Amour vangeur - Jean-Antoine de Baïf

À Monsieur de Pougni Honorant mes amis des presents de ma Muse, Dangennes, je seroy dehors de toute excuse Si j'aloy t'oublier : car c'est toy (je le sçay) Qui defens le party de mon nouvel essay De mesurcr les vers en la langue Francoyse À l'antique façon et Romaine...

L'Amour de Médée - Jean-Antoine de Baïf

À M. de Maintenon Comme Medee en sa jeunesse prime, D'Angennes, sent du nouveau Cupidon, Premierement la fleche et le brandon : Je te complais, encores que bien rare Je prenne en main cette mode barbare, Me plaisant plus aux nombreuses chansons Des vieux Gregeois,...

À Jan Dorat - Jean-Antoine de Baïf

Dorat, d'une certaine main, Osant emprises malaisees, Dans le pré Gregeois et Romain, Tu triras les fleurs mieux prisees Pour t'en lier un chapeau rond, Ornement à ton docte front. Moy que l'Apollon étranger Autant que toy ne favorise, Me chargeant d'un faix plus...

D'Amour d'Amour je fu je fu blessé - Jean-Antoine de Baïf

D'Amour d'Amour je fu je fu blessé, Et de mon sang la liqueur goute a goute En chaudes pleurs hors ma playe degoute, Qui de couler puis le temps n'a cessé. Je suis d'Amour si bien interessé. Que peu a peu s'enfuit ma force toute, Et quelque onguent qu'a ma playe je...

Ô doux plaisir plein de doux pensement - Jean-Antoine de Baïf

Ô doux plaisir plein de doux pensement, Quand la douceur de la douce meslée, Etreint et joint, l'ame en l'ame mellée, Le corps au corps accouplé doucement. Ô douce mort ! ô doux trepassement ! Mon ame alors de grand'joye troublée, De moy dans toy s'ecoulant a...

D'un chapeau qui fleuronne - Jean-Antoine de Baïf

D'un chapeau qui fleuronne La rose on ne couronne, Tes atours en ce point Ne te reparent point : Mais ce sont les parures De tes belles vetures Les luysantes beautez En toy de tous costez : Les pierres precieuses, Les robes somptueuses, En tes acoustrements Perdent...

Ô ma belle rebelle - Jean-Antoine de Baïf

Ô ma belle rebelle, Las, que tu m'es cruelle ! Ou quand d'un doux souris, Larron de mes espris, Ou quand d'une parolle Mignardetement molle, Ou quand d'un regard d'yeux Fierement gracieux, Ou quand d'un petit geste Tout divin, tout celeste, En amoureuse ardeur Tu...

De Rose - Jean-Antoine de Baïf

Ce n'est point la paquerete, La marguerite, le lis, L'œillet ny la violete, La fleur où mon cœur j'ay mis. J'aime entre les fleurs la rose, Car elle porte le nom D'une qui mon ame a close A toute autre affection. La rose entre les fleurétes Gagne l'honeur et le pris :...

Ô Toy par qui jour et nuit je soupir - Jean-Antoine de Baïf

Ô Toy par qui jour et nuit je soupire, De qui sans gré la superbe valeur Me fait languir dedans un beau malheur, Viendray-je point au sommet ou j'aspire ? S'il ne te chaut de mon mal qui s'empire, S'il ne te chaut d'eteindre ma douleur, Au moins permetz que de cette...

Depuis le jour que mon ame fut prise - Jean-Antoine de Baïf

Depuis le jour que mon ame fut prise Par tes doux feuz traitrement gratieux, Un seul doux trait jusqu'ici de tes yeux N'avoyt ta grace a mon ardeur promise : Elle aujourdhuy, par longue usance aprise De se nourrir en travaux soucieux, M'a quitté presque au goust...

Or voy-je bien qu'il faut vivre en servage - Jean-Antoine de Baïf

Or voy-je bien qu'il faut vivre en servage, A dieu ma liberté : Dans les liens de l'amoureux cordage Je demeure arresté. J'ay conoissance De la puissance D'une maistresse, Qu'Amour adresse. Ô combien peut sur nous une beauté ! J'ay veu le temps que l'on me disoit :...

