Sonnet vingt et un de vingt neuf - Étienne de La Boétie

N’ayez plus mes amis, n’ayez plus cette envie Que je cesse d’aimer, laissez-moi obstiné, Vivre et mourir ainsi, puisqu’il est ordonné, Mon amour c’est le fil, auquel se tient ma vie. Ainsi me dit la fée, ainsi en Æagrie Elle fit Méléagre à l’amour destiné, Et alluma...

Sonnet vingt-cinq de vingt neuf - Étienne de La Boétie

J’ai tant vécu, chétif, en ma langueur, Qu’or j’ai vu rompre, et suis encore en vie, Mon espérance avant mes yeux ravie, Contre l’écueil de sa fière rigueur. Que m’a servi de tant d’ans la longueur ? Elle n’est pas de ma peine assouvie : Elle s’en rit, et n’a point...

Sonnet vingt-deux de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Quand tes yeux conquérants étonné je regarde, J’y vois dedans au clair tout mon espoir écrit, J’y vois dedans amour, lui-même qui me rit, Et me montre mignard le bonheur qu’il me garde. Mais quand de te parler parfois je me hasarde, C’est lors que mon espoir desséché...

Sonnet vingt-huit de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Si contre amour je n’ai autre défense Je m’en plaindrai, mes vers le maudiront, Et après moi les roches rediront Le tort qu’il fait à ma dure constance. Puisque de lui j’endure cette offense. Au moins tout haut, mes rythmes le diront, Et nos neveux, alors qu’ils me...

Sonnet neuf de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ô entre tes beautés, que ta constance est belle. C’est ce cœur assuré, ce courage constant, C’est parmi tes vertus, ce que l’on prise tant : Aussi qu’est-il plus beau, qu’une amitié fidèle ? Or ne charge donc rien de ta sœur infidèle, De Vézère ta sœur : elle va...

Sonnet vingt-neuf de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Jà reluisait la benoîte journée Que la nature au monde te devait, Quand des trésors qu’elle te réservait Sa grande clé, te fut abandonnée. Tu pris la grâce à toi seule ordonnée, Tu pillas tant de beautés qu’elle avait : Tant qu’elle, fière, alors qu’elle te voit En...

Sonnet onze de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Toi qui oys mes soupirs, ne me sois rigoureux Si mes larmes à part toutes miennes je verse, Si mon amour ne suit en sa douleur diverse Du Florentin transi les regrets langoureux, Ni de Catulle aussi, le folâtre amoureux, Qui le cœur de sa dame en chatouillant lui...

Sonnet vingt-quatre de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Or dis-je bien, mon espérance est morte. Or est-ce fait de mon aise et mon bien. Mon mal est clair : maintenant je vois bien, J’ai épousé la douleur que je porte. Tout me court sus, rien ne me réconforte, Tout m’abandonne et d’elle je n’ai rien, Sinon toujours quelque...

Sonnet quatorze de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ô cœur léger, ô courage mal sûr, Penses-tu plus que souffrir je te puisse ? Ô bonté creuse, ô couverte malice, Traître beauté, venimeuse douceur. Tu étais donc toujours sœur de ta sœur ? Et moi trop simple il fallait que j’en fisse L’essai sur moi ? Et que tard...

Sonnet vingt-six de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Puisqu’ainsi sont mes dures destinées, J’en soûlerai, si je puis, mon souci. Si j’ai du mal, elle le veut aussi. J’accomplirai mes peines ordonnées Nymphes des bois qui avez étonnées, De mes douleurs, je crois quelque merci, Qu’en pensez-vous ? puis-je durer ainsi, Si...

Sonnet quatre de vingt neuf - Étienne de La Boétie

C’était alors, quand les chaleurs passées, Le sale Automne aux cuves va foulant, Le raisin gras dessous le pied coulant, Que mes douleurs furent encommencées. Le paisan bat ses gerbes amassées, Et aux caveaux ses bouillants muids roulant, Et des fruitiers son automne...

Sonnet vingt-trois de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ce sont tes yeux tranchants qui me font le courage. Je vois sauter dedans la gaie liberté, Et mon petit archer, qui mène à son côté La belle gaillardise et plaisir le volage. Mais après, la rigueur de ton triste langage Me montre dans ton cœur la fière honnêteté. Et...

Sonnet quinze de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ce n’est pas moi que l’on abuse ainsi : Qu’à quelque enfant ses ruses on emploie, Qui n’a nul goût, qui n’entend rien qu’il oie : Je sais aimer, je sais haïr aussi. Contente-toi de m’avoir jusqu’ici Fermé les yeux, il est temps que j’y voie : Et qu’aujourd’hui, las et...

Sonnet seize de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Oh l’ai-je dit ? Hélas l’ai-je songé ? Ou si pour vrai j’ai dit blasphème-t-elle ? S’a fausse langue, il faut que l’honneur d’elle De moi, par moi, de sur moi, soit vengé. Mon cœur chez toi, ô madame, est logé : Là donne-lui quelque gêne nouvelle : Fais-lui souffrir...

Sonnet sept de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Quand à chanter ton los, parfois je m’aventure, Sans oser ton grand nom, dans mes vers exprimer, Sondant le moins profond de cette large mer, Je tremble de m’y perdre, et aux rives m’assure. Je crains en louant mal, que je te fasse injure. Mais le peuple étonné d’ouïr...

Un Lundy fut le jour de la grande journee - Étienne de La Boétie

Un Lundy fut le jour de la grande journee Que l'Amour me livra : ce jour il fut vainqueur Ce jour il se fit maistre et tyran de mon cœur : Du fil de ce jour pend toute ma destinee. Lors fut à mon tourment ma vie abandonnee, Lors Amour m'asservit à sa folle rigueur....

Sonnet six de vingt neuf - Étienne de La Boétie

Ce dit maint un de moi, de quoi se plaint-il tant, Perdant ses ans meilleurs en chose si légère ? Qu’a-t-il tant à crier, si encore il espère ? Et s’il n’espère rien, pourquoi n’est-il content ? Quand j’étais libre et sain j’en disais bien autant. Mais certes celui-là...

Vous qui aimez encore ne sçavez - Étienne de La Boétie

Vous qui aimez encore ne sçavez, Ores, m'oyant parler de mon Leandre, Ou jamais non, vous y debvez aprendre, Si rien de bon dans le cœur vous avez. Il oza bien, branlant ses bras lavez, Armé d'amour, contre l'eau se deffendre Qui pour tribut la fille voulut prendre,...