Je suis si transporté d'aise et d'étonnement - Isaac Habert

Je suis si transporté d'aise et d'étonnement Quand j'entre dans ces bois, les loges éternelles De Pan et des Sylvains et des Dryades belles, Qu'oubliant qui je suis, je perds le sentiment. Puis lorsque je reviens d'un tel ravissement, Plein d'admiration, par des...

Je te dois bien aimer, ô déesse Inconstance - Isaac Habert

Je te dois bien aimer, ô déesse Inconstance, Car tu m'as déchargé du faix de mes douleurs, Tu as éteint ma flamme et chassé mes malheurs, De mes maux plus cuisants me donnant allégeance. J'avais cru jusqu'ici, trop facile créance, Que la légèreté, l'espoir, et les...

L'on ne voit rien que feux, l'air est tout enflammé - Isaac Habert

L'on ne voit rien que feux, l'air est tout enflammé, Le ciel est tout rougi, à peine la lumière Des astres apparaît, l'ombre s'enfuit derrière. Cette nuit-ci ressemble un beau jour allumé ! Mais hélas ! dedans moi Amour trop animé Fait croître à tous moments une...

Le pourtraict - Isaac Habert

Peintre, avant que d'oser pourtraire Ma dame et de la contrefaire, Élève ton esprit aux cieux, Va là-haut apprendre des dieux Et des déesses immortelles Comme on peint les beautés plus belles, Puis de ton délié pinceau, Trace-moi dedans ce tableau Cette beauté que...

Mon dieu ! que de plaisir il y a de songer ! - Isaac Habert

Mon dieu ! que de plaisir il y a de songer ! J'ai songé cette nuit, ô ma chère maîtresse, Que je baisais ton sein, que je peignais ta tresse, Et qu'aux jeux amoureux je me sentais plonger. Noire Nuit, tu devais cette nuit allonger, Pour me faire jouir d'une si grand'...

Nuit fille de la terre, amène tes flambeaux - Isaac Habert

Nuit fille de la terre, amène tes flambeaux, Et ton silence coi, et des hauts monts descendre Fais tes brouillards nuiteux pour ici les étendre Et couvrir l'horizon de tes sombres rideaux, Afin que le Sommeil des stygieuses eaux Vienne arrouser mon chef, et sur mon...

A l'ombre des myrtes verts - Isaac Habert

A l'ombre des myrtes verts, Sur un lit fait de fleurettes, De roses, de violettes, Et de cent fleurons divers, Au doux bruit d'une ondelette, Qui semblait parler d'amour, Roulant sur l'herbe mollette, Je me reposai un jour. Sur cette couche odorante, Soudain mon œil...

Quand le clair Apollon tire son char des eaux - Isaac Habert

Quand le clair Apollon tire son char des eaux, Bridant ses grands coursiers sur le rivage more, Le simulacre alors du noir fils de l'Aurore Dans le temple thébain rend des sons tout nouveaux. Mais sitôt que la nuit épand ses noirs nuaux Par le vague de l'air, Memnon...

A la merci des vents, des flots, et de l'orage - Isaac Habert

A la merci des vents, des flots, et de l'orage, Je vogue sur la mer de peine et de douleur, J'ai pour pilote amour, pour fanal le malheur, Pour compagnon les pleurs, les regrets et la rage. Les vents des espoirs vains m'éloignent du rivage, L'Amour me vend aux vents...

Que des sombres Enfers les tremblantes horreurs - Isaac Habert

Que des sombres Enfers les tremblantes horreurs Viennent m'environner, les cavernes affreuses, Les fleuves ensoufrés, les âmes malheureuses, La mort, l'effroi, la peur, la rage et les fureurs, Que je sois assailli des horribles terreurs Du chien à trois gosiers, des...

Ah ! ne me baisez plus, ah ! mon cœur, je me meurs - Isaac Habert

Ah ! ne me baisez plus, ah ! mon cœur, je me meurs, Doucement je languis, doucement je me pâme, Dessus ta lèvre molle erre et flotte mon âme Saoule de la douceur des plus douces humeurs. Je la vois qui volète entre les vives fleurs Et ne craint tes beaux yeux clairs...

