Le Mont - Émile Verhaeren

Ce mont, Avec son ombre prosternée, Au clair de lune, devant lui, Règne, infiniment, la nuit, Tragique et lourd, sur la campagne lasse. Par les carreaux de leurs fenêtres basses, Les chaumières pauvres et vieilles De loin en loin, comme des gens, surveillent. Aux...

Les Hôtes - Émile Verhaeren

- Ouvrez, les gens, ouvrez la porte, je frappe au seuil et à l'auvent, ouvrez, les gens, je suis le vent qui s'habille de feuilles mortes. - Entrez, monsieur, entrez le vent, voici pour vous la cheminée et sa niche badigeonnée ; entrez chez nous, monsieur le vent. -...

La Lys - Émile Verhaeren

Lys tranquille, Lys douce et lente Dont le vent berce, aux bords, les herbes et les plantes, Vous entourez nos champs et nos hameaux, là-bas, De mille et mille méandres, Pour mieux tenir serrée, entre vos bras, La Flandre. Et vous allez et revenez, Sans angoisse et...

Les Fumeurs - Émile Verhaeren

« C'est aujourd'hui, Au cabaret du Jour et de la Nuit, Qu'on sacrera Maître et Seigneur des vrais fumeurs Celui Qui maintiendra Le plus longtemps, Devant les juges compétents, Une même pipe allumée. Or, qu'à tous soit légère La bière, Et soit docile la fumée.   » Ont...

Les Pas - Émile Verhaeren

L'hiver, quand on fermait, A grand bruit lourd, les lourds volets, Et que la lampe s'allumait Dans la cuisine basse, Des pas se mettaient à sonner, des pas, des pas, Au long du mur, sur le trottoir d'en face. Tous les enfants étaient rentrés, Rompant leurs jeux...

Les Tours au Bord de la Mer - Émile Verhaeren

Veuves debout au long des mers, Les tours de Lisweghe et de Furnes Pleurent, aux vents des vieux hivers Et des automnes taciturnes. Elles règnent sur le pays, Depuis quels jours, depuis quels âges, Depuis quels temps évanouis Avec les brumes de leurs plages ? Jadis,...

Liminaire - Émile Verhaeren

I … Ces souvenirs chauffent mon sang Et pénètrent mes moelles… Je me souviens du village près de l'Escaut, D'où l'on voyait les grands bateaux Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent Et merveilleux de voiles, Le soir, en cortège, sous les étoiles. Je me souviens de...

La Foule - Émile Verhaeren

En ces villes d'ombre et d'ébène D'où s'élèvent des feux prodigieux ; En ces villes, où se démènent, Avec leurs chants, leurs cris et leurs blasphèmes, A grande houle, les foules ; En ces villes soudain terrifiées De révolte sanglante et de nocturne effroi, Je sens...

Les Saints, les Morts, les Arbres et le Vent - Émile Verhaeren

Les grand'routes tracent des croix A l'infini, à travers bois ; Les grand'routes tracent des croix lointaines A l'infini, à travers plaines ; Les grand'routes tracent des croix Dans l'espace livide et froid, Où voyagent les vents déchevelés A l'infini, par les allées....

Le Forgeron - Émile Verhaeren

Sur la route, près des labours, Le forgeron énorme et gourd, Depuis les temps déjà si vieux, que fument Les émeutes du fer et des aciers sur son enclume, Martèle, étrangement, près des flammes intenses, A grands coups pleins, les pâles lames Immenses de la patience....

Le Meunier - Émile Verhaeren

Le vieux meunier du moulin noir, On l'enterra, l'hiver, un soir De froid rugueux, de bise aiguë En un terrain de cendre et de ciguës. Le jour dardait sa clarté fausse Sur la bêche du fossoyeur ; Un chien errait près de la fosse, L'aboi tendu vers la lueur. La bêche, à...

Les Cordiers - Émile Verhaeren

Dans son village, au pied des digues, Qui l'entourent de leurs fatigues De lignes et de courbes vers la mer, Le blanc cordier visionnaire A reculons, sur le chemin, Combine, avec prudence, entre ses mains, Le jeu tournant de fils lointains Venant vers lui de l'infini....

