Sonnet neuf de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ô entre tes beautés, que ta constance est belle. C’est ce cœur assuré, ce courage constant, C’est parmi tes vertus, ce que l’on prise tant : Aussi qu’est-il plus beau, qu’une amitié fidèle ? Or ne charge donc rien de ta sœur infidèle, De Vézère ta sœur : elle va...

Sonnet vingt-neuf de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Jà reluisait la benoîte journée Que la nature au monde te devait, Quand des trésors qu’elle te réservait Sa grande clé, te fut abandonnée. Tu pris la grâce à toi seule ordonnée, Tu pillas tant de beautés qu’elle avait : Tant qu’elle, fière, alors qu’elle te voit En...

Sonnet onze de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Toi qui oys mes soupirs, ne me sois rigoureux Si mes larmes à part toutes miennes je verse, Si mon amour ne suit en sa douleur diverse Du Florentin transi les regrets langoureux, Ni de Catulle aussi, le folâtre amoureux, Qui le cœur de sa dame en chatouillant lui...

Sonnet vingt-quatre de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Or dis-je bien, mon espérance est morte. Or est-ce fait de mon aise et mon bien. Mon mal est clair : maintenant je vois bien, J’ai épousé la douleur que je porte. Tout me court sus, rien ne me réconforte, Tout m’abandonne et d’elle je n’ai rien, Sinon toujours quelque...

Sonnet quatorze de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ô cœur léger, ô courage mal sûr, Penses-tu plus que souffrir je te puisse ? Ô bonté creuse, ô couverte malice, Traître beauté, venimeuse douceur. Tu étais donc toujours sœur de ta sœur ? Et moi trop simple il fallait que j’en fisse L’essai sur moi ? Et que tard...

Sonnet vingt-six de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Puisqu’ainsi sont mes dures destinées, J’en soûlerai, si je puis, mon souci. Si j’ai du mal, elle le veut aussi. J’accomplirai mes peines ordonnées Nymphes des bois qui avez étonnées, De mes douleurs, je crois quelque merci, Qu’en pensez-vous ? puis-je durer ainsi, Si...

Sonnet quatre de vingt neuf - Étienne de La Boétie

C’était alors, quand les chaleurs passées, Le sale Automne aux cuves va foulant, Le raisin gras dessous le pied coulant, Que mes douleurs furent encommencées. Le paisan bat ses gerbes amassées, Et aux caveaux ses bouillants muids roulant, Et des fruitiers son automne...

Sonnet vingt-trois de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ce sont tes yeux tranchants qui me font le courage. Je vois sauter dedans la gaie liberté, Et mon petit archer, qui mène à son côté La belle gaillardise et plaisir le volage. Mais après, la rigueur de ton triste langage Me montre dans ton cœur la fière honnêteté. Et...

Sonnet quinze de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ce n’est pas moi que l’on abuse ainsi : Qu’à quelque enfant ses ruses on emploie, Qui n’a nul goût, qui n’entend rien qu’il oie : Je sais aimer, je sais haïr aussi. Contente-toi de m’avoir jusqu’ici Fermé les yeux, il est temps que j’y voie : Et qu’aujourd’hui, las et...

Sonnet seize de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Oh l’ai-je dit ? Hélas l’ai-je songé ? Ou si pour vrai j’ai dit blasphème-t-elle ? S’a fausse langue, il faut que l’honneur d’elle De moi, par moi, de sur moi, soit vengé. Mon cœur chez toi, ô madame, est logé : Là donne-lui quelque gêne nouvelle : Fais-lui souffrir...

Sonnet sept de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Quand à chanter ton los, parfois je m’aventure, Sans oser ton grand nom, dans mes vers exprimer, Sondant le moins profond de cette large mer, Je tremble de m’y perdre, et aux rives m’assure. Je crains en louant mal, que je te fasse injure. Mais le peuple étonné d’ouïr...

Un Lundy fut le jour de la grande journee - Étienne de La Boétie

Un Lundy fut le jour de la grande journee Que l'Amour me livra : ce jour il fut vainqueur Ce jour il se fit maistre et tyran de mon cœur : Du fil de ce jour pend toute ma destinee. Lors fut à mon tourment ma vie abandonnee, Lors Amour m'asservit à sa folle rigueur....

Sonnet six de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ce dit maint un de moi, de quoi se plaint-il tant, Perdant ses ans meilleurs en chose si légère ? Qu’a-t-il tant à crier, si encore il espère ? Et s’il n’espère rien, pourquoi n’est-il content ? Quand j’étais libre et sain j’en disais bien autant. Mais certes celui-là...

