Livre I - Jacques Delille

Je chante les moissons : je dirai sous quel signe Il faut ouvrir la terre et marier la vigne ; Les soins industrieux que l'on doit aux troupeaux ; Et l'abeille économe, et ses sages travaux. Astres qui, poursuivant votre course ordonnée, Conduisez dans les cieux la...

Livre II - Jacques Delille

J'ai chanté les guérets et le cours des saisons  ; Soyez à votre tour l'objet de mes leçons, Beaux vergers, sombres bois, et vous, riches vendanges. Viens  ! Tout répète ici ton nom et tes louanges  ; Viens, Bacchus  ! De tes dons ces coteaux sont couverts  ;...

Livre III - Jacques Delille

Jeune Palès, et toi, divin berger d'Admète, Qui sur les bords d'Amphryse as porté la houlette ; Déesses des forêts, divinités des eaux, Ma muse va pour vous reprendre ses pinceaux. Assez et trop longtemps de vulgaires merveilles Ont des peuples oisifs fatigué les...

Livre IV - Jacques Delille

Enfin je vais chanter le peuple industrieux Qui recueille le miel, ce doux présent des cieux. Mécène, daigne encor sourire à mes abeilles. Dans ces petits objets que de grandes merveilles ! Viens ; je vais célébrer leur police, leurs lois, Et les travaux du peuple, et...

Chant premier - Boileau jadis a pu - Jacques Delille

Boileau jadis a pu, d'une imposante voix, Dicter de l'art des vers les rigoureuses lois ; Le chantre de Mantoue a pu des champs docilesHâter les dons tardifs par des leçons utiles : Mais quoi ! L'art de jouir, et de jouir des champs, Se peut-il enseigner ? Non sans...

Chant troisième - Que j'aime le mortel - Jacques Delille

Que j'aime le mortel, noble dans ses penchans, Qui cultive à la fois son esprit et ses champs ! Lui seul jouit de tout. Dans sa triste ignoranceLe vulgaire voit tout avec indifférence : Des desseins du grand être atteignant la hauteur, Il ne sait point monter de...

Chant premier - Le doux printemps revient - Jacques Delille

Le doux printemps revient, et ranime à la foisLes oiseaux, les zéphirs, et les fleurs, et ma voix. Pour quel sujet nouveau dois-je monter ma lyre ? Ah ! lorsque d'un long deuil la terre enfin respire, Dans les champs, dans les bois, sur les monts d'alentour, Quand...

Chant troisième - Je chantais les jardins - Jacques Delille

Je chantais les jardins, les vergers et les bois, Quand le cri de Bellone a retenti trois fois. À ces cris, arrachés des foyers de leurs pères, Nos guerriers ont volé sur des mers étrangères, Et Mars a de Vénus déserté les bosquets. Dieux des champs, dieux amis de...

Les jardins - Jacques Delille

...Désirez-vous un lieu propice à vos travaux ? Loin des champs trop unis, des monts trop inégaux, J'aimerais ces hauteurs où, sans orgueil, domine Sur un riche vallon une belle colline. Là, le terrain est doux sans insipidité, Élevé sans raideur, sec sans aridité....

Christophe Colomb - Jacques Delille

Eh ! qui du grand Colomb ne connaît point l'histoire, Lui dont un nouveau monde éternisa la gloire ? Illustre favori du maître du trident, L'heureux Colomb voguait sur l'abîme grondant ; Sa nef avait franchi les colonnes d'Alcide ; Les phoques, les tritons, la jeune...

Le coin du feu - Jacques Delille

Suis-je seul ? je me plais encore au coin du feu. De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ; J'agace mes tisons ; mon adroit artifice Reconstruit de mon feu le savant édifice. J'éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant Je corrige le feu trop rapide ou trop...