Les Pêcheurs - Émile Verhaeren

Le site est floconneux de brume Qui s'épaissit en bourrelets, Autour des seuils et des volets, Et, sur les berges, fume. Le fleuve traîne, pestilentiel, Les charognes que le courant rapporte ; Et la lune semble une morte Qu'on enfouit au bout du ciel. Seules, en des...

L'Étal - Émile Verhaeren

Au soir tombant, lorsque déjà l'essor De la vie agitée et rapace s'affaisse, Sous un ciel bas et mou et gonflé d'ombre épaisse, Le quartier fauve et noir dresse son vieux décor De chair, de sang, de vice et d'or. Des commères, blocs de viande tassée et lasse,...

La Bourse - Émile Verhaeren

Comme un torse de pierre et de métal debout Le monument de l'or dans les ténèbres bout. Dès que morte est la nuit et que revit le jour, L'immense et rouge carrefour D'où s'exalte sa quotidienne bataille Tressaille. Des banques s'ouvrent tôt et leurs guichets, Où l'or...

Le Spectacle - Émile Verhaeren

Au fond d'un hall sonore et radiant, Sous les ailes énormes Et les duvets des brumes uniformes, Parfois, le soir, on déballe les Orients. Les tréteaux clairs luisent comme des armes ; De gros soleils en strass brillent, de loin en loin ; Des cymbaliers hagards...

L'Attente - Émile Verhaeren

Et c'est au long de ces pays de sépulture, En ces marais, qui sont bourbeux depuis mille ans, Que j'amarre, ce soir, mon désir d'aventure, Comme un brusque voilier fragile et violent. J'ai délaissé, là-bas, les quais lointains, D'où s'exaltait et naviguait, dans les...

Croquis de cloître - Émile Verhaeren

I Dans un pesant repos d'après-midi vermeil, Les stalles en vieux chêne éteint sont alignées, Et le jour traversant les fenêtres ignées Etale, au fond du choeur, des nattes de soleil. Et les moines dans leurs coules toutes les mêmes, - Mêmes plis sur leur manche et...

Les Vêpres - Émile Verhaeren

Moines, vos chants du soir roulent parmi leurs râles Le flux et le reflux des douleurs vespérales. Lorsque dans son lit froid, derrière sa cloison, Le malade redit sa dernière oraison ; Lorsque la folie arde au cœur les lunatiques, Et que la toux mord à la gorge les...

Soir Religieux - Émile Verhaeren

I Près du fleuve roulant vers l'horizon ses ors Et ses pourpres et ses vagues entre-frappées, S'ouvre et rayonne, ainsi qu'un grand faisceau d'épées, L'abside ardente avec ses sveltes contreforts. La nef allume auprès ses merveilleux décors : Ses murailles de fer et...

Le Paradis - Émile Verhaeren

I Des buissons lumineux fusaient comme des gerbes ; Mille insectes, tels des prismes, vibraient dans l'air ; Le vent jouait avec l'ombre des lilas clairs, Sur le tissu des eaux et les nappes de l'herbe. Un lion se couchait sous des branches en fleurs ; Le daim...

Michel-Ange - Émile Verhaeren

Quand Buonarotti dans la Sixtine entra, Il demeura Comme aux écoutes, Puis son œil mesura la hauteur de la voûte Et son pas le chemin de l'autel au portail. Il observa le jour verse par les fenêtres Et comment il faudrait et dompter et soumettre Les chevaux clairs et...

Le ciel en nuit, s'est déplié - Émile Verhaeren

Le ciel en nuit, s'est déplié Et la lune semble veiller Sur le silence endormi. Tout est si pur et clair, Tout est si pur et si pâle dans l'air Et sur les lacs du paysage ami, Qu'elle angoisse, la goutte d'eau Qui tombe d'un roseau Et tinte, et puis se tait dans...

Le Roc - Émile Verhaeren

Sur ce roc carié que fait souffrir la mer, Quels pas voudront monter encor, dites, quels pas ? Dites, serai-je seul enfin et quel long glas Écouterai-je debout devant la mer ? C'est là que j'ai bâti mon âme. - Dites, serai-je seul avec mon âme ? - Mon âme hélas !...