Vous qui aimez encore ne sçavez - Étienne de La Boétie

Vous qui aimez encore ne sçavez, Ores, m'oyant parler de mon Leandre, Ou jamais non, vous y debvez aprendre, Si rien de bon dans le cœur vous avez. Il oza bien, branlant ses bras lavez, Armé d'amour, contre l'eau se deffendre Qui pour tribut la fille voulut prendre,...

Sonnet treize de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Vous qui aimer encore ne savez, Ores m’oyant parler de mon Léandre, Ou jamais non, vous y devez apprendre, Si rien de bon dans le cœur vous avez, Il osa bien branlant ses bras lavés, Armé d’amour, contre l’eau se défendre, Qui pour tribut la fille voulut prendre,...

Sonnet trois de vingt neuf - Étienne de La Boétie

C'est fait mon cœur, quittons la liberté. De quoi me huy servirait la défense, Que d'agrandir et la peine et l'offense ? Plus ne suis fort, ainsi que j'ai été. La raison fut un temps de mon côté, Or révoltée elle veut que je pense Qu'il faut servir, et prendre en...

Sonnet un de vingt neuf - Étienne de La Boétie

PARDON AMOUR, pardon, ô Seigneur je te voue Le reste de mes ans, ma voix et mes écrits, Mes sanglots, mes soupirs, mes larmes et mes cris : Rien, rien tenir d’aucun que de toi, je n’avoue. Hélas comment de moi, ma fortune se joue. De toi n’a pas long temps, amour, je...

Sonnet vingt de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ô vous maudits sonnets, vous qui prîtes l’audace De toucher à ma dame : ô malins et pervers, Des Muses le reproche, et honte de mes vers : Si je vous fis jamais, s’il faut que je me fasse Ce tort de confesser vous tenir de ma race, Lors pour vous les ruisseaux ne...

Sonnet vingt et un de vingt neuf - Étienne de La Boétie

N’ayez plus mes amis, n’ayez plus cette envie Que je cesse d’aimer, laissez-moi obstiné, Vivre et mourir ainsi, puisqu’il est ordonné, Mon amour c’est le fil, auquel se tient ma vie. Ainsi me dit la fée, ainsi en Æagrie Elle fit Méléagre à l’amour destiné, Et alluma...

Sonnet vingt-cinq de vingt neuf - Étienne de La Boétie

J’ai tant vécu, chétif, en ma langueur, Qu’or j’ai vu rompre, et suis encore en vie, Mon espérance avant mes yeux ravie, Contre l’écueil de sa fière rigueur. Que m’a servi de tant d’ans la longueur ? Elle n’est pas de ma peine assouvie : Elle s’en rit, et n’a point...

Sonnet vingt-deux de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Quand tes yeux conquérants étonné je regarde, J’y vois dedans au clair tout mon espoir écrit, J’y vois dedans amour, lui-même qui me rit, Et me montre mignard le bonheur qu’il me garde. Mais quand de te parler parfois je me hasarde, C’est lors que mon espoir desséché...

Sonnet vingt-huit de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Si contre amour je n’ai autre défense Je m’en plaindrai, mes vers le maudiront, Et après moi les roches rediront Le tort qu’il fait à ma dure constance. Puisque de lui j’endure cette offense. Au moins tout haut, mes rythmes le diront, Et nos neveux, alors qu’ils me...

Lors que lasse est de me lasser ma peine - Étienne de La Boétie

Lors que lasse est de me lasser ma peine, Amour, d'un bien mon mal refreschissant, Flate au cœur mort ma playe languissant, Nourrit mon mal, et luy faict prendre alaine. Lors je conçoy quelque esperance vaine ; Mais aussi tost ce dur tyran, s'il sent Que mon espoir se...

Ô cœur léger, ô courage mal seur - Étienne de La Boétie

Ô cœur léger, ô courage mal seur, Penses tu plus que souffrir je te puisse ? Ô bonté creuze, ô couverte malice, Traitre beauté, venimeuse doulceur ! Tu estois donc tousjours seur de ta sœur ? Et moy, trop simple, il falloit que j'en fisse L'essay sur moy, et que tard...

J'ay tant vescu, chetif, en ma langueur - Étienne de La Boétie

J'ay tant vescu, chetif, en ma langueur, Qu'or j'ay veu rompre, et suis encor en vie. Mon esperance avant mes yeulx ravie, Contre l'escueil de sa fiere rigueur. Que m'a servy de tant d'ans la longueur ? Elle n'est pas de ma peine assouvie : Elle s'en rit, et n'a point...

