Lorsque j'étais enfant. - Jean Aicard

Lorsque j'étais enfant, j'ai fait plus d'une fois, Comme tous mes égaux, l'école buissonnière. Le maître m'attendait : j'étais dans la rivière, Ou le long de l'étang, ou dans le petit bois. Temps perdu ? Non, gagné, car j'apprenais des choses Que jamais ne me dit le...

Lumière. - Jean Aicard

La lumière, ce fleuve insondable qu'envoie Le soleil, vaste source, aux mondes, vastes mers, Prodigue largement la Vie à l'univers, Et dans le cœur de tous fait ruisseler la joie ! Quel bonheur d'admirer l'air libre qui reluit, Quand le soleil sublime et charmant nous...

Marseille. - Jean Aicard

La ville c'est le port, où tout s'agite et crie, Où la voile gaîment revient se reployer ; Le quai, seuil de la mer et seuil de la patrie, Première marche, sûre et large, du foyer. Venez là, sur ce quai : là, vous verrez Marseille ; On respire l'odeur salubre du...

Mignon. - Jean Aicard

« Connais-tu le pays où fleurit l'oranger ? » Ainsi chante Mignon sous un ciel étranger, Les yeux vers l'horizon immense. Elle voit en esprit ce que nomme son chant, Et quand le dernier mot se meurt, triste et touchant, La vierge aux grands yeux recommence. Je...

Misère et soleil. - Jean Aicard

Êtes-vous quelquefois, rêveur, passé devant Des baraques de bois qui craquaient à tout vent ? Il faisait froid et chaud. C'était quelque dimanche ; Un être maigre et laid sautait sur une planche ; Il riait. Il était revêtu d'un lambeau. Homme ou femme, il sautait....

Ne pourrai-je saisir un espoir. - Jean Aicard

Ne pourrai-je saisir un espoir qui m'apaise, Ni voir luire la foi dans la clarté du jour, Dis, ô joyeux soleil dont le rayon me baise ? Réponds, toi que je sens dans la lumière, — Amour ? Je ne sais si je crois en Dieu ! L'azur me pèse. Je voudrais d'un élan crever ce...

Nice. - Jean Aicard

Nice, trop petite naguère, S'agrandit, libre de tout mur, Ni port marchand, ni port de guerre, Toute blanche au bord de l'azur. Nice a pour orgueil d'être blanche Dès que luit le soleil levant ; Les vaisseaux vont à Villefranche Qui veulent s'abriter du vent. Son quai...

Nous sommes deux enfants. - Jean Aicard

Nous sommes deux enfants et nous sommes deux âmes ; Nos cœurs sont enlacés ; nous enlaçons nos mains, Toi, femme aux pleurs bénis, forte parmi les femmes, Moi, sérieux, déjà penché sur les humains. Nous vivons ; nous chantons ; nous faisons notre aumône, Et nous ne...

Nuits d'été. - Jean Aicard

La nuit vient d'effacer les formes sur la terre ; Mon cœur, plein de cette ombre où flotte le mystère, Soupire, tout chargé de tristesse et d'espoir ; D'où vient ce triste espoir, nuits d'été, qu'en silence Sous le ciel constellé le vent du sud balance, Et que le jour...

Promenade. - Jean Aicard

Nous qui croyons souffrir, songeons à la souffrance De ceux qui vivent seuls, sans même une espérance, Et qui mourront tout seuls ; Regardons les méchants et ceux de qui la vie N'a d'autre but que d'être à jamais asservie Aux choses dont la mort fait les vers des...

Que voulez-vous que je vous dise ? - Jean Aicard

Que voulez-vous que je vous dise ? Cela vous coûterait bien peu, De délaisser enfin l'Église Et de vous rapprocher de Dieu. Vous écrasez les grandes choses Sous un niveau matériel, Sans baisser les yeux vers les roses, Sans les élever jusqu'au ciel ! Vous inventez des...

Retour par mer. - Jean Aicard

On carguait lentement les lourdes voiles rondes Qui poussaient le vaisseau sous les vents réguliers, Et l'Occident brisait ses flèches moribondes Sur leurs rondeurs s'offrant comme des boucliers. Derrière nous l'effroi de l'infini, le large. La houle nous faisait un...

Samson. - Jean Aicard

Tu dors content, Voltaire, et de ton fin sourire L'ironique reflet parmi nous est resté ; Le siècle t'a compris ; la jeunesse t'admire : Toi, tu sommeilles, calme, et dans ta majesté. L'édifice pesant que tu voulais détruire, Debout, menace encor l'aveugle Humanité,...

Sauts périlleux. - Jean Aicard

C'était un saltimbanque leste ! Sa vie était un carnaval ; Son costume d'un bleu céleste Scintillait d'astres en métal. Il avait le poing sur la hanche. Sa Colombine, verte et blanche, L'admirait d'un air orgueilleux ; Mais sa paupière était baissée, Et l'on eût dit...

Solidarité. - Jean Aicard

J'ai ceint mes reins, j'ai pris le bâton voyageur, Car mon âme souvent n'est qu'une plaie ouverte ! Et je vais, demandant sans trêve un air meilleur, En tous lieux où l'on trouve une route déserte. Or, hier, j'ai gravi l'escarpement d'un mont : J'escaladais les pics...

Solus eris. - Jean Aicard

Tout est fini : la nuit surgit, le malheur règne. Le toit s'est écroulé sur l'hôte confiant, Et près du moribond immobile et qui saigne On passe, le regard distrait ou souriant. Ainsi ceux qui l'ont vu jadis en sa jeunesse Donner son temps à tous, et son âme et sa...

Souvenir du 11 janvier 1866. - Jean Aicard

Oh ! le monde est à moi, puisque enfin quelqu'un m'aime. Figurez-vous ! un soir, plein d'un ennui suprême, Seul, mais seul malgré moi, malheureux d'être seul, Désespéré, songeant avec joie au linceul, Songeant avec frayeur, peut-être avec envie ! Qu'il est des jeunes...

Thestylis. - Jean Aicard

Un dimanche matin, mettant la veste à bas, Les garçons, montrant nus les muscles de leurs bras, Jouent aux boules, ou bien, corps à corps, à la lutte. L'un, entouré d'enfants, se façonne une flûte, Et leur dit, abaissant et relevant les doigts, Comment du roseau creux...

Toulon. - Jean Aicard

La frégate retourne au port, voiles tendues, Et, pour mieux voir la côte aux falaises ardues, Je monte dans la hune où me suit un gabier. La vergue tremble ; il court sur cet étroit sentier : « J'y suis habitué, dit-il, mais prenez garde. » Du haut de mon balcon...

Tout l'été. - Jean Aicard

— « Je suis la petite Cigale Qu'un rayon de soleil régale Et qui meurt quand elle a chanté Tout l'été. « Tout l'été j'ai redit ma chanson coutumière : Mais la bise est venue : adieu l'azur vermeil ! Je fus l'âme des blés vibrant dans la lumière : Je reverrai comme eux...