Le Lierre - Émile Verhaeren

Lorsque la pourpre et l'or d'arbre en arbre festonnent Les feuillages lassés de soleil irritant, Sous la futaie, au ras du sol, rampe et s'étend Le lierre humide et bleu dans les couches d'automne. Il s'y tasse comme une épargne ; il se recueille Au cœur de la forêt...

Mon Ami, Le Paysage - Émile Verhaeren

J'ai pour voisin et compagnon Un vaste et puissant paysage Qui change et luit comme un visage Devant le seuil de ma maison. Je vis chez moi de sa lumière Et de son ciel dont les grands vents Agenouillent ses bois mouvants Avec leur ombre sur la terre. Il est gardé par...

La Folie - Émile Verhaeren

Routes de fer vers l'horizon : Blocs de cendres, talus de schistes, Où sur les bords un agneau triste Broute les poils d'un vieux gazon ; Départs brusques vers les banlieues, Rails qui sonnent, signaux qui bougent, Et tout à coup le passage des yeux Crus et sanglants...

Le Banquier - Émile Verhaeren

Sur une table chargée, où les liasses abondent, Serré dans un fauteuil étroit, morne et branlant, Il griffonne menu, au long d'un papier blanc ; Mais sa pensée, elle est là-bas au bout du monde. Le Cap, Java, Ceylan vivent devant ses yeux Et l'océan d'Asie, où ses...

Un Matin - Émile Verhaeren

Dès le matin, par mes grand'routes coutumières Qui traversent champs et vergers, Je suis parti clair et léger, Le corps enveloppé de vent et de lumière. Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ; C'est fête et joie en ma poitrine ; Que m'importent droits et...

Les Trains - Émile Verhaeren

Sur un chemin compact, de pierraille et de cendre, A travers bois, taillis, fleuves, moissons et prés, Sous les pâles matins ou les couchants pourprés, Les trains quotidiens font le tour de la Flandre. Jadis, on les voyait rouler presque avec crainte : Les bœufs...

La plaine (I) - Émile Verhaeren

Je veux mener tes yeux en lent pèlerinage Vers ces loins de souffrance, hélas ! où depuis quand, Depuis quels jours d'antan, mon cœur fait hivernage ! C'est mon pays d'immensément, Où ne croît rien que du néant, Battu de pluie et de grand vent. C'est mon pays de long...

Les Meules - Émile Verhaeren

Comme des tentes pour les blés Les grandes meules fraternelles Se rassemblent l'hiver sur les champs isolés Et l'autan noir rôde autour d'elles Les solides faucheurs du bourg Les ont, sous la rude pesée De leurs fermes genoux et de leurs coudes lourds, Dûment, sur le...

Les Routes - Émile Verhaeren

Comme des clous, les gros pavés Fixent au sol les routes claires : Lignes et courbes de lumière Qui décorent et divisent les terres En ce pays de bois et de champs emblavés. Les plus vieilles se souviennent du temps de Rome, Quand s'en venaient les Dieux Rôder dans...

Le Gel - Émile Verhaeren

Sous le fuligineux étain d'un ciel d'hiver, Le froid gerce le sol des plaines assoupies, La neige adhère aux flancs râpés d'un talus vert Et par le vide entier grincent des vols de pies. Avec leurs fins rameaux en serres de harpies, De noirs taillis méchants...

Le Donneur de Mauvais Conseils - Émile Verhaeren

Par les chemins bordés de pueils Rôde en maraude Le donneur de mauvais conseils. La vieille carriole aux tons groseille Qui l'emmena, on ne sait d'où, Une folle la garde et la surveille, Au carrefour des chemins mous. Le cheval paît l'herbe d'automne, Près d'une mare...

Les Vieux Maîtres - Émile Verhaeren

Dans les bouges fumeux où pendent des jambons, Des boudins bruns, des chandelles et des vessies, Des grappes de poulets, des grappes de dindons, D'énormes chapelets de volailles farcies, Tachant de rose et blanc les coins du plafond noir, En cercle, autour des mets...

La Dame en Noir - Émile Verhaeren

- Dans la ville d'ébène et d'or, Sombre dame des carrefours, Qu'attendre, après tant de jours, Qu'attendre encor ? - Les chiens du noir espoir ont aboyé, ce soir, Vers les lunes de mes deux yeux, Si longuement, vers mes deux yeux silencieux, Si longuement et si...