Ô l'ai je dict ? helas ! l'ai je songé ? - Étienne de La Boétie

Ô l'ai je dict ? helas ! l'ai je songé ? Ou si, pour vrai, j'ai dict blaspheme telle ? Ça, faulce langue, il faut que l'honneur d'elle, De moi, par moi, desus moy, soit vangé. Mon cœur chez toi, ô Madame, est logé : Là donne lui quelque geine nouvelle, Fais luy...

Reproche moy maintenant, je le veux - Étienne de La Boétie

Reproche moy maintenant, je le veux, Si oncq de toy j'ay eu faveur aucune, Traistre, legere, inconstance fortune. Reproche moi hardiment, si tu peux. Depuis le jour qu'en mal'heure mes yeux Voyent du ciel la lumiere importune, Je suis le but, la descharge commune De...

Ô qui a jamais veu une barquette telle - Étienne de La Boétie

Ô qui a jamais veu une barquette telle, Que celle où ma maistresse est conduitte sur l'eau ? L'eau tremble, et s'esforçant sous se riche vaisseau, Semble s'enorgueillir d'une charge si belle. On diroit que la nuict à grands troupes appelle Les estoiles, pour voir...

Si contre Amour je n'ay autre deffence - Étienne de La Boétie

Si contre Amour je n'ay autre deffence, Je m'en plaindray, mes vers le maudiront, Et apres moy les roches rediront Le tort qu'il faict à ma dure constance. Puis que de luy j'endure cette offence, Au moings tout haut, mes rithmes le diront, Et nos neveus, a lors qu'ilz...

Si ma raison en moy s'est peu remettre - Étienne de La Boétie

Si ma raison en moy s'est peu remettre, Si recouvrer asthure je me puis, Si j'ay du sens, si plus homme je suis, Je t'en mercie, ô bien heureuse lettre. Qui m'eust (hélas), qui m'eust sceu recognoistre, Lors qu'enragé, vaincu de mes ennuys, En blasphemant, Madame je...

Au milieu des chaleurs de Juillet l'alteré - Étienne de La Boétie

Au milieu des chaleurs de Juillet l'alteré, Du nom de Marguerite une feste est chomee, Une feste à bon droit de moy tant estimee : Car de ce jour tout l'an ce me semble est paré. Ce beau et riche nom, ce nom vrayment doré, C'est le nom bienheureux dont ma Dame est...

Jà reluisoit la benoiste journee - Étienne de La Boétie

Jà reluisoit la benoiste journee Que la nature au monde te devoit, Quand des thresors qu'elle te reservoit Sa grande clef te feust abandonnee. Tu prins la grace à toy seule ordonnee, Tu pillas tant de beautez qu'elle avoit, Tant qu'elle fiere, a lors qu'elle te veoit,...

Or, dis je bien, mon esperance est morte - Étienne de La Boétie

Or, dis je bien, mon esperance est morte. Or est ce faict de mon ayse et mon bien. Mon mal est clair : maintenant je veoy bien, J'ay espousé la douleur que je porte. Tout me court sus, rien ne me reconforte, Tout m'abandonne, et d'elle je n'ay rien, Sinon tousjours...

Sonnet cinq de vingt neuf - Étienne de La Boétie

J’ai vu ses yeux perçants, j’ai vu sa face claire : (Nul jamais sans son dam ne regarde les dieux) Froid, sans cœur me laissa son œil victorieux, Tout étourdi du coup de sa forte lumière. Comme un surpris de nuit aux champs quand il éclaire, Étonné, se pâlit si la...

C'est faict, mon cœur, quitons la liberté - Étienne de La Boétie

C'est faict, mon cœur, quitons la liberté. Dequoy meshuy serviroit la deffence, Que d'agrandir et la peine et l'offence ? Plus ne suis fort, ainsi que j'ay esté. La raison fust un temps de mon costé, Or, revoltée, elle veut que je pense Qu'il faut servir, et prendre...

Je ne croiray jamais que de Venus sortisse - Étienne de La Boétie

Je ne croiray jamais que de Venus sortisse Un tel germe que toy. Or ta race j'ay sceu, Ô enfant sans pitié : Megere t'a conceu, Et quelque louve apres t'a baillé pour nourrisse. Petit monstre maling, c'est ta vieille malice, Qui te tient acroupi ; aucun ne t'a receu...

Ores je te veux faire un solennel serment - Étienne de La Boétie

Ores je te veux faire un solennel serment, Non serment qui m'oblige à t'aimer d'avantage, Car meshuy je ne puis ; mais un vray tesmoignage A ceulx qui me liront, que j'aime loyaument. C'est pour vray, je vivray, je mourray en t'aimant. Je jure le hault ciel, du grand...