À La princesse Augusta De Brunswick - Jacques Delille

Proscrit, errant, sans foyer, sans patrie, Cet enfant nouveau né d'une épouse chérie, Même en nous consolant ajoutait à nos maux ; Mais des infortunés la généreuse amie Lui daigne ouvrir ses bras et son âme attendrie ! Sous des auspices aussi beaux, Ah ! qu'il est...

Couplets sur la jeunesse - Jacques Delille

Demandés par des jeunes gens de Saint-Diez, Qui donnaient une fête aux jeunes personnes de la ville. Le printemps vient, que tout s'empresseÀ fêter l'âge des amours :Quand sied-il mieux de chanter la jeunesseQue dans la saison des beaux jours ? Tout s'embellit par la...

À La princesse Jablonowska - Jacques Delille

Belle Jablonowska, de mon champêtre ouvrage Daignez d'un doux sourire favoriser l'hommage. La campagne inspira mes chants ; Là sont unis l'agréable et l'utile ; Vos agréments sont faits pour enchanter la ville, Mais vos goûts purs vous ramènent aux champs. Je ne puis...

De la bienfaisance et de la reconnaissance - Jacques Delille

Deux déités, qui de leur main féconde Versent la paix et le bonheur au monde, Servant dans ses desseins le dieu de l'univers, Joignent d'un double nœud tous les êtres divers ; C'est toi, divine Bienfaisance ! C'est toi sa digne sœur, tendre Reconnaissance ! Grâce à...

À l'auteur des Amours épiques - Jacques Delille

Chantre aimable, sur plus d'un ton, Sous vos habiles doigts votre lyre résonne ; Virgile, Homère, et le Tasse, et Milton, De leurs lauriers détachent un feston Pour composer votre couronne. Autrefois du brave Memnon, Fabuleux enfant de l'Aurore, Le simulacre...

Pour la fête de M. Charles M... - Jacques Delille

Dans la famille, Autrefois j'arrivais gaiement, Mais aujourd'hui sur ma béquille Je viens un peu moins lestement Dans la famille. Dans la famille, L'amitié choisit son séjour, Le zèle y parait sans béquille, Quand de Charles on fête le jour Dans la famille. Le cœur me...

À M. Turgot - Jacques Delille

Rien de nouveau dans cette ville immense. Vous avez vu l'effervescence Qu'a produite en ces lieux le monarque danois ; Jamais Paris, jamais la France D'hommages plus flatteurs n'ont honoré leurs rois ; Du Parlement l'auguste compagnie, De l'Opéra le théâtre enchanté,...

Sur le portrait de Mlle La Follote - Jacques Delille

La douce rêverie et la vivacité, La gaîté jointe à la décence, La finesse avec l'innocence, Et la pudeur avec la volupté, Voilà quel heureux assemblage A dû composer votre image. D'où vient qu'avec plaisir l'œil saisit chaque trait De cette peinture fidèle ? C'est...

À M. Charles De Lacretelle - Jacques Delille

Au tour facile, à la phrase nombreuse De l'harmonieux Cicéron, Vous unissez la touche vigoureuse De l'historien de Néron ; Tout seconde vos vœux ; la Discorde elle-même, Qui des serpents du Styx tressant son diadème, Excitait aux combats les peuples et les rois, Vous...

À M. Danloux, Peintre - Jacques Delille

Grâces à ces couleurs dont Zeuxis eût fait choix Mon aimable Antigone existe donc deux fois ; Dans un même tableau vit notre double image. Reçois donc notre double hommage, Hardi, correct, sage et brillant Danloux, Qui sans rivaux, mais non pas sans jaloux, De tous...

À M. De C..., Polonais - Jacques Delille

Dans votre poétique et doux pèlerinage, Au tombeau glorieux du chantre des Romains, Objet sacré de plus d'un grand voyage Des enfants d'Albion, des Français, des Germains Vous n'avez donc pas fait une course inutile ! Ornement éternel du tombeau de Virgile, Cette...

