Béguinage flamand - Georges Rodenbach

I Au loin, le Béguinage avec ses clochers noirs, Avec son rouge enclos, ses toits d'ardoises bleues Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs, S'étend dans la verdure et la paix des banlieues. Les pignons dentelés étagent leurs gradins Par où monte le Rêve aux...

Dimanches - Georges Rodenbach

Morne l'après-midi des dimanches, l'hiver, Dans l'assoupissement des villes de province, Où quelque girouette inconsolable grince Seule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer ! Il flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse ! De très rares passants s'en vont...

Douceur du soir ! - Georges Rodenbach

Douceur du soir ! Douceur de la chambre sans lampe ! Le crépuscule est doux comme une bonne mort Et l'ombre lentement qui s'insinue et rampe Se déroule en fumée au plafond. Tout s'endort. Comme une bonne mort sourit le crépuscule Et dans le miroir terne, en un geste...

Douceur du souvenir - Georges Rodenbach

Souvenir ! ô douceur d’un amour qui s’achève ! Souvenir ! ô douceur d’un songe qui n’est plus ! Rappel triste, en marchant, d’anciens vers qu’on a lus ; Écume de la mer dont s’argente la grève. L’église a disparu, mais la cloche on l’entend ! Souvenir ! ô douceur de...

En province - Georges Rodenbach

En province, dans la langueur matutinale Tinte le carillon, tinte dans la douceur De l'aube qui regarde avec des yeux de sœur, Tinte le carillon, - et sa musique pâle S'effeuille fleur à fleur sur les toits d'alentour, Et sur les escaliers des pignons noirs...

Ennui de vivre - Georges Rodenbach

Quand de pâles amants, l’extase étant finie, Ont la sensation d’une heureuse agonie Et qu’éveillés à peine et doucement brisés Ils sentent un vol blanc d’immatériels baisers, Si l’aube envahissante à ce moment pénètre, C’est comme une faux d’or à travers la fenêtre...

Épilogue - Seigneur ! en un jour grave - Georges Rodenbach

Seigneur ! en un jour grave, il m’en souvient, Seigneur ! Seigneur, j’ai fait le vœu d’une œuvre en votre honneur. C’est donc pour vous qu’ici brûlent d’abord des lampes Qui disent votre gloire et sont mes dithyrambes. Toutes ces chastes Premières Communiantes Vêtent...

Épilogue - C’est l’automne - Georges Rodenbach

C’est l’automne, la pluie et la mort de l’année ! La mort de la jeunesse et du seul noble effort Auquel nous songerons à l’heure de la mort : L’effort de se survivre en l’œuvre terminée. Mais c’est la fin de cet espoir, du grand espoir, Et c’est la fin d’un rêve aussi...

Épilogue - Ici toute une vie invisible est enclose - Georges Rodenbach

Ici toute une vie invisible est enclose Qui n’a laissé voir d’elle et d’un muet tourment Que ce que laisse voir une eau d’aspect dormant Où la lune mélancoliquement se pose. L’eau songe ; elle miroite ; et l’on dirait un ciel, Tant elle s’orne d’étoiles silencieuses....

Épithalame - Georges Rodenbach

Edmond, te souvient-il de nos jeunes années, De ce temps encor proche et qui semble lointain, Où tous deux nous tenions nos têtes inclinées. Sur ces livres méchants de grec et de latin.. Mais voici qu’aujourd’hui tu prends un autre livre, Le livre le plus pur et le...

Fin du rêve - Georges Rodenbach

Au beau de notre amour elle s’est en allée Comme une noce en blanc au lointain d’une allée, Au beau de notre amour on a fermé le parc Où nous marchions à deux sous les rameaux en arc. L’absence tout à coup a desséché la vasque Où montait notre espoir tel qu’un jet...

Il flotte une musique éteinte - Georges Rodenbach

Il flotte une musique éteinte en de certaines Chambres, une musique aux tristesses lointaines Qui s'apparie à la couleur des meubles vieux... Musique d'ariette en dentelle et fumée, Ariette d'antan qu'on aurait exhumée, Informulée encore, et qu'on cherche des yeux :...

L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire - Georges Rodenbach

L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire ; Fenêtre d'infini, s'ouvrant sur quel jardin ? Miroir d'éternité dont le ciel est le tain. Jusqu'où s'approfondit cette eau visionnaire, Et jusqu'à quel recul va-t-elle prolongeant Son azur ventilé par des frissons d'argent ?...

L'aquarium, toujours frissonnant, est étrange - Georges Rodenbach

L'aquarium, toujours frissonnant, est étrange Avec son eau qu'on ne sait quoi ride et dérange Et qui se crispe moins d'un éveil de poissons Que des yeux qu'en passant nous posâmes sur elle, Et de savoir un peu de ce que nous pensons. On dirait que toujours quelque...

L'eau des anciens canaux est débile et mentale - Georges Rodenbach

L'eau des anciens canaux est débile et mentale, Si morne, parmi les villes mortes, aux quais Parés d'arbres et de pignons en enfilade Qui sont, dans cette eau pauvre, à peine décalqués, Eau vieillie et sans force ; eau malingre et déprise De tout élan pour se raidir...

L'obscurité, dans les chambres, le soir - Georges Rodenbach

L'obscurité, dans les chambres, le soir, est une Irréconciliable apporteuse de craintes ; En deuil, s'habillant d'ombre et de linges de lune, Elle inquiète ; elle a de félines étreintes Comme une eau des canaux traîtres où l'on se noie L'obscurité, c'est la tueuse de...