L'Infini - Georges Rodenbach

À Madame Louise Ackermann. L'implacable Infini dont tu souffres, poète, Nous en avons souffert comme toi, plus que toi ; Et nous avons aussi, pendant la nuit muette, Crispé nos poings d'ennui, de colère et d'effroi. Nous avons comme toi crié dans nos alarmes Vers ce...

Les Réverbères - Georges Rodenbach

I Les réverbères un à un vont s'allumant, Comme les étoiles Ou des cires autour d'un poêle. Et la ville s'endort pensivement… Plus une cloche ne tinte ; Toutes les lampes sont éteintes ; Elles, elles étaient les sœurs des réverbères, Sœurs heureuses, que du tulle...

Prologue - Georges Rodenbach

À Madame X. À vous dont les cheveux de neige et de clarté Encadrent doucement la figure indulgente, — Ainsi dans les grands bois un vieux chêne s'argente Des fils blancs de la Vierge à la fin de l'été, À vous l'ancienne, à vous la bonne, à vous la seule Pour qui j'ai...

Vers d'amour - Georges Rodenbach

I Nous sommes dans l'amour comme sur un navire Qui prend le large et va vers un port incertain ; Le ciel est bleu, les flots ont des plis de satin Sur le corps de la mer géante qui s'étire. Les passagers d'amour penchés sur les haubans, Tandis qu'un vent léger dans...

Les Cygnes - Georges Rodenbach

I Ô mai ! moment blanc de l'année ! Mois des blancs unanimes, Des blancs ? comme neigés ! Blanc des jardins et des vergers, Blanc des cygnes, Blancs unanimes ! C'est le mois où les cygnes ont l'air en fleur, Tout extasiés, Comme des cerisiers ; On dirait des Premières...

Les Femmes en mante - Georges Rodenbach

I Quelque chose de moi dans les villes du Nord, Quelque chose survit de plus fort que la mort. En leurs quartiers lépreux qu'affligent des casernes, Quelque chose de moi pleure dans les tambours. Et par les soirs de pluie, en leurs mornes faubourgs, Quelque chose de...

Les Hosties - Georges Rodenbach

I C'est la douceur, c'est la candeur du Temps Pascal Et, pour les âmes repenties, Il neige des hosties… Les vergers du ciel sont en fleurs, Neige tiède de Floréal, Comme celle tombant des branches En fleurs blanches ; Ah ! cette chute dans les cœurs De la neige en...

Les Jets d'eau - Georges Rodenbach

I Dans les villes de nord et de mysticité Il y a des jets d'eau doucement invisibles Au bruit calme, de temps en temps ressuscité, Et frais comme le nom des ruisseaux dans la Bible. Vieilles villes qui sont un moment rafraîchies Par ces colonnes de cristal éblouissant...

Les Lampes - Georges Rodenbach

I La lampe enfin est allumée Sous l'abat-jour de tulle ; C'est une renoncule Qui est née ; C'est quelque étrange fleur Aux changeantes couleurs Dans la chambre qui en est tout enluminée. Ô ce sourire de lumière, Ce mystère du feu, Cette nativité dans du verre ! Est-ce...

Les Premières Communiantes - Georges Rodenbach

I Aux jours pascals, quand le ciel est d'azur, ? Ô cet azur d'avril qui n'est pas encor sûr !? Apparaissent les Premières Communiantes, Cloches de mousseline, Robes bouffantes Qui cheminent… Elles vont, cloches d'innocence, En de si blancs, si vaporeux atours ! Elles...

L'Eau qui parle (Premier Amour) - Georges Rodenbach

I. LES RIVIÈRES Te rappelles-tu nos calmes rivières Qui se répandaient, limpides et fières, A travers les champs fleuris de houblons, Dans le beau pays où les toits sont blonds. Te rappelles-tu nos rivières lentes Qui traînaient au loin leurs eaux indolentes, Tristes...

L'Eau qui parle (Soirs du porvince) - Georges Rodenbach

Dites, avez-vous remarqué, Vous les amants du Soir moroses, Quand vous allez, le long du quai, Pleurant l'exil des soleils roses, Quand vous allez par les temps gris, Vous les songeurs, les taciturnes, Ouvrir un peu vos yeux aigris A des paysages nocturnes, Quand,...

La Loïe Fuller - Georges Rodenbach

Déchirant l'ombre, et brusque, elle est là : c'est l'aurore ! D'un mauve de prélude enflé jusqu'au lilas, S'étant taillé des nuages en falbalas, Elle se décolore, elle se recolore. Alors c'est le miracle opéré comme un jeu : Sa robe tout à coup est un pays de brume ;...

La Veillée du dernier jour de l'an - Georges Rodenbach

I C'est encore une année en fuite et qui s'enfonce, Et qui va s'éteignant dans l'âtre avec la cendre ; La chambre se recueille et toute elle se fonce ; Et les reflets, dans le miroir, semblent descendre. La bûche lentement dans l'âtre se consume ; La chambre songe,...

Les Solitaires - Georges Rodenbach

Quand j'entends un amant trahi qui se lamente Qui maudit le printemps pour un arbre sans nid, Qui trouve l'amour faux puisque fausse est l'amante Comme un soleil qu'on voit par un vitrail terni, Quand il s'enferme seul, les longs soirs de novembre, Brûlant tout : des...

Péché - Georges Rodenbach

I Péché ! Tentation du soir ! Chairs profanées, Lampe éteinte où ne brûle aucun reste de feu Lèvres ne sachant plus les douceurs de l'aveu, Et s'effeuillant pour tous comme des fleurs fanées. Chambres de volupté, rouge et flambant décor Dont les miroirs profonds...

Premier amour - Georges Rodenbach

Premier amour ! Parfum de la nouvelle rose ! Sur le clavier du cœur premiers accords plaqués Par une main de femme insaisissable et rose ; Premiers souffles du vent sur la voile morose Qui devine la mer dans le calme des quais. Premières floraisons dans le verger de...

Processions - Georges Rodenbach

I Blanches processions, si blanches, si gothiques, Dans ma Flandre natale, au temps des Fêtes-Dieu ! Blanches comme on en voit, sous un ciel calme et bleu Emplir de leur lenteur les lointains des triptyques. Si lentes, dans le bruit des cloches s'animant, Le bruit des...

L'Eau qui parle (les jours mauvais) - Georges Rodenbach

Quand le poète las s'est enivré de vin Pour échapper un soir à son tourment divin, Et qu'il va seul, le long des quais couverts de câbles, Écouter l'eau qui parle en humides vocables, Le fleuve s'allongeant est comme un corps épris De femme qui le veut pour amant à...

Amours inquiètes - Georges Rodenbach

I Tous les escaladeurs de ciel et de nuées, Tous les porteurs de croix, tous les voleurs de feu Qui vont vers la lumière à travers les huées Cherchent dans un regard l'infini du ciel bleu. Quel que soit leur Calvaire, il leur faut une femme ! Parfums de Madeleine, oh...