Sarah la marinière. - François-Marie Robert-Dutertre

A Venise, un grand seigneur A Sarah la marinière Offrit, pour toucher son cœur, Une fortune princière ; Mais en vain il soupira... J'aime mieux, lui dit la belle, Mes filets et ma nacelle ; Non, vous n'aurez pas Sarah. D'Égypte, le vice roi En passant dans sa tartane...

Le non possumus. - François-Marie Robert-Dutertre

Pourquoi semer sur notre route Tant de vains dogmes affligeants ? L'amour s'enfuit sans qu'on s'en doute, Lorsqu'il voit venir les vieux ans. On chante une fois la romance Qui fait battre deux cœurs émus ; Mais si femme dit : Recommence, On lui répond : Non possumus....

Tolérance et Charité. - François-Marie Robert-Dutertre

Frères, j'ai fait déjà deux fois le tour du monde ; J'ai coudoyé partout la foule des abus, Aux abîmes profonds quand j'ai jeté la sonde, Le vice a dépassé le nombre des vertus. Le mal porte en tous lieux sa semence féconde, Sous nos pieds aussi bien qu'aux lointaines...

Le papillon et la jeune fille. - François-Marie Robert-Dutertre

La jeune fille : Beau papillon qui viens à ma fenêtre Te réjouir sur le sein de mes fleurs, Petit coquet, tu les trahis peut-être, Car à chaque aube on les voit tout en pleurs ; Si je savais que tu fusses volage Après avoir ravi leur doux trésor, Beau papillon, pour...

Toujours. - François-Marie Robert-Dutertre

Qui fait naître en mon cœur ces douces harmonies ? Qui charme ainsi mes sens ? Quels propices génies M'enlèvent de la terre aux plaines infinies Où je découvre un nouveau ciel ? Les airs ont plus d'azur, l'aurore est plus vermeille, La brise a des soupirs plus doux à...

Le printemps. - François-Marie Robert-Dutertre

Gentils oiseaux, venez à ma fenêtre, Ce blanc duvet est pour vos petits nids ; Je sens aussi que le printemps va naître, Mon cœur ému s'épanche au sein des nuits. Les fleurs déjà dégagent leurs corolles, Leur corset vert ne craint plus les autans ; Voici les jours des...

Tous deux. - François-Marie Robert-Dutertre

Tous deux, pour nos amours invoquons le mystère, Cachons à tous les yeux nos entretiens si doux ; Car l'amour, vois-tu bien, c'est la fleur solitaire, C'est l'oiseau qui s'enfuit au regard des jaloux. Tous deux, quand le printemps ornera les prairies, Pour mieux nous...

Le rêve. - François-Marie Robert-Dutertre

C'était l'heure où d'aimables fées Apportent dans leurs blanches mains Riches colliers, brillants trophées Au triste séjour des humains ; C'était l'heure où, plus amoureuses, Murmurant des mots nonchalants, Les odalisques langoureuses Fleurent d'ennui sur leurs bras...

Une mère. - François-Marie Robert-Dutertre

Dors, blonde enfant à la bouche vermeille, Dors au refrain de mes tendres chansons ; Pour mieux te plaire et charmer ton oreille Languissamment j'affaiblis mes doux sons. Mais quand ta voix pourra dire : Ma mère ! Quand tu courras sur les gazons en fleur ; Ces jours...

Les bohèmes. - François-Marie Robert-Dutertre

Pour quelle faute originelle, Bohèmes qui tendez les mains, Allez-vous ainsi, sans semelle, De vos pieds user les chemins. Nous, nous rêvons une industrie Pour les enfants qui nous sont nés ; Mais à l'orgue de barbarie Les vôtres sont prédestinés. La manivelle avec...

Les moments heureux. - François-Marie Robert-Dutertre

Le bonheur, j'imagine, C'est d'être à carnaval Pressant la taille fine D'une danseuse au bal, Danseuse jamais lasse Qui toujours avec grâce Tourne, bondit et passe Les yeux étincelants, Le sein tremblant de joie Dans un corset de soie, Qui s'ouvre et se reploie...

Les poètes. - François-Marie Robert-Dutertre

Ce qu'il nous faut, à nous, pauvres poètes, Tribu rebelle à tout joug détesté, C'est une lyre avec des chansonnettes, C'est le soleil avec la liberté. Alors qu'on voit tant de larmes amères Tremper le sol de cette humanité, Nous voyageons au pays des chimères : Pour...

Les regrets d'une coquette. - François-Marie Robert-Dutertre

Adieu beauté, parure du jeune âge, Bientôt l'hiver va neiger sur mon front ; La main du temps qui ride mon visage, Chaque matin me réserve un affront : De noirs cheveux j'ai beau parer ma tête, Orner mon cou de riches diamants, J'ai vu ce soir ma dernière conquête...

