Un désir de vivant - Étienne Eggis

I Je rêvais cette nuit A peu près vers minuit Que j’étais étendu mort, au fond d’une tombe, Et que ce froid brouillard qui, des monts, la nuit, tombe, Étendait sur le sol Son brumeux parasol ; II Quelques fleurs désolées Surgissaient isolées Au pied des buissons gris...

Une belle vie - Étienne Eggis

I Voyager ! voyager ! Sur un sol étranger A travers le danger Promener, libre et seul, sa vie aventureuse ; Près des vieux matelots, Écouter les grands flots A côté des îlots Chanter pendant la nuit sous la lune amoureuse. Au fond d’une forêt Dans un vallon secret...

Le cœur humain - Étienne Eggis

De la psycologie un soir prenant la lampe, J’osai, seul, m’avancer jusqu’au bord de la rampe D’où l’on voit tout au fond vivre le cœur humain. Je bondis en arrière à moitié du chemin, Frissonnant, éperdu, pâle, les lèvres blanches, Comme lorsque vers vous viennent les...

Ma fortune - Étienne Eggis

La mer a ses flots et ses perles ; Le ciel a le soleil et Dieu ; Les forets leur mousse et leurs merles, Et mon ange a son grand œil bleu. Moi, rimeur, je n’ai qu’une harpe Pleine d’une vague langueur ; J’ai pour la suspendre une écharpe, Et je la porte sur le cœur....

Naïvetés enfantines - Étienne Eggis

Quand j’avais dix-huit ans je croyais que les grès Qu’un peuple jette aux rois cimentent le progrès ; Je croyais qu’il est beau, sur la place publique, De crier, l’arme au poing : Vive la République ! J’aurais voulu mourir dans ma naïveté Pour la démocratie et pour la...

Si je pleure ? - Étienne Eggis

O mon pâle rêveur ! me disait une femme. Toi dont le cœur est mort dans ton sein déchiré, Et dont l’œil cependant reluit sous tant de flamme, Sceptique de vingt ans, as-tu jamais pleuré ? Hélas ! lui répondis-je, aux faiblesses humaines Je n’ai pu m’arracher encore...

Elle - Étienne Eggis

Elle ! Elle est belle comme une fraîche soirée Sur la blanche montagne où le soleil s’endort ; Quand l’ombre descendante, aux flots d’opale et d’or, Agrafe sur son front son écharpe moirée, Sa voix a la douceur et la suavité D’un chant lointain de harpe entendu sous...

Épilogue - Étienne Eggis

Eh bien ! mon cher lecteur, comment me trouvez-vous ? D’être lu jusqu’au bout me jugez-vous indigne ? Les plus sages, mon Dieu ! sont souvent les plus fous, Et Kant sans déroger peut pêcher à la ligne. Et puis, qui trop pleura, — ceci dit entre nous, — Souvent, faute...

La Vieille romance - Étienne Eggis

Connais-tu la romance Qui fait toujours pleurer, Que le cœur recommence Sans se désespérer ? Carl aimait Madeleine : Il eût baisé ses pas ; Il buvait son haleine : — Elle ne l’aimait pas. Elle aimait un beau pâtre Qui passait sans la voir ; Et souvent, près de l’âtre,...

À Ch. Alexandre - Étienne Eggis

Votre livre paisible est comme ces clairières Où les myosotis rêvent sous les fraisiers ; Où les brises, du jour folles avant-courières, Baignent leurs doux parfums dans les blancs cerisiers ; Où l’on voit au travers des chênes des carrières L’infini resplendir aux...

À Claudia Bachi - Étienne Eggis

Si Dieu venant vers moi sur l’éclair des tempêtes M’emportait, palpitant, sur un mont soucieux, Et donnant à mon œil le regard des prophètes, Me montrait l’univers que reflètent les cieux ; Et qu’il me dît : Vois-tu ces splendeurs que j’ai faites Combleront à ma voix...

À madame … - Étienne Eggis

Comme Dieu dans le sein des mers mystérieuses A dérobé la perle aux yeux des matelots, J’ai, dans mon âme, loin des foules curieuses, Enfoui mon amour et caché mes sanglots. Oh ! de mon cœur blessé le douloureux mystère, Madame, à vos regards restera toujours clos ;...

À Satan - Étienne Eggis

Ange terrible et fier, j’aime ta hauteur sombre ! Tu fus plus grand que Dieu, car tu le combattis ; Ton pas fit vaciller comme un vaisseau qui sombre Sur leurs axes nouveaux les cieux dont tu sortis. Le soleil s’éteignit en passant dans ton ombre, l’éternité trembla....