La Conquête - Émile Verhaeren

Le monde est trépidant de trains et de navires. De l'Est à l'Ouest, du Sud au Nord, Stridents et violents, Ils vont et fuient ; Et leurs signaux et leurs sifflets déchirent L'aube, lejour, le soir, la nuit ; Et leur fumée énorme et transversale Barre les cités...

Le Monde - Émile Verhaeren

Le monde est fait avec des astres et des hommes. Là-haut, Depuis quels temps à tout jamais silencieux, Là-haut, En quels jardins profonds et violents des cieux, Là-haut, Autour de quels soleils, Pareils à des ruches de feux, Tourne, dans la splendeur de l'espace...

L'Europe - Émile Verhaeren

Un soir plein de clartés et de nuages d'or, Du fond des cieux lointains, rayonne au cœur d'un port Léger de mâts et lourd de monstrueux navires ; L'ombre est de pourpre autour des aigles de l'Empire Dont le bronze géant règne sur les maisons. On écoute bondir, dans...

Sur la mer - Emile Verhaeren

Larges voiles au vent, ainsi que des louanges, La proue ardente et fière et les haubans vermeils, Le haut navire apparaissait, comme un archange Vibrant d’ailes qui marcherait, dans le soleil. La neige et l’or étincelaient sur sa carène ; Il étonnait le jour naissant,...

Une heure de soir - Emile Verhaeren

En ces heures de soirs et de brumes ployés Sur des fleuves partis vers des fleuves sans bornes, Si mornement tristes contre les quais si mornes, Luisent encor des flots comme des yeux broyés. Comme des yeux broyés luisent des flots encor, Tandis qu’aux poteaux noirs...

Une statue (apôtre) - Emile Verhaeren

Avec, devant les yeux, l’astre qu’était son âme Par des chemins de rocs incandescents de flamme, Il s’en était allé si loin vers l’inconnu Que son siècle vieux et chenu, Toussant la mort, au vent trop fort de sa pensée, L’avait férocement enseveli sous la risée. Il...

Une statue (bourgeois) - Emile Verhaeren

Un bloc de bronze où son nom luit sur une plaque. Ventre riche, mâchoire ardente et menton gourd ; Haine et terreur murant son gros front lourd Et poing taillé à fendre en deux toutes attaques. Le carrefour, solennisé de palais froids, D’où ses regards têtus et...

Une statue (soldat) - Emile Verhaeren

Au carrefour des abattoirs et des casernes, Il apparaît, foudroyant et vermeil, Le sabre en bel éclair sous le soleil. Masque d’airain, casque et panache d’or ; Et l’horizon, là-bas, où le combat se tord, Devant ses yeux hallucinés de gloire ! Un élan fou, un bond...

Vers la mer - Emile Verhaeren

Comme des objets frêles, Les vaisseaux blancs semblent posés Sur la mer éternelle. Le vent futile et pur n’est que baisers ; Et les écumes, Qui doucement échouent Contre les proues, Ne sont que plumes ; Il fait dimanche sur la mer ! Telles des dames Passent, au ciel...

La Ville - Emile Verhaeren

Tous les chemins vont vers la ville. Du fond des brumes, Là-bas, avec tous ses étages Et ses grands escaliers et leurs voyages Jusques au ciel, vers de plus hauts étages, Comme d’un rêve, elle s’exhume. Là-bas, Ce sont des ponts tressés en fer Jetés, par bonds, à...

Le chant de l’eau - Emile Verhaeren

L’entendez-vous, l’entendez-vous Le menu flot sur les cailloux ? Il passe et court et glisse Et doucement dédie aux branches, Qui sur son cours se penchent, Sa chanson lisse. Là-bas, Le petit bois de cornouillers Où l’on disait que Mélusine Jadis, sur un tapis de...

Le départ - Emile Verhaeren

Traînant leurs pas après leurs pas Le front pesant et le cœur las, S’en vont, le soir, par la grand’ route, Les gens d’ici, buveurs de pluie, Lécheurs de vent, fumeurs de brume. Les gens d’ici n’ont rien de rien, Rien devant eux Que l’infini de la grand’ route. Chacun...

