Vieille maison à démolir - Eugène Pottier

Voyez ce bâtiment doré, Des badauds si fort admiré, Mais de solidité factice. Cave tassant, gros mur fendu, L’étayer serait temps perdu. Cette propriété Croule de vétusté, Il est temps qu’on la démolisse ! Un banquier loge à l’entresol : Là, de l’industrie et du sol,...

Types perdus - Eugène Pottier

Grande lessive et la terre en sort vierge, Et la science y pose ses fanaux ; Plus de soldats, partant plus d’arsenaux ; Plus de César ; tout consent, tout converge ; Plus de pédants, on a brûlé la verge ; D’Église, point ; papes et cardinaux Se sont éteints avec le...

Tuer l’ennui ! - Eugène Pottier

La fabrique est sale et morose, L’air infect et la vitre en deuil ; J’y fais toujours la même chose, J’y tourne comme l’écureuil. Aussi j’ai du plomb dans la veine, Je me rouille dans mon étui. La ribotte a bu ma quinzaine. Que voulez-vous ? Il faut tuer l’ennui ! Oh...

Sentier des bois - Eugène Pottier

Comme un ruban jaune étendu Sous ta voûte de calme et d’ombre, Petit sentier, dans le bois sombre, Tu vas indécis et perdu. Cerveau malade, âme ravie, Entre la ronce et l’églantier, Je vais comme toi dans la vie... Où mènes-tu, petit sentier ? Je vais au frais sans...

Révolution sociale - Eugène Pottier

Voyant ce colosse apparaître, Les gros bonnets, les parvenus, Les empanachés et le prêtre Tremblent tous ; les temps sont venus ! L’œil plein d’éclairs et les bras nus, Le travail n’agit pas en traître : Il opère en chiffres connus Et va s’organiser sans maître ! Il...

Ne dérangeons pas le monde - Eugène Pottier

Utopistes que nous sommes, Comme on doit nous trouver fous ! Vouloir le bonheur des hommes Mais de quoi nous mêlons-nous ? Mieux vaut chanter à la ronde Et boire à plein gobelet ; Ne dérangeons pas le monde, Laissons chacun comme il est ! Leur logique m’exaspère. Ils...

Marguerite - Eugène Pottier

Marguerite a cinq ans et n’est pas baptisée, La petite païenne ! Elle a le gai réveil Des oiseaux gazouillant : Bonjour, mon beau soleil ! Et lui pose un baiser sur sa lèvre rosée. C’est toute sa prière. Est-il Credo pareil ? Elle admire le ciel, la flamme et la rosée...

Le Défilé de l’Empire - Eugène Pottier

Cloches et canons... c’est fête ! Un brouillard couvre Paris. Des ombres, musique en tête, S’estompent sur ce fond gris. Quel long cortège fossile, Invalides et vieillards, C’est l’Empire qui défile, Défile dans les brouillards ! Vieille et pieuse réclame ! Le vieux...

Mangin - Eugène Pottier

Jadis Mangin, froid, sous son casque, Crossait les badauds de Paris ; J’aimais son boniment fantasque, J’aimais l’orgue de Vert-de-Gris. J’aime à Notre-Dame, en carême, Un prédicateur virulent ; Certes, son orgue est plus ronflant, Mais son boniment, c’est le même ! «...

L’Internationale - Eugène Pottier

C’est la lutte finale : Groupons-nous, et demain, L’Internationale Sera le genre humain Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère : C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout...

Les Bêtes féroces - Eugène Pottier

Je vis à l’Hippodrome un dompteur et son fauve, C’était un lion roux, l’œil injecté de sang, Sa gueule rouge ouvrait un antre menaçant : Le dompteur reposait sa tête en cette alcôve. Je vis à la tribune un monsieur bien pensant, Sénateur, marguillier, propriétaire et...

Le Politicien - Eugène Pottier

Rédigeons : la phrase est utile. Les journaux sont des marchepieds. A fond de train poussons le style ; Qu’il fasse feu des quatre pieds ! Forçons la note, enflons la gamme ! Promettons, ― sans nous enferrer, ― Troussons galamment le programme : Tout vient à qui sait...

Le Moblot - Eugène Pottier

Jeunesse héroïque Arme ton flingot Pour la République En avant, Moblot ! Le maire et le garde-champêtre Disaient Les rouges sont des loups Doux moutons, ne songez qu'à paître Notre berger veille sur nous Notre berger n'était qu'un lâche Le vieux Judas nous a trahis La...

31 octobre - Eugène Pottier

Le peuple sent qu’il est trahi, C’est trop aboyer à la lune. L’Hôtel de Ville est envahi, Paris, proclame ta Commune ! A-t-on pris à Sainte-Périne Tous ces dictateurs impotents ? Leur ton dolent, leur voix chagrine, Déconcertent les combattants. On les voit, quand la...

La Toile d’araignée - Eugène Pottier

De sa rosace immense encombrant le ciel bleu, Il est un monstre amorphe, intangible et farouche ; Ce cauchemar du vide affole ce qu’il touche Et répand un venin qui met la terre en feu. Ce parasite ignore et le temps et le lieu, Rend l’univers bancal et la nature...

La Terreur blanche - Eugène Pottier

Messieurs les conservateurs, Vous le grand parti de l’Ordre, Procédons, plus de lenteur ! L’hydre peut encor nous mordre. On a pris Paris et huit jours durant Par la mitrailleuse on sut faire grand, Taper dans le tas, c’était à se tordre, Mais fallait finir comme on...

La Sainte Trinité - Eugène Pottier

Primo Religion : la vieille grimacière Qui vous la fait, jobards, au dogme, au sacrement, Qui tient l’homme à genoux en l’appelant : Poussière Et vous vend du miracle en sachant qu’elle ment. Propriété : ― Mais moi, mobilière ou foncière Je proviens du travail ! ―...

La Charogne - Eugène Pottier

Je vis une charogne abjecte, Foyer de miasmes corrompus, Empire normal de l’insecte, Tas fourmillant de vers repus. Chacun d’eux se gorgeait de pus Comme un viveur qui se délecte. Fourche en main, du mieux que je pus, J’éloignai cette masse infecte. Mais alors, dans...

Juin 1848 - Eugène Pottier

Il faut mourir ! mourons ! c’est notre faute ! Courbons la tête et croisons-nous les bras ! Notre salaire est la vie, on nous l’ôte, Nous n’avons plus droit de vivre ici-bas ! Allons-nous-en ! mourons de bonne grâce, Nous gênons ceux qui peuvent se nourrir. A ce...

Entretenus à nos frais - Eugène Pottier

Tous ces bonshommes-là, c’est autant d’escarcelles. À remplir, travailleurs ! Dans leur instinct de sacs, Ils ont horreur du vide, et nous payons leurs fracs, Leurs gants, leurs bain-de-mer, leurs catins et leurs selles. Dans la corruption plongés jusqu’aux aisselles,...