Depuis qu'Amour ma poitrine recuit - Jean-Antoine de Baïf

Depuis qu'Amour ma poitrine recuit, Bouillante au feu de sa plus chaude braise De mille ennuis en immortel malaise, Dont maint souci dans moy l'un l'autre suit : J'oubli tout bien pour un bien qui me fuit, Par un plaisir dont la douceur m'embraise, Si bien qu'il faut...

Quand je te vis entre un millier de Dames - Jean-Antoine de Baïf

Quand je te vis entre un millier de Dames, L'elite et fleur des nobles, et plus belles, Ta resplendeur telle estoyt parmy elles, Quelle est Venus sur les celestes flames. Amour adonq' se vangea de mille ames Qui luy avoyent jadis esté rebelles, Telles tes yeux eurent...

Du Printemps - Jean-Antoine de Baïf

La froidure paresseuse De l'yver a fait son tems : Voici la saison joyeuse Du délicieux printems. La terre est d'herbes ornée, L'herbe de fleuretes l'est ; La fueillure retournée Fait ombre dans la forest. De grand matin la pucelle Va devancer la chaleur Pour de la...

Quand le pilot voit le nord luire ès cieux - Jean-Antoine de Baïf

Quand le pilot voit le nord luire ès cieux, La calme mer ronfler sous la carène, Un doux zéphyr soufrer la voile pleine, Il vogue, enflant son cœur audacieux. Le même aussi, quand le ciel pluvieux Des vents félons meut l'orageuse haleine, Qui bat les flancs de sa nef...

Durant l'esté, par le vergier grillé - Jean-Antoine de Baïf

Durant l'esté, par le vergier grillé, Les tendres fleurs sous la nuit blandissante Vont redressant leur tresse fanissante, Qui ja pleuroyt son honneur depouillé. D'amour ainsi mon esprit travaillé, Qui ja quittoyt ma vie languissante, Reprit vigueur par la force...

Quiconque fit d'Amour la pourtraiture - Jean-Antoine de Baïf

Quiconque fit d'Amour la pourtraiture, De cet Enfant le patron ou prit il, Sur qui tant bien il guida son outil Pour en tirer au vray ceste peinture ? Certe il sçavoyt l'effet de sa pointure, Le garnissant d'un arc non inutil : Bandant ses yeulx de son pinceau subtil,...

Épitaphe - Jean-Antoine de Baïf

Pauvres Cors où logeoyent ces esprits turbulans, Naguieres la terreur des Princes de la terre, Mesmes contre le ciel osans faire la guerre, Deloiaux, obstinez, pervers et violans : Aujourdhuy le repas des animaux volans Et rampans charogniers, et de ces vers...

Tu me desplais, quoy que belle tu soys - Jean-Antoine de Baïf

Tu me desplais, quoy que belle tu soys, Tu me desplais, croy moy, je le confesse, Et, bien qu'a moy tu desplaises, sans cesse Je suy contreint ton amour toutesfoys. Ton doulx regard, ta plus qu'humaine voix, Ton port divin, tes graces, ma Deesse, Me font t'aimer, mais...

Francine a si bonne grace - Jean-Antoine de Baïf

Francine a si bonne grace, Elle a si belle la face, Elle a les sourcis tant beaux, Et dessous, deux beaux flambeaux, De qui la clarté seréne Tout heur ou m'oste ou m'améne. La belle n'a rien de fiel, Elle est tout sucre et tout miel, Et l'aleine qu'elle tire Rien que...

Un jour, quand de lyver l'ennuieuse froidure - Jean-Antoine de Baïf

Un jour, quand de l'yver l'ennuieuse froidure S'atiedist, faisant place au printems gracieux, Lorsque tout rit aux champs, et que les prez joyeux Peingnent de belles fleurs leur riante verdure ; Près du Clain tortueux, sous une roche obscure, Un doux somme ferma d'un...