Le vin. - François-Marie Robert-Dutertre

Jeunes et vieux, si vous êtes moroses J'ai le secret de rendre la gaité ; Si vous voulez voir refleurir les roses De votre teint, signe de la santé, Mieux qu'un docteur aux savantes formules Qui vous prescrit tisanes et pilules, Par la vertu de ma rouge liqueur Je...

L'exilé. - François-Marie Robert-Dutertre

Dans le ciel bleu l'étoile blanche, Pur diamant, Au sein des nuits parle et s'épanche Au firmament ; La brise fait sa confidence Au clair ruisseau, Et l'humble fleur dit sa souffrance A l'arbrisseau. L'astre des nuits à la colline Parle tout bas, Et sous ses pleurs...

L'hiver. - François-Marie Robert-Dutertre

Plus de belle campagne, Plus de feuillage vert, L'enfant de la montagne, Hirondelle d'hiver, Chante en la cheminée Où naguère a chanté, Aux beaux jours de l'année, L'hirondelle d'été. Et sur les promenades Plus de charmants bouquets, Plus de douces œillades, De...

L'Italie. - François-Marie Robert-Dutertre

Un arc-en-ciel brille à votre horizon, Italiens, vétérans dans la gloire ; D'un autre empire et d'un autre renom Vous pourrez donc illustrer votre histoire. Sapez tout joug de vos robustes mains ; Et vous surtout, triomphateurs Romains, Ne prenant plus pour égide une...

Mélancolie. - François-Marie Robert-Dutertre

Déesse au front pensif, amante des charmilles,Des sentiers ignorés et des grands bois épais,Qui te plais à troubler l'âme des jeunes fillesDans leur plus doux pensers d'innocence et de paix ; Qui près des noirs cyprès et des blancs mausolées,Viens visiter les morts...

Pourquoi ne pas aimer ! - François-Marie Robert-Dutertre

Pourquoi ne pas aimer lorsqu'on est jeune et belle, Qu'on a la joue en fleur et que sous son corset, Où le sein devient fort à rompre le lacet, On aperçoit éclore en leur nid de dentelle Mille petits amours qui, du bout de leur aile, Lutinent le désir qui s'éveille en...

Rêve et réalité. - François-Marie Robert-Dutertre

Les champs, les lacs et les vallées Isolées Furent longtemps les seuls amours De mes jours. Il semblait que des voix mystiques, Sympathiques, Tout bas répondaient à ma voix Dans les bois. J'allais sous une grotte sombre Chercher l'ombre, Laissant flotter âme et regard...

Espérons que cela finira. - François-Marie Robert-Dutertre

Ce que l'on voit dans le temps où nous sommes Ne peut manquer d'attrister le regard. Tels nains grandis pensent être des hommes, Et tout est faux en ce siècle bâtard. La courtisane, après la quarantaine, Dit que jamais sa vertu ne sombra ; Les faux-dévots se comptent...

Le mois de mai. - François-Marie Robert-Dutertre

Lorsqu'Éole a, dans leur caverne, Renfermé les tristes autans, Quand l'oiseau qui chez nous hiverne S'en va regagner ses étangs, Ô doux printemps, ta jeune épouse, En souriant à tes amours, Pour tes pieds nus sur la pelouse Tisse un vert tapis de velours Le cerf en...

Graziella. - François-Marie Robert-Dutertre

Elle croyait, hélas ! pauvre enfant du rivage, Pouvoir suivre en son vol et ses brûlants essors, L'âme de Lamartine, alors que sur la plage Il préludait près d'elle à ses premiers accords. Vierge et Napolitaine, à ces chants d'harmonie Son amour s'enflamma ; Mais pour...

La belle Espagnole. - François-Marie Robert-Dutertre

La belle qui fait mon supplice A l'œil mutin, plein de malice, Et son bras nu vaut un trésor ; On voit qu'elle fut, en Espagne, Bercée aux vents de la montagne, Sous les baisers d'un soleil d'or. Sa taille est plus fine et gentille Qu'on n'en vit jamais en Castille ;...

La belle orgueilleuse. - François-Marie Robert-Dutertre

Chacun de vos attraits vaut une sérénade ; Votre bouche semble être une rouge grenade, Où quiconque vous voit, voudrait pouvoir poser Avec un mot d'amour un doux et chaud baiser. Vos yeux brillants et purs, feu sacré de vestale, Sont deux miroirs charmants où le ciel...

La jeune Arménienne. - François-Marie Robert-Dutertre

Veux-tu, jeune étranger, habiter nos rivages ? Veux-tu fixer tes pas sous ce ciel radieux ? Viens là-bas avec moi sous ces palmiers sauvages, Viens, je révélerai mes charmes à tes yeux. Sais-tu ce qu'est l'amour aux climats de l'Asie ? C'est un hymne sans fin sur la...