Le Port - Emile Verhaeren

Toute la mer va vers la ville ! Son port est innombrable et sinistre de croix, Vergues transversales barrant les grands mâts droits. Son port est pluvieux de suie à travers brumes, Où le soleil comme un œil rouge et colossal larmoie. Son port est ameuté de steamers...

Le voyage - Emile Verhaeren

Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages. Le soir se fait, un soir ami du paysage, Où les bateaux, sur le sable du port, En attendant le flux prochain, dorment encor. Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées, Au fouet soudain des montantes marées ! Oh ce...

Les baptêmes - Emile Verhaeren

Vers son manoir de marbre, Qui domine les bois, L’évêque en fer et en orfroi, Le dimanche, s’en va, Moment d’éclair et d’or, parmi les lignes d’arbres. Le ruisseau mire sa monture Et son pennon de haut en bas, Si bien qu’il marche, en son voyage, Avec sa grande image...

Les cathédrales - Emile Verhaeren

Au fond du chœur monumental, D’où leur splendeur s’érige – Or, argent, diamant, cristal – Lourds de siècles et de prestiges, Pendant les vêpres, quand les soirs Aux longues prières invitent, Ils s’imposent, les ostensoirs, Dont les fixes joyaux méditent. Ils...

Les Fièvres - Emile Verhaeren

La plaine, au loin, est uniforme et morne Et l’étendue est veule et grise Et Novembre qui se précise Bat l’infini, d’une aile grise. De village en village, un vent moisi Appose aux champs sa flétrissure ; L’air est moite ; le sol, ainsi Que pourriture et bouffissure....

Les villes - Emile Verhaeren

Oh ! ces villes, par l’or putride envenimées ! Clameurs de pierre et vols et gestes de fumées, Dômes et tours d’orgueil et colonnes debout Dans l’espace qui vibre et le travail qui bout, En aimas-tu l’effroi et les affres profondes O toi, le voyageur Qui t’en allais...

Automne - Emile Verhaeren

Matins frileux Le temps se vêt de brume ; Le vent retrousse au cou des pigeons bleus Les plumes. La poule appelle Le pépiant fretin de ses poussins Sous l’aile. Panache au clair et glaive nu Les lansquenets des girouettes Pirouettent. L’air est rugueux et cru ; Un...

Dédié au sud-ouest - Emile Verhaeren

Sur la bruyère longue infiniment voici le vent cornant novembre ; Sur la bruyère, infiniment, Voici le vent Qui se déchire et se démembre, En souffles lourds, battant les bourgs ; Voici le vent, Le vent sauvage de Novembre. Aux puits des fermes, Les seaux de fer et...

La crypte - Emile Verhaeren

Égarons-nous, mon âme, en ces cryptes funestes, Où la douleur, par des crimes, se définit, Où chaque dalle, au long du mur, atteste Qu’un meurtre noir, à toute éternité, Est broyé là, sous du granit. Des pleurs y tombent sur les morts ; Des pleurs sur des corps morts...

La Plaine - Emile Verhaeren

La plaine est morne et ses chaumes et granges Et ses fermes dont les pignons sont vermoulus, La plaine est morne et lasse et ne se défend plus, La plaine est morne et morte — et la ville la mange. Formidables et criminels, Les bras des machines hyperboliques. Fauchant...

Les Plus Beaux Poèmes d'Emile Verhaeren

Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes les plus célèbres et les plus beaux d'Emile Verhaeren, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables de ce poète en me basant sur mes préférences personnelles...

Je songe à ta bonté - Émile Verhaeren

Chaque heure, où je songe à ta bonté Si simplement profonde, Je me confonds en prières vers toi. Je suis venu si tard Vers la douceur de ton regard, Et de si loin vers tes deux mains tendues, Tranquillement, par à travers les étendues ! J'avais en moi tant de rouille...

Je t'apporte ma joie - Émile Verhaeren

Je t'apporte, ce soir, comme offrande, ma joie D'avoir plongé mon corps dans l'or et dans la soie Du vent joyeux et franc et du soleil superbe ; Mes pieds sont clairs d'avoir marché parmi les herbes, Mes mains douces d'avoir touché le coeur des fleurs, Mes yeux...