Ah ! que je suis fâché ! maudit soit le réveil - Isaac Habert

Ah ! que je suis fâché ! maudit soit le réveil Qui me prive du bien dont j'avais jouissance Cette nuit en songeant. Las ! depuis ma naissance, Je n'ai point eu de bien à celui-là pareil. Il me semblait qu'Amour, ennemi de tout deuil, Une moisson de fleurs versait en...

Sisyphe malheureux, Ixion et Tantale - Isaac Habert

Sisyphe malheureux, Ixion et Tantale, Pour leurs fraudes, larcins, et leurs iniquités, Par le juste vouloir des saintes déités, Souffrent mille tourments dans la fosse infernale. L'un portant un rocher toujours monte et dévale, L'autre a le chef, les pieds et les bras...

Amour m'a découvert une beauté si belle - Isaac Habert

Amour m'a découvert une beauté si belle Que je brûle et englace et en me consumant J'éprouve, tant me plaît ma flamme et mon tourment, Que qui meurt en aimant reprend vie immortelle. Comme l'unique oiseau de cette ardeur nouvelle Je renais, et ma flamme et son nom...

Sur la sombre minuit qu'une liqueur miellée - Isaac Habert

Sur la sombre minuit qu'une liqueur miellée Avait sillé mes yeux d'un paresseux sommeil, Le Songe me fit voir en funeste appareil La Mort d'un long linceul piteusement voilée. Ce songe me dura tant que l'Aube emperlée D'un éclat d'orient ramenât le soleil, Et que...

Celui ne suis-je point, divine chasseresse - Isaac Habert

Celui ne suis-je point, divine chasseresse, Qui veneur effronté t'aperçut dedans l'eau, Comme tu te baignais avecques ton troupeau, Veneur rendu la proie à sa meute traîtresse. De chasser n'ai-je garde étant pris en la tresse D'un or qui plus me tient d'autant qu'il...

Viens, ma belle Florelle, où l'ombre noir tremblote - Isaac Habert

Viens, ma belle Florelle, où l'ombre noir tremblote, Sur les bords mousselus des antres ténébreux. Il fait trop chaud ici, cherchons les bois ombreux, Le profond des vallons ou quelque fraîche grotte. Entrons sous ce rocher, viens tôt que je suçote Le coral de ta...

Cheveux crêpes et longs où mon cœur se désire - Isaac Habert

Cheveux crêpes et longs où mon cœur se désire Aise d'être enlacé d'un ferme enlacement, Bouche au teint vermeillet où mon contentement Se voit peint sur ton bord qui le basme soupire, Beaux yeux, mes doux flambeaux par qui seuls je respire, Beauté, le seul objet de...

Dieu ! que je suis heureux quand je baise à loisir - Isaac Habert

Dieu ! que je suis heureux quand je baise à loisir Le pourpre soupirant de tes lèvres mollettes, Quand nous faisons frayer le bout de nos languettes D'une humide rencontre, ô Dieu, que de plaisir ! Dieu ! que je suis heureux quand, ardent de désir, Je sens à petits...

J'ai cette nuit goûté les plus douces douceurs - Isaac Habert

J'ai cette nuit goûté les plus douces douceurs Du breuvage des dieux, de la manne prisée, Du miel, du sucre doux, de la douce rosée, Que l'aube en larmoyant répand dessus les fleurs. Sur le point que la nuit retire ses horreurs Pour faire plate au jour, j'ai ma lèvre...

J'avais longtemps erré par les sombres déserts - Isaac Habert

J'avais longtemps erré par les sombres déserts, Triste, morne et pensif, privé de la lumière, Mon seul séjour était une noire fondrière, Pleine de songes vains, de fantômes divers. Mais sitôt que l'Amour, prince de l'Univers, Eut chassé l'ombre épais de ma tendre...