L'âme rêvée. - François-Marie Robert-Dutertre

Il est une âme enfin que comprend et devine Mon âme ranimée, échappant aux ennuis ; Car mes regards ont vu cette femme divine Que j'avais tant rêvée en mes plus belles nuits. Petits oiseaux, venez près d'elle Et par vos chants et vos baisers, Par vos doux...

L'amour du pays. - François-Marie Robert-Dutertre

Pays natal, par quels secrets liens A tout jamais s'attache à toi notre âme ? Fils de la plaine ou francs Tyroliens, Pour nos foyers même amour nous enflamme. Magiques reflets Gardés du jeune âge, On voit des chalets Au fond d'un mirage : Car les souvenirs sont autant...

La muse chansonnière. - François-Marie Robert-Dutertre

On me voit, courant les pieds nus, Rire avec les premiers venus ; D'autres fois en mules de soie Aux palais j'apporte la joie ; Car du même pas empressé Je visite hôtel et chaumière ; Je suis la muse Chansonnière Au jupon un peu retroussé. Je ne porte point le peplum...

L'ange envolé. - François-Marie Robert-Dutertre

Mon ange a reployé ses ailes Et dort glacé sous un linceul ; Coulez, ô larmes éternelles, Car ici-bas je reste seul. Ô chère ombre au ciel envolée, Chaque nuit sous les noirs cyprès Versant des pleurs sur ton blanc mausolée, Je viens épancher mes regrets. Cette douce...

La raison. - François-Marie Robert-Dutertre

Le sang de l'innocent a tant rougi l'histoire, La force a tant pesé sur le monde abaissé Qu'on craint toujours de voir dans le ciel de la gloire, Du génie et des arts le soleil éclipsé. Refrain : Je vois dans la raison l'étincelle divine ; Je vois que Dieu caché par...

Le bon curé de Souvignac. - François-Marie Robert-Dutertre

Les bons curés, les douces femmes, Sont de rares présents des cieux ; Les grands esprits, les simples âmes Habitent peu dans ces bas lieux ; Mais Dieu, par une grâce insigne, Non loin du duché d'Armagnac, A choisi, pour bénir la vigne, Le bon curé de Souvignac. Son...

Le bon docteur. - François-Marie Robert-Dutertre

Près d'une mère une fille chérie Sentait venir le dernier de ses jours. Tout art est vain et c'est en vain qu'on prie ; Contre le mal il n'est plus de recours. Tous à la mort ont laissé sa victime ; Un seul pourtant ne désespère pas. Grande science et dévouement...

Le chant du travail. - François-Marie Robert-Dutertre

Pourquoi convoiter l'opulence, Lorsqu'on a bon œil et bon bras ? Quand le cœur est plein de vaillance, On est heureux en tous états. Allons ! travailleurs, à l'ouvrage ! N'envions point les courtisans. Point de blason, mais bon courage ! C'est la devise aux artisans....

Le chant et l'amour. - François-Marie Robert-Dutertre

Les festins font naître la joie Et le franc rire et les bons mots ; Mais lorsque la raison s'y noie L'ivresse est le pire des maux. Nous, les enfants de l'harmonie, Chantons toujours, mais buvons peu ; On sait que la cacophonie Est fille du petit vin bleu. Chantons,...

Aime-moi d'amour. - François-Marie Robert-Dutertre

Ce que j'aime à voir, ce que j'aime au monde, Ce que j'aime à voir, Veux-tu le savoir ? Ce sont tes beaux yeux, c'est ta taille ronde, Ce sont tes beaux yeux, Tes yeux langoureux. Ce que j'aime encore je vais te l'apprendre, Ce que j'aime encore Plus qu'aucun trésor,...

Le chevreau et l'enfant. - François-Marie Robert-Dutertre

Le gai chevreau bondit et se suspend Aux longs rameaux du cytise ou du saule ; Capricieux, sur les cimes grimpant, Il court aux fleurs, aux feuillages qu'il frôle ; Rêvant la lutte en ses joyeux ébats, D'un front sans arme il provoque aux combats ; Mais vienne un...

Concorde et liberté. - François-Marie Robert-Dutertre

Aux temps futurs si tu veux vivre libre, Connais tes droits, jeûne postérité ; Que ton cœur batte et que ton âme vibre Aux fiers accents, aux cris de liberté. L'heure n'est plus d'une œuvre puérile, Aux grands travaux il faut porter la main ; Peuples vêtus de la robe...

Le mépris des grandeurs. - François-Marie Robert-Dutertre

Par l'esprit ou par la fortune J'aime à voir tout homme grandir ; Nulle gloire ne m'importune, Je ne suis pas las d'applaudir ; Je trouve même légitime Que l'on rêve luxe et splendeurs ; Mais si vous n'avez mon estime, Je mépriserai vos grandeurs. Ma tolérance est...