À M. Le comte Belozosky - Jacques Delille

Est-il bien vrai qu'au séjour des hivers De si brillantes fleurs sous vos mains sont écloses ? L'esprit fait les climats, l'esprit dicta vos vers ; Dans nos jardins vous répandez des roses. Brillant comme l'été, doux comme le printemps, Des chevaliers vous vantez le...

À M. Le marquis d'Étampes - Jacques Delille

(Qui annonçait à l'auteur une naissance.) Un grand papa, d'un style triomphant, M'écrit qu'un très aimable enfant Vient de naître dans sa famille ; Est-ce un garçon, est-ce une fille ? Je n'en sais rien ; mais cette tendre fleur Ne déparera point celles qui sont...

À M. Le marquis d'Étampes (I) - Jacques Delille

(Qui m'avait envoyé des vers.) Les Grecs, en courtois chevaliers, Dans leurs combats, s'il en faut croire Ce qu'ont dit la fable et l'histoire, Changeaient entr'eux de boucliers ; Ainsi de vers, d'estime et de louange, Nos muses à l'envi font un heureux échange : Me...

À Mlle Joséphine Sauvage - Jacques Delille

(Qui avait dessiné le portrait de la sœur de Mme. Delille.) Bénis soient tes crayons, ô toi, jeune beauté ! Qui de nos Rosalba suivant déjà les traces, À mes yeux consolés retraces Avec tant d'élégance et de fidélité, Celle qui m'adoucit ma triste cécité : C'est le...

À M. L'Oillart-D'Avrigny - Jacques Delille

Le poète immortel d'Achille et d'Andromaque, Jadis d'un ton harmonieux Chanta le prince errant de la petite Ithaque ; Grâce à tes vers ingénieux L'Ulysse des Français nous attache encor mieux. À travers les écueils, sur les gouffres de l'onde, Nous demandons aux mers...

À Mme d'Houdetot - Jacques Delille

(Pour le jardin de Mme D'houdetot.) Ô Combien j'aime mieux vos riants paysages Que ces parcs de Plutus, dispendieux ouvrages, Où venaient à grand bruit se cacher autrefois, Et les ennuis des grands, et les chagrins des rois ! Je trouve l'innocence et le bonheur...

À Mme La comtesse de Potocka - Jacques Delille

Eh bien ! puisque l'impatience De revoir vos climats chéris, Ainsi qu'à l'amitié vous ravit à la France, Partez : les nobles Potockis, Dans l'aimable François, digne sang de ses pères, Comme les mœurs héréditaires De tous ces vieux héros au champ d'honneur instruits,...

À Mme Lebrun - Jacques Delille

Honneur à vos brillants pinceaux ! Charmante rivale d'Apelles, Tous vos portraits sont des tableaux, Et tous vos tableaux des modèles. Jacques Delille

À un aimable goutteux - Jacques Delille

Cher d'Aigremont, d'où te vient, à ton âge,Ce mal effréné, dont la rageAu grand galop suit ton rapide essieu,Et pour qui, t'éloignant de ton doux parentage,Tu te mets en pèlerinagePour je ne sais quel triste lieu,Où l'eau du crû sera ton seul breuvage ?Est-ce le dieu...

Le café - Jacques Delille

Il est une liqueur, au poète plus chère, Qui manquait à Virgile, et qu'adorait Voltaire ; C'est toi, divin café, dont l'aimable liqueur Sans altérer la tête épanouit le cœur. Aussi, quand mon palais est émoussé par l'âge, Avec plaisir encor je goûte ton breuvage. Que...

Ô Versaille ! - Jacques Delille

... Ô Versaille ! ô regrets ! ô bosquets ravissans, Chefs-d'œuvre d'un grand roi, de Le Nôtre et des ans ! La hache est à vos pieds et votre heure est venue. Ces arbres dont l'orgueil s'élançait dans la nue, Frappés dans leur racine, et balançant dans l'air Leurs...