Alésia. - Charles Le Goffic

À lutter contre toi d'où vient que je m'obstine, Ô sang celte qui bats en ma veine latine, Si, pour rendre à ton flot sa native âcreté, Il m'a suffi de voir au fond du crépuscule, Comme au fond d'un immense et brumeux ergastule, La lune d'août ouvrir son œil...

Évocation. - Charles Le Goffic

Pour évoquer les jours défunts Il m'a suffi de quelques roses : J'ai respiré dans leurs parfums Tes lèvres closes. Je sais des jasmins d'occident Aussi veloutés que ta gorge ; Tes cheveux blonds sont cependant Moins blonds que l'orge. Les violiers ont pris tes yeux ;...

Anne-Marie. - Charles Le Goffic

Elle est née un joli dimanche de printemps. Son père qui croyait en Dieu, comme au bon temps, Et sa mère, cœur simple et plein de rêverie, Pieusement l'avaient nommée Anne-Marie, Du nom, choisi par eux entre les noms d'élus, Des deux saintes du ciel qu'ils vénéraient...

Pleine nuit. - Charles Le Goffic

Tandis que la Nuit monte ainsi qu'une marée Sur les grèves du ciel silencieusement, Emplis tes yeux profonds de sa splendeur sacrée Et ton cœur orageux de son apaisement Déjà, comme une nef, le croissant de la lune Tend sa voile de nacre et fend l'air aplani ; Tous...

Anthéor. - Charles Le Goffic

Au cap d'Eze, A la Lodola, Qu'on était bien aise ! Qu'on était bien là ! Vintimille Aux citrons dorés, Plage de famille Et prix modérés. Bordighère, Ospedaletti, Je vous vis naguère Blancs de confetti. Nice, Canne, Menton, Taggia, Que de Roxelane Et d'Ophélia Vous...

Là-bas. - Charles Le Goffic

Les Bretonnes au cœur tendre Pleurent au bord de la mer ; Les Bretons au cœur amer Sont trop loin pour les entendre. Mais vienne Pâque ou Noël, Les Bretons et les Bretonnes Se retrouvent près des tonnes D'eau-de-vie et d'hydromel. La tristesse de la race S'éteint...

Vision. - Charles Le Goffic

Comme elle a le cœur épris De la tristesse des grèves, Je crois souvent dans mes rêves Qu'elle n'est plus à Paris. Je lui vois la coiffe blanche Et le Justin lamé d'or Dont les filles du Trégor Se pavoisent le dimanche. Et, son rosaire à la main, Elle marche,...

Vos yeux. - Charles Le Goffic

Je compare vos yeux à ces claires fontaines Où les astres d'argent et les étoiles d'or Font miroiter, la nuit, des flammes incertaines. Vienne à glisser le vent sur leur onde qui dort, Il faut que l'astre émigre et que l'étoile meure, Pour renaître, passer, luire et...

Recluse. - Charles Le Goffic

Hélas ! Pourquoi nos cœurs se sont-ils détrompés ? Vos cheveux blonds, voilà qu'on vous les a coupés ; Votre bouche est pareille aux roses défleuries, Et vos yeux, vos yeux froids comme des pierreries, Vous ne les levez plus de votre chapelet. Dans le cloître lointain...

Bouquet. - Charles Le Goffic

À Paimpol, un soir, tandis que la lune Éveillait au large un chant de marin, Nous avons tous deux cueilli sur la dune Ces touffes de menthe et de romarin. Et ces œillets-ci, c'est un soir, à Gâvre, Pris à la douceur qui s'exhalait d'eux, C'est un soir d'amour, à...

L'affût. - Charles Le Goffic

I Le marais dort, crispé d'un gel tardif. Au loin, Dans la brume qui s'épaissit et se dilate Tour à tour, la Sologne étend sa glèbe plate... Nous sommes là depuis une heure, l'arme au poing. Et tout à coup, tandis qu'une étoile clignote, Puis deux, puis trois, puis...

