A sa Muse - Étienne Jodelle

Tu sçais, o vaine Muse, o Muse solitaire Maintenant avec moy, que ton chant qui n'a rien De vulgaire, ne plaist non plus qu'un chant vulgaire. Tu sçais que plus je suis prodigue de ton bien Pour enrichir des grans l'ingrate renommée Et plus je perds le tems, ton...

J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace - Étienne Jodelle

J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace N'effacent la verdeur en tout victorieuse, Monstrant l'eternité à jamais bien heureuse Que le temps, ny la mort ne change ny efface. J'aime du hous aussi la toujours verte face, Les poignans eguillons de sa fueille...

Si quelqu'un veut savoir qui me lie et enflamme - Étienne Jodelle

Si quelqu'un veut savoir qui me lie et enflamme, Qui esclave a rendu ma franche liberté, Et qui m'a asservi, c'est l'exquise beauté, D'une que jour et nuit j'invoque et je réclame. C'est Le feu, c'est Le nœud, qui lie ainsi mon âme, Qui embrase mon cœur, et le tient...

Je m'étoy retiré du peuple, et solitaire - Étienne Jodelle

Je m'étoy retiré du peuple, et solitaire Je tachoy tous les jours de jouir sainctement Des celestes vertus, que jadis justement Jupiter retira des yeux du populaire. Ja les unes venoyent devers moy se retraire, Les autres j'appelloy de moment en moment Quand l'amour...

Vous, ô Dieux, qui à vous presque égalé m'avez - Étienne Jodelle

Vous, ô Dieux, qui à vous presque égalé m'avez, Et qu'on feint comme moy serfs de la Cyprienne : Et vous doctes amans, qui d'ardeur Delienne Vivans par mille morts vos ardeurs écrivez : Vous esprits que la mort n'a point d'amour privez, Et qui encor au frais de nombre...

Je meure si jamais j'adore plus tes yeux - Étienne Jodelle

Je meure si jamais j'adore plus tes yeux, Cruelle dédaigneuse, et superbe Maistresse, Si jamais plus, menteur, je fais une Déesse D'un subject ennemy de ce qui l'ayme mieux. C'est moy qui t'ay logée au plus haut lieu des Cieux, Déguisant ton Esté d'une fleur de...

Je vivois mais je meurs, et mon cour gouverneur - Étienne Jodelle

Je vivois mais je meurs, et mon cœur gouverneur De ces membres, se loge autre part : je te prie Si tu veux que j'acheve en ce monde ma vie, Rend le moy, ou me rens au lieu de luy ton cœur. Ainsi tu me rendras à moy-mesme, et tel heur Te rendra mesme à toy : ainsi...

Amour vomit sur moy sa fureur et sa rage - Étienne Jodelle

Amour vomit sur moy sa fureur et sa rage, Ayant un jour du front son bandeau délié, Voyant que ne m'estois sous luy humilié, Et que ne luy avois encores fait hommage : Il me saisit au corps, et en cest avantage M'a les pieds et les mains garroté et lié : De l'or de...

Myrrhe bruloit jadis d'une flamme enragée - Étienne Jodelle

Myrrhe bruloit jadis d'une flamme enragée, Osant souiller au lict la place maternelle Scylle jadis tondant la teste paternelle, Avoit bien l'amour vraye en trahison changée. Arachne ayant des Arts la Deesse outragée, Enfloit bien son gros fiel d'une fierté rebelle :...

Combien de fois mes vers ont-ils doré - Étienne Jodelle

Combien de fois mes vers ont-ils doré Ces cheveux noirs dignes d'une Meduse ? Combien de fois ce teint noir qui m'amuse, Ay-je de lis et roses coloré ? Combien ce front de rides labouré Ay-je applani ? et quel a fait ma Muse Ce gros sourcil, où folle elle s'abuse,...

Ô Toy qui as et pour mere et pour pere - Étienne Jodelle

Ô Toy qui as et pour mere et pour pere, De Jupiter le sainct chef, et qui fais Quand il te plaist, et la guerre et la paix, Si je suis tien, si seul je te revere, Et si pour toy je depite la mere Du faux Amour, qui de feux, et de traits De paix, de guerre, et...

Comme un qui s'est perdu dans la forest profonde - Étienne Jodelle

Comme un qui s'est perdu dans la forest profonde Loing de chemin, d'orée et d'adresse, et de gens : Comme un qui en la mer grosse d'horribles vens, Se voit presque engloutir des grans vagues de l'onde : Comme un qui erre aux champs, lors que la nuict au monde Ravit...

