Les Cerises - Francis Jammes

Le banc serait de lierre et de pierre effritée. Auprès du vieux parterre où de tristes ricins Ombrageraient la poule et ses petits poussins Je vous dorloterais, ô mon enfant gâtée. Les roses cerisiers à l'écorce argentée, Dont les fruits sont pareils aux coraux...

Menuet - Francis Jammes

À M. A. Planté. Les violes grincent, Et les clavecins. Dans le salon bleu, les marquis très minces, Les clames nu-seins, Avec des roideurs de marionnettes Muettes Font un menuet Muet. Ô têtes poudrées ! Les larges yeux noirs, Près du foyer clair aux larges flambées,...

La Fièvre - Francis Jammes

Les genêts luisent dans la lande désolée ; Sur l'ocre des coteaux la bruyère est de sang : Mais tu ne peux guérir mon cœur triste où descend Le souvenir de ma pauvre enfance en allée. Viens : elle est d'émeraude et d'argent la vallée ; Douce comme ta voix, l'eau...

La Prière - Francis Jammes

Mon rêve est simple : il est trop simple, ô mon enfant, Peut-être, pour que toi qui m'aimes, le comprennes, — Car les rêves qu'on fait au couvent sont de reines Qui siègent près de rois dont l'air est triomphant. — Le soir, auprès du feu, quand il ferait du vent Et...

Le Bon Chien - Francis Jammes

Toi, lasse en ton printemps de n'avoir pas aimé, Gamine au doux profil de vierge du Corrège. Tu pleures la saison des amandiers en neige Et les lilas légers du pâle mois de mai. Ô fillette ! Jamais un ami n'a fermé Sur toi, petit oiseau, ses deux bras comme un piège ?...

Les Bouquins - Francis Jammes

Tu me vois quelquefois triste, énervé, grincheux, — Quand j'ai fumé surtout mes pipes allemandes En travaillant longtemps — alors, tu me demandes D'où vient l'expression si dure de mes yeux. Tu me dis que mes grands bouquins sont ennuyeux Comme les pins et leurs...

Tu seras nue… - Francis Jammes

Tu seras nue dans le salon aux vieilles choses, fine comme un fuseau de roseau de lumière, et, les jambes croisées, auprès du feu rose, tu écouteras l'hiver. À tes pieds, je prendrai dans mes bras tes genoux. Tu souriras, plus gracieuse qu'une branche d'osier, et,...

Tu t'ennuies… - Francis Jammes

Tu t'ennuies ? — — Elle dure cette pluie qui est dure. Je prends ma pipe en glaise que j'allume à une braise. Tu es loin et tu penses dans un coin aux vacances. Les pavés par la pluie sont lavés. Je m'ennuie. Aux carreaux blancs, j'écoute tomber l'eau froide en...

Tu viendras… - Francis Jammes

Tu viendras lorsque les bruyères au soleil près des routes qui se fendent ont des abeilles. Tu viendras en riant avec ta bouche rouge comme les fleurs des grenadiers et des farouches. Tu lui diras que tu l'aimes depuis longtemps, mais en lui refusant ton baiser en...

Un jeune homme… - Francis Jammes

À Gustave Kahn. Un jeune homme qui a beaucoup souffert traverse la place du hameau vert. La chaleur est immense. Il passe devant l'auberge et une modeste grille où s'entortillent des roses et de la vigne. La douce hirondelle poursuit les guêpes dans le silence. C'est...

Vieille maison… - Francis Jammes

À Odilon Redon Neige endolorissante et morne, tu déroules Ta nappe liliale au toit cher que je sais, Neige endolorissante, ô neige qui t'écroules ! Et la maison vieillote aux carreaux verts cassés A des airs de jeunesse et de pâle frileuse Et ne se souvient plus des...

Vieille marine… - Francis Jammes

Vieille marine. Enseigne noir galonné d'or qui allais observer le passage de Vénus et qui mettais la fille du planteur nue, dans l'habitation basse, par les nuits chaudes. C'était d'une langueur, c'était d'une tiédeur de fleurs blanches qui, près de vasières, meurent....

Silence… - Francis Jammes

À Albert Samain. Silence. Puis une hirondelle sur un contrevent fait un bruit d'azur dans l'air frais et bleuissant, toute seule. Puis deux sabots traînassent dans la rue. La campagne est pâle, mais au ciel gris qui remue on voit déjà le bleu qui chauffera le jour. Je...

Ta figure douce… - Francis Jammes

Ta figure douce souffrait. Tes larmes que j'ai avalées, petite amie, étaient salées comme une herbe de marée. Elles m'ont mordu la langue… Tu t'en allais tristement prendre l'omnibus lourd et lent, en pleurant que je m'en aille ; et ta bouche sur ma bouche, ta tête...

Tape le linge… - Francis Jammes

Tape le linge dans l'eau claire. Tes bras qui ont des fossettes sont beaux. — Tes jambes tu les serres. Tu es la laveuse. Tu jettes Dans l'eau le linge dur et sale des paysans aux douces têtes. Et puis ensuite tu l'étales à des ficelles dans les cours qui sont près de...

Tu écrivais… - Francis Jammes

Tu écrivais que tu chassais des ramiers dans les bois de la Goyave, et le médecin qui te soignait écrivait, peu avant ta mort, sur ta vie grave. Il vit, disait-il, en Caraïbe, dans ses bois. Tu es le père de mon père. Ta vieille correspondance est dans mon tiroir et...