Lever d'aube. - Charles Le Goffic

L'horloge a tinté quatre fois. Qu'est-ce donc, ces folles risées ? Comme un cygne aux ailes rosées, L'aurore glisse au ras des bois. Ce sont les filles de Pont-Croix Qui caquettent à leurs croisées. L'horloge a tinté quatre fois... Qu'est-ce donc, ces folles risées ?...

La fleur. - Charles Le Goffic

J'ai vécu. Ce n'est pas que la mort m'épouvante. Mais en sondant mon cœur j'ai vu qu'à ses parois La fleur de poésie était toujours vivante, Dieu bon ! et que jamais sur sa tige mouvante N'avaient autant germé de boutons à la fois. Elle avait pris racine au milieu des...

Lits-clos. - Charles Le Goffic

Vous m'avez montré dans votre antichambre, Luxueux fouillis d'objets d'entrepôt, Un grand lit de Scaër aux tons de vieil ambre, Mué par votre art en porte-chapeau. Mais les lits sculptés de Basse-Bretagne, Même les lits-clos du temps d'Henri deux, Dans ces nids de...

Rondes. - Charles Le Goffic

I Tes pieds sont las de leurs courses. Voici le temps des regrets. L'automne a troublé les sources Et dévêtu les forêts. Toutes les fleurs que tu cueilles Meurent dans tes doigts perclus. Comme elles tombent, les feuilles, Au bois où tu n'iras plus ! L'automne, hélas...

L'Algeiras. - Charles Le Goffic

Je vous envoie une branche De cet ajonc grêle et ras Qu'ici l'on nomme algeiras, Dont la fleur est presque blanche. Plante ingrate au teint roussi Par l'ardente canicule, Chez nous le vent la bouscule : Le soleil la brûle ici. Mais c'est bien la même plante, Le même...

Sérénade. - Charles Le Goffic

Allez, mes vers, de branche en branche, Vers la dame des Trawiéro, Qu'on reconnaît à sa main blanche Comme la moelle du sureau. Elle est assise à sa croisée, Devant la digue des Etangs : Vous lui porterez ma pensée Sur vos ailes couleur du temps. Comme le soir vous...

Confidence. - Charles Le Goffic

Je t'apporte un cœur bien las. Ne me dis plus que tu m'aimes ; Une autre m'a dit, hélas ! Les mêmes choses, les mêmes. C'était avec ses yeux d'or L'enfant la plus ingénue. Nous nous aimerions encor, Si tu n'étais pas venue. Mais tu m'as conquis d'un coup. Ton sourire...

Lassitude. - Charles Le Goffic

Puisque le hasard m'y ramène, Pour mon malheur ou pour mon bien, Je veux que tu saches combien Ma maîtresse fut inhumaine. Pour l'oublier, j'ai tour à tour Tenté de noyer dans l'ivresse. Avec mon présent, ma détresse. Avec mon passé, mon amour. Et depuis trois mois je...

Marivône. - Charles Le Goffic

I C'est Marivône Le Guînver, Avec ses coiffes de batiste, C'est Marivône Le Guînver Qui passe sa vie à rêver. Marivônic, Dieu vous assiste Dans l'avenir et le présent ! Marivônic, Dieu vous assiste Votre regard paraît si triste ! Marivônic s'en va disant Aux bateliers...

Sommeil. - Charles Le Goffic

Et tu m'as dit : Pourquoi revenir sur ces choses ? Le golfe aux blanches eaux rit sous le soleil blond. Il fait si doux de vivre au bord des grèves roses ! Un tel apaisement coule du ciel profond ! Regarde ! Les rocs noirs, effroi des solitudes, Sous leur crinière...

Memoranda. - Charles Le Goffic

Les jours lumineux de nos fiançailles, Les beaux jours que rien n'est venu ternir, Mon cœur, ô mon cœur, comme tu tressailles À leur souvenir ! Ô la triste vie, ô la vie amère, Comme j'ai souffert avant ces jours-là ! Hélas ! à part toi, ma mère, ma mère. Qui me...