Sonnet deux de vingt neuf - Étienne de La Boétie

C'est amour, c'est amour, c'est lui seul, je le sens, Mais le plus vif amour, la poison la plus forte. À qui onc pauvre cœur ait ouverte la porte : Ce cruel n'a pas mis un de ses traits perçants, Mais arc, traits et carquois, et lui tout dans mes sens. Encore un mois...

C'estoit alors, quand, les chaleurs passees - Étienne de La Boétie

C'estoit alors, quand, les chaleurs passees, Le sale Automne aux cuves va foulant Le raisin gras dessoubz le pied coulant, Que mes douleurs furent encommencees. Le paisan bat ses gerbes amassees, Et aux caveaux ses bouillans muis roulant, Et des fruictiers son automne...

Je publiëray ce bel esprit qu'elle a - Étienne de La Boétie

Je publiëray ce bel esprit qu'elle a, Le plus posé, le plus sain, le plus seur, Le plus divin, le plus vif, le plus meur, Qui oncq du ciel en la terre vola. J'en sçay le vray, et si cest esprit là Se laissoit voir avecques sa grandeur, Alors vrayment verroit l'on par...

Sonnet dix de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Je vois bien, ma Dordogne encore humble tu vas : De te montrer Gasconne en France, tu as honte. Si du ruisseau de Sorgue, on fait ores grand conte, Si a-t-il bien été quelquefois aussi bas. Vois-tu le petit Loir comme il hâte le pas ? Comme déjà parmi les plus grands...

Sonnet dix-huit de vingt neuf - Étienne de La Boétie

J’étais près d’encourir pour jamais quelque blâme. De colère échauffé mon courage brûlait, Ma folle voix au gré de ma fureur branlait, Je dépitais les dieux, et encore ma dame. Lorsqu’elle de loin jette un brevet dans ma flamme Je le sentis soudain comme il me...

Ce jourd'huy du Soleil la chaleur alteree - Étienne de La Boétie

Ce jourd'huy du Soleil la chaleur alteree A jauny le long poil de la belle Ceres : Ores il se retire ; et nous gaignons le frais, Ma Marguerite et moy, de la douce seree, Nous traçons dans les bois quelque voye esgaree : Amour marche devant, et nous marchons apres. Si...

Sonnet dix-neuf de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Je tremblais devant elle, et attendais, transi, Pour venger mon forfait quelque juste sentence, À moi-même con(sci)ent du poids de mon offense, Lorsqu’elle me dit, va, je te prends à merci. Que mon los désormais partout soit éclairci : Employe là tes ans : et sans...

Ce n'est pas moy que l'on abuse ainsi - Étienne de La Boétie

Ce n'est pas moy que l'on abuse ainsi : Qu'à quelque enfant, ces ruzes on emploie, Qui n'a nul goust, qui n'entend rien qu'il oye : Je sçay aymer, je sçay hayr aussi. Contente toy de m'avoir jusqu'ici Fermé les yeux ; il est temps que j'y voie, Et que meshui las et...

Puis qu'ainsi sont mes dures destinees - Étienne de La Boétie

Puis qu'ainsi sont mes dures destinees, J'en saouleray, si je puis, mon soucy, Si j'ay du mal, elle le veut aussi : J'accompliray mes peines ordonnees. Nymphes des bois, qui avez, estonnees, De mes douleurs, je croy, quelque mercy, Qu'en pensez-vous ? Puis-je durer...

Sonnet dix-sept de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Si ma raison en moi s’est pu remettre, Si recouvrer asteure je me puis, Si j’ai du sens, si plus homme je suis, Je t’en mercie, ô bienheureuse lettre. Qui m’eût (hélas) qui m’eût su reconnaître Lorsqu’enragé vaincu de mes ennuis, En blasphémant ma dame je poursuis ?...

Sonnet douze de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Quoi ? qu’est-ce ? ô vents, ô nues, ô l’orage ! À point nommé, quand d’elle m’approchant Les bois, les monts, les baisses vois tranchant Sur moi d’aguet vous poussez votre rage. Ores mon cœur s’embrase davantage. Allez, allez faire peur au marchand, Qui dans la mer...

Sonnet huit de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Quand viendra ce jour là, que ton nom au vrai passe Par France, dans mes vers ? Combien et quantes fois S’en empresse mon cœur, s’en démangent mes doigts ? Souvent dans mes écrits de soi-même il prend place. Malgré moi je t’écris, malgré moi je t’efface. Quand Astrée...