Tu rirais… - Francis Jammes

Tu rirais d'un pauvre diable qui t'aimerait et cependant tu pourrais devenir la chienne d'un homme qui ne t'aimerait pas et rirait. Crois-moi : préfère le pauvre diable sans haine qui serait pour toi très complaisant et très doux. Puis, qu'est-ce qui te dit que, comme...

Que je t'aime… - Francis Jammes

Que je t'aime, ô amie, toi qui as dans le sang le sang de tes parentes qui vinrent d'Orient. Tu es pareille à celles qui, dans le Sud, dansent, avec de petits mouchoirs, au son des flûtes. Ô ma petite amie, quand tu as été en chemise, l'autre jour, ta chair dure et...

Septembre - Francis Jammes

À Paul Claudel. Le mois de Septembre, expliquent les savants qui ont des bonnets carrés pour voir s'il fait du vent, est soumis au régime de la Balance. À cette époque, les bateaux sur la mer dansent furieusement. Les livres parlent d'équinoxe. J'en ai même vu un où...

Si tu pouvais… - Francis Jammes

Si tu pouvais savoir toute la tristesse qui est au fond de mon cœur, tu la comparerais aux larmes d'une pauvre mère bien malade, à la figure usée, creuse, torturée et pâle, pauvre mère qui sent qu'elle va bientôt mourir et qui déplie pour son enfant le plus petit,...

Les pâturages… - Francis Jammes

Les pâturages, au bord des eaux, sont épais. La pluie lourde a couché les blés trempés, et les feuilles des berges sont très vertes, excepté que les saules sont en cendre légère. Les foins, comme des ruches, sont dressés. Les coteaux sont si doux qu'ils semblent...

Les villages… - Francis Jammes

À Madame Jeanne Charles Lacoste. Les villages brillent au soleil dans les plaines, pleins de clochers, de rivières, d'auberges noires, au soleil ou sous la pluie grise ou dans la neige avec des cris aigus de coqs, avec des blés, avec des chars qui vont lentement aux...

Oh ! ce parfum… - Francis Jammes

Oh ! ce parfum d'enfance dans la prairie trempée d'eau et d'azur, parfum de pieuse jonchée de joncs-fleuris sous les pas de processions des hameaux noirs, parfum de fougère écrasée au soir d'un jour torride, quand les inflexions des chants ne peuvent pas mourir et que...

On m'éreinte… - Francis Jammes

À Raymond Bonheur. On m'éreinte dans le Musée des familles, moi qui chante les anciens magazines et les rires charmants des jeunes filles qui le lisaient à l'ombre des charmilles. Une d'elles, rêveuse, et ses yeux bleus au ciel, le coude à son genou et la main au...

Pour son mariage - Francis Jammes

À A. G. Dans le petit jardin d'amour de votre vie, avec vos lauriers doux faites une tonnelle où vous reposerez pareil à l'air, et elle comme l'eau de cet air que l'on voit dans le puits. La campagne prie pour vous sa naïveté. Nous vivons orgueilleux loin des choses...

Les dimanches… - Francis Jammes

Les dimanches, les bois sont aux vêpres. Dansera-t-on sous les hêtres ? Je ne sais… Qu'est-ce que je sais ? Une feuille tombe de la croisée… C'est tout ce que je sais. . L'église. On chante. Une poule. La paysanne a chanté, c'est la fête. Le vent dans l'azur se roule....

Les grues… - Francis Jammes

À Pierre Loti Les grues sont passées dans le ciel gris et leurs longues lignes filaient en grinçant, cris de neige et d'ombre ; c'est la saison où l'on va pour orner les tombes. Les misérables, les aveugles mendieront avec leurs mains rouges et luisantes. Ils iront...

Le pauvre chien… - Francis Jammes

Le pauvre chien a peur, il marche dans la neige et s'arrête. Les enfants lui crient : allez couchéééé ! Le ciel est en argent, en ombre, en cendre, et l'on n'entend pas les pas taper la rue sourde et froide sans son. Une laitière passe et, pour ne pas tomber, tremble....

Le pauvre Pion - Francis Jammes

Le pauvre pion doux si sale m'a dit : j'ai Bien mal aux yeux et le bras droit paralysé. Bien sûr que le pauvre diable n'a pas de mère Pour le consoler doucement de sa misère. Il vit comme cela, pion dans une boîte, Et passe parfois sur son front froid sa main moite....

Le paysan… - Francis Jammes

Le paysan, le soir, vient de la foire et toutes ses brebis marchent avec lui le long des routes. Il y a des veaux qui ne veulent pas marcher et il est obligé, pour les faire avancer, de les tirer par le cou avec une corde. Mais les veaux aux museaux blancs et morveux...

Le vent triste… - Francis Jammes

À Henri Ghéon. Le vent triste souffle dans le parc, comme dans un livre que je lus enfant, où une écolière perdue était hagarde. Le vent. Il va casser, peut-être, le tulipier. Il fait voir le dessous des feuilles blanc du vernis du Japon qu'il semble essuyer, Le vent....

Le vieux village - Francis Jammes

À André Gide. Le vieux village était rempli de roses et je marchais dans la grande chaleur et puis ensuite dans la grande froideur de vieux chemins où les feuilles s'endorment. Puis je longeai un mur long et usé ; c'était un parc où étaient de grands arbres, et je...

Les badauds… - Francis Jammes

Les badauds faisaient des expériences où l'on voyait la foule en pantalons courts. On tirait des étincelles avec ignorance et on risquait d'être foudroyé du coup. On montait des ballons ornés comme un théâtre. Ils n'allaient pas bien et on se tuait. Les frères...