L'action - Émile Verhaeren

Lassé des mots, lassé des livres, Qui tiédissent la volonté, Je cherche, au fond de ma fierté, L'acte qui sauve et qui délivre. La vie, elle est là-bas, violente et féconde, Qui mord, à galops fous, les grands chemins du monde. Dans le tumulte et la poussière, Les...

L'âge est venu - Émile Verhaeren

L'âge est venu, pas à pas, jour à jour, Poser ses mains sur le front nu de notre amour Et, de ses yeux moins vifs, l'a regardé. Et, dans le beau jardin que Juillet a ridé, Les fleurs, les bosquets et les feuilles vivantes Ont laissé choir un peu de leur force fervente...

L'amante - Émile Verhaeren

Mon rêve est embarqué sur une île flottante, Les fils dorés des vents captent, en leurs réseaux, Son aventure au loin sur la mer éclatante ; Mon rêve est embarqué, sur une île flottante, Avec de grandes fleurs et de chantants oiseaux. Pistils dardés ! pollens féconds...

L'âme de la ville - Émile Verhaeren

Les toits semblent perdus Et les clochers et les pignons fondus, Dans ces matins fuligineux et rouges, Où, feu à feu, des signaux bougent. Une courbe de viaduc énorme Longe les quais mornes et uniformes ; Un train s'ébranle immense et las. Là-bas, Un steamer rauque...

L'arbre - Émile Verhaeren

Tout seul, Que le berce l'été, que l'agite l'hiver, Que son tronc soit givré ou son branchage vert, Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine, Il impose sa vie énorme et souveraine Aux plaines. Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans Et les mêmes...

Au Reichstag - Émile Verhaeren

On m'affirmait : " Partout où les cités de vapeurs s'enveloppent, Où l'homme dans l'effort s'exalte et se complaît, Bat le coeur fraternel d'une plus haute Europe. De la Sambre à la Ruhr, de la Ruhr à l'Oural, Et d'Allemagne en France et de France en Espagne L'ample...

L'heure et l'humeur - Émile Verhaeren

Comme à d'autres, l'heure et l'humeur : L'heure morose ou l'humeur malévole Nous ont, de leurs sceaux noirs, marqué le coeur, Mais, néanmoins, jamais, Même les soirs des jours mauvais Nos coeurs ne se sont dit les fatales paroles. La sincérité claire, ardente,...

Autour de ma maison - Émile Verhaeren

Pour vivre clair, ferme et juste, Avec mon coeur, j'admire tout Ce qui vibre, travaille et bout Dans la tendresse humaine et sur la terre auguste. L'hiver s'en va et voici mars et puis avril Et puis le prime été, joyeux et puéril. Sur la glycine en fleurs que la rosée...

Ma tranquille amie - Émile Verhaeren

Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, Dis, combien l'absence, même d'un jour, Attriste et attise l'amour , Et le réveille, en ses brûlures endormies ? Je m'en vais au-devant de ceux Qui reviennent des lointains merveilleux Où, dès l'aube, tu es allée ; Je...

Avec le même amour - Émile Verhaeren

Avec le même amour que tu me fus jadis Un jardin de splendeur dont les mouvants taillis Ombraient les longs gazons et les roses dociles, Tu m'es en ces temps noirs un calme et sûr asile. Tout s'y concentre, et ta ferveur et ta clarté Et tes gestes groupant les fleurs...

Où notre amour a voulu naître - Émile Verhaeren

Dans la maison où notre amour a voulu naître, Avec les meubles chers peuplant l'ombre et les coins, Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins Les roses qui nous regardent par les fenêtres. Il est des jours choisis, d'un si doux réconfort, Et des heures d'été, si...

Avec mes sens - Émile Verhaeren

Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau, Avec mon être entier tendu comme un flambeau Vers ta bonté et vers ta charité Sans cesse inassouvies, Je t'aime et te louange et je te remercie D'être venue, un jour, si simplement, Par les chemins du dévouement, Prendre,...

Si nos coeurs ont brûlé - Émile Verhaeren

Si nos coeurs ont brûlé en des jours exaltants D'une amour claire autant que haute, L'âge aujourd'hui nous fait lâches et indulgents Et paisibles devant nos fautes. Tu ne nous grandis plus, ô jeune volonté, Par ton ardeur non asservie, Et c'est de calme doux et de...

