Le parfum des pervenches. - Jean Aicard

Bonne Vierge, écoutez ma voix, je vous en prie ! Hier, parmi les bouquets vivants de la prairie, Je cueillis, en tressant ma guirlande, une fleur Dont le calice bleu n'exhalait nulle odeur. « La pervenche, pour nous, dit ma mère chérie, Est toujours sans parfums...

Le plongeur. - Jean Aicard

Où va ce plongeur sublime, Intrépide en son travail ? Il va ravir à l'abîme Ses perles et son corail. Où va cet oiseau qui passe Dans le grand firmament clair ? Je veux plonger dans l'espace Comme on plonge dans la mer ! Où va l'étoile, ô mon âme, Qui file ainsi qu'un...

Le printemps donne à tout la vie. - Jean Aicard

Le printemps donne à tout la vie et la beauté ; Chaque tige a sa fleur ; chaque fleur est superbe ; L'azur est souriant. La nature en gaîté Met des trésors d'amour et de bonheur dans l'herbe ! Dans les arbres, songeurs profonds, germe le fruit : La joie est par les...

Le printemps me plaît. - Jean Aicard

Le printemps me plaît... J'erre avec délices Dans les champs joyeux, avec les moineaux ; Je contemple tout : les riches calices, Les insectes d'or et les foins nouveaux. Ninetta là-bas relève sa robe, Et, pour passer l'eau, montre son bas blanc : Par le sang du Christ...

Le puits. - Jean Aicard

L'été hurle de soif ; la terre ardente éclate. Le lézard bâille et dort sous le pampre écarlate. Le chaume craque, l'ombre est nette sur le sol, Et, pour s'y reposer des chansons et du vol, L'alouette choisit une vigne encore verte. Les oliviers au loin dans la plaine...

Le Rhône. - Jean Aicard

Le Rhône est si profond, si rapide et si large, Que dans la grande Europe il n'a pas son pareil. Emportant des bateaux sans nombre avec leur charge, Il va roulant de l'or et roulant du soleil. Fleuve superbe ! il court, et se jouant des lieues Il atteint, lui qui sort...

Les canisses. - Jean Aicard

Lorsque j'étais enfant surtout, j'aimais ce coin Où sur leurs pieux rugueux on étale (non loin De la bastide, afin d'y veiller sans fatigue) La claie aux roseaux drus où doit sécher la figue. Les pieux sont reliés de traverses entre eux Qui supportent la claie où les...

Les cyprès. - Jean Aicard

Vous m'êtes chers, cyprès du Nord, cyprès funèbres, Malgré votre feuillage habité des ténèbres, Car vous me rappelez d'autres cyprès joyeux, Mes cyprès odorants dont la forme est la même, Vos frères du Midi, tout l'horizon que j'aime, Où vous seriez plus verts dans le...

Les magnanarelles. - Jean Aicard

Paris en Juin. L'été débute par la pluie, Et, rouvrant ma croisée à l'aube, je m'ennuie De voir le ciel toujours brouillé comme en hiver. Sous mes yeux assoupis rien de bleu ni de vert : C'est la rue et la fange, au mois qui fait les roses ! Les vitres des maisons et...

Les Mayes. - Jean Aicard

Premier mai, souvenir charmant, boutons ouverts ! La querelle des nids emplit les chênes verts. L'épine disparaît sous le fouillis des roses. Dans la haie, où les fleurs du jasmin sont écloses, Un frais et monstrueux chardon s'épanouit. La montagne respire, et tout se...

Les pins. - Jean Aicard

Une forêt de pins s'étend dans la colline ; Verticaux et serrés sur ce plan qui s'incline Ils semblent une armée innombrable à l'assaut ; Le regard qui les suit doit s'arrêter bientôt Car des milliers de troncs lui font une barrière. L'ombre grise a partout des lueurs...

Les roseaux du golfe. - Jean Aicard

Je sais un bouquet de roseaux Qui dans le golfe, au bord des eaux, Est solitaire ; Mélodieux, frais et serré, Pour moi ce petit bois sacré Garde un mystère. Le joli golfe est peu connu ; Jamais étranger n'est venu Fouler sa grève ; On y va par un sentier creux : C'est...

Les seuils. - Jean Aicard

Les soirs d'été, sous les mûriers où l'on s'attable On reste après souper, l'air étant délectable, Pour oublier l'ardeur et les travaux du jour. La fillette et le gars qui se parlent d'amour, Assis auprès du seuil sur le vieux banc de pierre, Échangent par instants...

Les tambourinaires. - Jean Aicard

Ils sont deux. Un enfant, tout ravi, les précède Et marche à pas comptés, fier de porter sans aide Un bâton que couronne un cercle horizontal Où l'on a suspendu des choses en métal, Montre et couvert, et puis des écharpes en soies, Les prix des jeux, ces prix qu'on...

Les vieux vaisseaux. - Jean Aicard

Je regrette les vieux vaisseaux dont la voilure, Large et lourde, pendait du faîte au pied des mâts, Et leurs pesants rouleaux de toile dont l'amas Faisait fléchir l'antenne à l'immense envergure. La marche du meilleur navire était peu sûre : On dépendait du temps,...

Lettre à ma sœur. - Jean Aicard

Que dis-tu ? Que fais-tu là-bas, ma sœur chérie ? Écris-moi plus souvent encore, je t'en prie. Je suis dans un torrent de bruit. Si tu savais ! Je veille, je dors mal ; j'écris, je viens, je vais, Dans l'immense Paris, sans trêve ni relâche, Recommençant toujours...

L'historien. - Jean Aicard

Parfois l'historien qui sonde Les grands règnes évanouis, Ou sur les horizons du monde Fixe ses regards éblouis, Voyant dans quelle nuit profonde Les esprits dormaient enfouis ; Et quelle tempête féconde Les fit surgir épanouis, Cet homme enthousiaste pleure !...

Liberté, Égalité, Fraternité. - Jean Aicard

Quand nous saurons bien tous que nous sommes des frères, Quand l'amour coulera dans le sang de nos cœurs ; Debout sur les engins des haines et des guerres, Quand vainqueurs et vaincus s'embrasseront, vainqueurs ; Quand, reniant le trône, un roi dira : « J'abdique !...

Lied. - Jean Aicard

J'ai dit aux bons vents Qui heurtent ma porte : « Bien loin des vivants Qu'un souffle m'emporte ! » J'ai dit au soleil : « Idéale flamme, Astre du réveil, Aspire mon âme ! » Tout m'a fait défaut, Vent et feu célestes... Pour monter là-haut, Amour, tu me restes ! Jean...

L'immortelle. - Jean Aicard

Tu croîs dans ma Provence, ô divine Immortelle. L'hiver, sur les coteaux que le flot bleu dentèle, On abrite tes plants comme on cache un trésor ; Tes tiges en avril jaillissent sur la touffe, Et quand les blés sont mûrs, aux mois où l'on étouffe, Ta plante grise...