Ô traistres vers, trop traistre contre moy - Étienne Jodelle

Ô traistres vers, trop traistres contre moy, Qui souffle en vous une immortelle vie, Vous m'apastez et croissez mon envie, Me déguisant tout ce que j'apperçoy. Je ne voy rien dedans elle pourquoy A l'aimer tant ma rage me convie : Mais nonobstant ma pauvre ame...

De quel soleil, Diane, empruntes-tu tes traits - Étienne Jodelle

De quel soleil, Diane, empruntes-tu tes traits, La flamme, la clarté de ta face divine ? Le haut Amour, grand feu du monde où il domine, Luit sur toi, puis sur nous luire ainsi tu te fais. Pour toi les beaux pensers, les paroles, les faits Il crée en nous par toi, ni...

Ou soit que la clairté du soleil radieux - Étienne Jodelle

Ou soit que la clairté du soleil radieux Reluise dessus nous, ou soit que la nuict sombre Luy efface son jour, et de son obscur ombre Renoircisse le rond de la voulte des cieux : Ou soit que le dormir s'escoule dans mes yeux, Soit que de mes malheurs je recherche le...

Des astres, des forêts, et d'Achéron l'honneur - Étienne Jodelle

Des astres, des forêts, et d'Achéron l'honneur, Diane au monde haut, moyen et bas préside, Et ses chevaux, ses chiens, ses Euménides guide, Pour éclairer, chasser, donner mort et horreur. Tel est le lustre grand, la chasse et la frayeur Qu'on sent sous ta beauté...

Dès que ce Dieu soubs qui la lourde masse - Étienne Jodelle

Dès que ce Dieu soubs qui la lourde masse, De ce grand Tout brouillé s'écartela, Les cieux plus hauts clairement étoila, Et d'animaulx remplit la terre basse : Et dès que l'homme au portrait de sa face Heureusement sur la terre il moula, Duquel l'esprit presqu'au sien...

Passant dernierement des Alpes au travers - Étienne Jodelle

Passant dernièrement des Alpes au travers (J'entens ces Alpes haults, dont les roches cornues Paroissent en hauteur outrepasser les nues) Lors qu'ils estoient encor' de neige tous couvers, J'apperçeus deux effects estrangement divers, Et choses que je croy jamais...

Des trois sortes d'aimer la première exprimée - Étienne Jodelle

Des trois sortes d'aimer la première exprimée En ceci c'est l'instinct, qui peut le plus mouvoir L'homme envers l'homme, alors que d'un hautain devoir La propre vie est moins qu'une autre vie aimée. L'autre moindre, et plus fort toutefois enflammée, C'est l'amour que...

Plutôt la mort me vienne dévorer - Étienne Jodelle

Plutôt la mort me vienne dévorer, Et engloutir dans l'abîme profonde Du gouffre obscur de l'oblivieuse onde, Qu'autre que toi, l'on me voit adorer. Mon bracelet, je te veux honorer Comme mon plus précieux en ce monde : Aussi viens-tu d'une perruque blonde, Qui...

En quelle nuit, de ma lance d'ivoire - Étienne Jodelle

En quelle nuit, de ma lance d'ivoire, Au mousse bout d'un corail rougissant, Pourrai-je ouvrir ce boutin languissant, En la saison de sa plus grande gloire ? Quand verserai-je, au bout de ma victoire, Dedans sa fleur le cristal blanchissant, Donnant couleur à son...

Quand ton nom je veux faire aux effets rencontrer - Étienne Jodelle

Quand ton nom je veux faire aux effets rencontrer De la sœur de Phébus, qui chaste, et chasseresse Est tant au ciel qu'en terre, et aux enfers Déesse, Elle fort dissemblable à toi se vient montrer. Diane les chiens mène, et aux pans fait entrer Ses cerfs : tu peux...

En tous maux que peut faire un amoureux orage - Étienne Jodelle

En tous maux que peut faire un amoureux orage Pleuvoir dessus ma tête, il me plaît d'assurer Et séréner mon front, et sans deuil mesurer De l'âme l'allégresse à celle du visage. Ta fille tendrelette admirable en cet âge Où elle tette encor, vient tes coups endurer Sur...

Encor que toi, Diane, à Diane tu sois - Étienne Jodelle

Encor que toi, Diane, à Diane tu sois Pareille en traits, en grâce, en majesté céleste, En cœur, et haut, et chaste, et presqu'en tout le reste Fors qu'en l'austérité des virginales lois, La riche et rare fleur, qu'en tout ton corps tu vois, Ton enbonpoint, ta grâce,...