Avec mes vieilles mains - Émile Verhaeren

Avec mes vieilles mains de ton front rapprochées J'écarte tes cheveux et je baise, ce soir, Pendant ton bref sommeil au bord de l'âtre noir La ferveur de tes yeux, sous tes longs cils cachée. Oh ! la bonne tendresse en cette fin de jour ! Mes yeux suivent les ans dont...

Celui de la fatigue - Émile Verhaeren

Ce soir, l'homme de la fatigue A regarder s'illimiter la mer, Sous le règne du vent despote et des éclairs, Les bras tombants, là-bas, s'est assis sur ma digue. Le vêtement des plus beaux rêves, L'orgueil des humaines sciences brèves, L'ardeur, sans plus aucun sursaut...

Celui du rien - Émile Verhaeren

Je suis celui des pourritures grandioses Qui s'en revient du pays mou des morts ; Celui des Ouests noirs du sort Qui te montre, là-bas, comme une apothéose, Son île immense, où des guirlandes, De détritus et de viandes Se suspendent, Tandis, qu'entre les fleurs...

Comme aux âges naïfs - Émile Verhaeren

Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon coeur, Ainsi qu'une ample fleur, Qui s'ouvre pure et belle aux heures de rosée ; Entre ses plis mouillés ma bouche s'est posée. La fleur, je la cueillis avec des doigts de flamme, Ne lui dis rien : car tous les mots sont...

Des fleurs fines - Émile Verhaeren

Des fleurs fines et mousseuses comme l'écume Poussaient au bord de nos chemins Le vent tombait et l'air semblait frôler tes mains Et tes cheveux avec des plumes. L'ombre était bienveillante à nos pas réunis En leur marche, sous le feuillage ; Une chanson d'enfant nous...

À la gloire du vent - Émile Verhaeren

- Toi qui t'en vas là-bas, Par toutes les routes de la terre, Homme tenace et solitaire, Vers où vas-tu, toi qui t'en vas ? - J'aime le vent, l'air et l'espace ; Et je m'en vais sans savoir où, Avec mon coeur fervent et fou, Dans l'air qui luit et dans le vent qui...

À Pâques - Émile Verhaeren

Frère Jacques, frère Jacques, Réveille-toi de ton sommeil d'hiver Les fins taillis sont déjà verts Et nous voici au temps de Pâques, Frère Jacques. Au coin du bois morne et blêmi Où ton grand corps s'est endormi Depuis l'automne, L'aveugle et vacillant brouillard, Sur...

Au clos de notre amour - Émile Verhaeren

Au clos de notre amour, l'été se continue : Un paon d'or, là-bas, traverse une avenue ; Des pétales pavoisent - Perles, émeraudes, turquoises - L'uniforme sommeil des gazons verts Nos étangs bleus luisent, couverts Du baiser blanc des nénuphars de neige ; Aux...

Au passant d'un soir - Émile Verhaeren

Dites, quel est le pas Des mille pas qui vont et passent Sur les grand'routes de l'espace, Dites, quel est le pas Qui doucement, un soir, devant ma porte basse S'arrêtera ? Elle est humble, ma porte, Et pauvre, ma maison. Mais ces choses n'importent. Je regarde...

Les usines - Émile Verhaeren

Les Usines est un des plus beaux poèmes d'Émile Verhaeren. Il fait partie du recueil de 20 poèmes, Les Villes tentaculaires, publié en 1895. Ce long poème sombre en vers libre décrit les dures conditions de vie de la classe populaire et des ouvriers dans les...

Pauvres vieilles cités - Émile Verhaeren

Pauvres vieilles cités par les plaines perdues, Dites de quel grand plan de gloire, Vers la vie humble et dérisoire, Toutes, vous voilà descendues. Vous ne comprenez plus vos hauts beffrois en deuil, Ni ce que disent aux nuées Tant de pierres destituées De leur ancien...

Roses de juin, vous les plus belles - Émile Verhaeren

Roses de juin, vous les plus belles, Avec vos cœurs de soleil transpercés ; Roses violentes et tranquilles, et telles Qu'un vol léger d'oiseaux sur les branches posés ; Roses de Juin et de Juillet, droites et neuves, Bouches, baisers qui tout à coup s'émeuvent Ou...

