...

Stériles nuits d'hiver où ton âme trop pauvre. - Charles Guérin

Stériles nuits d'hiver où ton âme trop pauvre, Haineuse et lâche, éparse au vent, boueuse et noire, Fuyant l'âtre où les chats obséquieux se chauffent Et le thé musical et blond des rêveurs sobres, Dans la rue où l'impur amour chuchote et rôde Porte comme une croix...

Sur nos pas le profond enfer s'est refermé. - Charles Guérin

Sur nos pas le profond enfer s'est refermé. Ô compagnon pensif qui m'enseigne la route, Moins réprouvés que nous, les morts au fond du gouffre Blasphèment : « Dieu nous hait, mais nous avons aimé. » Sur l'extrême plateau qu'une aube obscure teinte, Nous desserrons nos...

Taciturnes, le front baissé, nous tisonnons - Charles Guérin

Taciturnes, le front baissé, nous tisonnons. La mourante lueur du feu baigne les noms Que notre main distraite a tracés dans les cendres ; Son rouge éclat palpite au fond des glaces, teint Nos visages, tes cils encore, puis s'éteint. Le crépuscule mêle alors nos âmes...

Tu sommeilles, je vois tes yeux sourire encore - Charles Guérin

Tu sommeilles ; je vois tes yeux sourire encore. Ta gorge, ainsi deux beaux ramiers prennent l'essor, Se soulève et s'abaisse au gré de ton haleine. Tu t'abandonnes, lasse et nue et tout en fleur, Et ta chair amoureuse est rose de chaleur. Ta main droite sur toi se...

Un oiseau, fauvette ou grive - Charles Guérin

Mars. Un oiseau, fauvette ou grive, je ne sais, Chante amoureusement dans les feuilles nouvelles, Et, transi de rosée encore, sèche ses ailes Au soleil dans le jeune azur et le vent frais. Les rosiers déterrés poussent des bourgeons roses. L'orme a verdi, l'air est...

Un soir au coucher du soleil - Charles Guérin

C'était encore un soir au coucher du soleil. Je menais sur le bord murmurant d'une grève Mon cœur qui te répond, ô mer, et qui pareil A ton abîme obscur, gronde, s'apaise et rêve, Se brise sur lui-même et fuit, revient baiser D'humbles pieds d'amoureux qui vont sur le...

Voici dans le couvent voisin. - Charles Guérin

Voici dans le couvent voisin qui se recueille Le rosaire et le bruit d'abeilles des Avé Voici le vent du soir qui joue avec la feuille Ô bien-aimée, un jour encore s'est achevé. Joignons les mains, joignons nos cœurs et, bouche à bouche, Puisque le tendre amour nous...

Vous, le charme et l'honneur de mon jardin natal - Charles Guérin

Vous, le charme et l'honneur de mon jardin natal, Enfant qui secouez dans les herbes aiguës, Pour en faire tomber des bêtes de métal, Le parasol blanc des ciguës ; Vous qui vivez, naïf et frais, toujours fêté, Cette heure de la vie où l'on pleure sans cause,...

Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs - Charles Guérin

Ah ! Seigneur, Dieu des cœurs robustes, répondez ! Quel est ce temps de doute où l'homme joue aux dés Ses croyances, l'amour et le rêve et la gloire ? Il est tard ; que faut-il aimer, que faut-il croire ? Vacillants et plaintifs comme un peuple de joncs, Sous le ciel...

Ainsi qu'un lierre obscurceint le bord d'une coupe - Charles Guérin

Ainsi qu'un lierre obscurceint le bord d'une coupe, La montagne en traits noirs sur le ciel se découpe, Sur le ciel pâlissant et pur d'un soir d'été. L'âme à la fin du jour goûte la volupté D'être comme une fleur trop lourde qui s'incline. Les cendres de la nuit...

Au bout du chemin - Charles Guérin

Au bout du chemin Le soleil se couche ; Donne-moi ta main, Donne-moi ta bouche. Comme un cœur sans foi Cette source est noire ; J'ai soif, donne-moi Tes larmes à boire. Ô chute du jour ! Des angélus sonnent ; Donne-moi l'amour Dont tes seins frissonnent. La route...

Avec le ciel doré, le vent, la voix. - Charles Guérin

Avec le ciel doré, le vent, la voix des chênes, L'ombre qui redescend les collines et l'homme Qui redescend l'amour, j'écrirais des poèmes Pareils par la douleur aux soirs d'extrême automne. Ceux qui portent le poids d'un cœur mélancolique Y viendraient dans la fin...

Avec ses espaliers de luxure et de fastes. - Charles Guérin

A Albert Samain Avec ses espaliers de luxure et de fastes Le jardin merveilleux où règne ton infante Dans la grande lumière étage ses terrasses Et domine mon val aux vergers de silence. Val paisible où le vol léger des feuilles lentes Soupire sous l'adieu d'un ciel...

Chansons, chansons, chansons. - Charles Guérin

Chansons, chansons, chansons, chansons ; Des larmes avec des baisers... Puis vient l'automne et nous passons : L'herbe des champs a bien passé. J'ai pleuré comme font les autres Pour l'amour de deux lèvres fraîches ; Je ne sais plus, peut-être était-ce, Ma douce...

Charme indéfinissable et fin, le soir d'été. - Charles Guérin

Charme indéfinissable et fin, le soir d'été Se glisse, souffles, fleurs et voix, par les fenêtres. Comme sa paix se pose en baume sur les lèvres ! Comme son calme apprend aux âmes la bonté ! Il est profond, il est limpide, son azur Enseigne que, miroir du ciel, le...

Comme un roseau plaintif au bord de la rivière. - Charles Guérin

Comme un roseau plaintif au bord de la rivière, Tu gémissais : « Ô le méchant seigneur Hamlet ! Pourquoi m'a-t-il trahie et se peut-il qu'il ait Tué, lui qui m'aimait, Polonius mon père ? Adieu donc, tendres jours de joie et de lumière Où ma vieille nourrice à mon...

Contemple tous les soirs le soleil - Charles Guérin

Contemple tous les soirs le soleil qui se couche Rien n'agrandit les yeux et l'âme, rien n'est beau Comme cette heure ardente, héroïque et farouche, Où le jour dans la mer renverse son flambeau. Pareil, dans un repli secret de la falaise, A cette conque amère où...