Sur la côte - Émile Verhaeren

Un vent rude soufflait par les azurs cendrés, Quand du côté de l'aube, ouverte à l'avalanche, L'horizon s'ébranla dans une charge blanche Et dans un galop fou de nuages cabrés. Le jour entier, jour clair, jour sans pluie et sans brume, Les crins sautants, les flancs...

Un toit, là-bas - Émile Verhaeren

Oh ! la maison perdue, au fond du vieil hiver, Dans les dunes de Flandre et les vents de la mer. Une lampe de cuivre éclaire un coin de chambre ; Et c'est le soir, et c'est la nuit, et c'est novembre. Dès quatre heures, on a fermé les lourds volets ; Le mur est...

Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord - Émile Verhaeren

Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ; Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude, Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes Usent l'amour le plus tenace et le plus fort. Je te regarde, et tous les jours je te découvre, Tant est intime ou ta...

Pèlerinage - Émile Verhaeren

Où vont les vieux paysans noirs Par les chemins en or des soirs ? A grands coups d'ailes affolées, En leurs toujours folles volées, Les moulins fous fauchent le vent. Le cormoran des temps d'automne jette au ciel triste et monotone Son cri sombre comme la nuit. C'est...

S'il était vrai - Émile Verhaeren

S'il était vrai Qu'une fleur des jardins ou qu'un arbre des prés Pût conserver quelque mémoire Des amants d'autrefois qui les ont admirés Dans leur fraîcheur ou dans leur gloire Notre amour s'en viendrait En cette heure du long regret Confier à la rose ou dresser dans...

Sur les grèves - Émile Verhaeren

Sur ces plages de sel amer Et d'âpre immensité marine, Je déguste, par les narines, L'odeur d'iode de la mer. Quels échanges de forces nues S'entrecroisent et s'insinuent, Avec des heurts, avec des bonds, A cette heure de vie énorme, Où tout s'étreint et se transforme...

Un village - Émile Verhaeren

Des murs crépis, de pauvres toits, Un pont, un chemin de halage, Et le moulin qui fait sa croix De haut en bas, sur le village. Les appentis et les maisons S'échouent, ainsi que choses mortes. Le filet dort : et les poissons Sèchent, pendus au seuil des portes. Un...

Vous m'avez dit, tel soir - Émile Verhaeren

Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous, Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles, Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux. Vous me parliez des temps prochains où nos années, Comme des...

Peut-être - Émile Verhaeren

Peut-être Lorsque mon dernier jour viendra, Peut-être Qu'à ma fenêtre, Ne fût-ce qu'un instant, Un soleil frêle et tremblotant Se penchera. Mes mains alors, mes pauvres mains décolorées Seront quand même encore par sa gloire dorées ; Il glissera son baiser lent, clair...

Si d'autres fleurs décorent la maison - Émile Verhaeren

Si d'autres fleurs décorent la maison Et la splendeur du paysage, Les étangs purs luisent toujours dans le gazon, Avec les grands yeux d'eau de leur mouvant visage. Dites de quels lointains profonds et inconnus Tant de nouveaux oiseaux sont-ils venus, Avec du soleil...

Sur les môles du port - Émile Verhaeren

Le soir quand je m’en vais par la côte marine Vers l’océan et sa rumeur, Je serre mes deux mains sur ma creuse poitrine Pour mieux sentir vivre mon cœur. Il est là sous mes doigts qui bat, s’enfièvre, exulte ; Et je le sens vibrant et clair D’être perdu dans la folie...

Une statue - Émile Verhaeren

Avec, devant les yeux, l’astre qu’était son âme Par des chemins de rocs incandescents de flamme, Il s’en était allé si loin vers l’inconnu Que son siècle vieux et chenu, Toussant la mort, au vent trop fort de sa pensée, L’avait férocement enseveli sous la risée. Il...

Pieusement - Émile Verhaeren

La nuit d'hiver élève au ciel son pur calice. Et je lève mon cœur aussi, mon cœur nocturne, Seigneur, mon cœur ! vers ton pâle infini vide, Et néanmoins je sais que tout est taciturne Et qu'il n'existe rien dont ce cœur meurt, avide ; Et je te sais mensonge et mes...