Ha, que tu m'es cruelle - Jean-Antoine de Baïf

Ha, que tu m'es cruelle, Que tu reconois mal Pour t'estre trop fidelle Tout ce que j'ay de mal ! O rebelle endurcie, Quand devôt je te prie Me donner un baiser Pour rafraichir la flâme Qui brusle dans mon ame, Tu la viens rembraizer. Tu trouves mille ruses Pour ne...

Une amoureuse ardeur - Jean-Antoine de Baïf

Une amoureuse ardeur, S'elle n'est feinte, Ne chasse point du cœur Soupçon et creinte. Tel est l'état d'Amour " Qui les liesses " Echange tour à tour " Et les tristesses. Plus je suis amoureux, Plus je soupçonne Que ton cœur langoureux Ailleurs s'adonne. J'ay de toy...

A Meline - Jean-Antoine de Baïf

Mais à qui mieux pourroy-je presenter Ces petits chants, qu'à toy, douce Meline, Mon Eraton, qui la fureur divine Souflas en moy, qui me les fit chanter ? Tu m'i verras une foix enchanter De ta rigueur le souci qui me mine Une autre fois en ta douceur benine Tu me...

Haute beauté dans une humble pucelle - Jean-Antoine de Baïf

Haute beauté dans une humble pucelle, Un beau parler plein de grave douceur, Sous blondz cheveux un avantchenu cueur, Un chaste sein ou la vertu se cele : En corps mortel une grace immortelle, En douceur fiere une douce rigueur, Eu sage esprit une gaye vigueur, En ame...

Vien ça, vien friandelette - Jean-Antoine de Baïf

Vien ça, vien friandelette, Vien qu'en esbas amoureux Ce beau printemps vigoureux, Ma belle Francinelette, Nous passions libres de soin, " Loin des peines importunes, " Qui volontiers ne sont loin " Des plus hautaines fortunes. Il n'est rien, qui ne convie A suyvre la...

Après les vents, après le triste orage - Jean-Antoine de Baïf

Après les vents, après le triste orage, Après l'yver, qui de ravines d'eaux Avoit noyé des bœufs le labourage, Voicy venir les ventelets nouveaux Du beau printemps : desja dedans leur rive Se vont serrer les éclarcis ruisseaux. Mon Dieu, pour moy cette saison...

Helas, si tu me vois constant en inconstance - Jean-Antoine de Baïf

Helas, si tu me vois constant en inconstance Et changer de propos et muer de visage, Comme le flot d'amour me reculle ou m'avance ; Helas, si tu me vois varier d'heure en heure, De moment en moment entre raison et rage, Sans qu'un rien en un point un mesme je demeure...

Viens, mort, à mon secours viens - Jean-Antoine de Baïf

Viens, mort, à mon secours viens ; Ô mort, secours, je t'en prie. - Je t'oy, je viens, que veux-tu ? - Ô mort, je suis tout en feu ; J'attends de toi guérison. - Et qui t'a mis tout en feu ? - L'enfant qui porte brandon. - Que puis-je faire pour toi ? - Fais-moi...

Aubade de May - Jean-Antoine de Baïf

Mere d'Amour, Venus la belle, Que n'as tu mis en ta tutelle Du beau may le mois vigoureux ? Si l'avril a pris ton cœur tendre, Au moins ton fils Amour dust prendre Du doux May le temps amoureux. May, qui non seulement devance, Avril en douceur et plaisance, Mais qui...

L'Amour qui me tourmente - Jean-Antoine de Baïf

L'Amour qui me tourmente Je trouve si plaisant Que tant plus il s'augmente Moins j'en veux estre exemt : Bien que jamais le somme Ne me ferme les yeux, Plus amour me consomme Moins il m'est ennuyeux. Toute la nuit je veille Sans cligner au sommeil, Remembrant la...

Psaume V - Jean-Antoine de Baïf

Prete l'oreille à ma complainte, Seigneur Dieu : Veuilles entendre le murmure de ma pensée. Ma clameur ois, comme mon Roi, comme mon Dieu. Si te prierai. De matin doncques ma voix, Sire, tu orras : De matin doncques j'appretrai mon oraison Toute vers toi, d'où...

Babillarde, qui toujours viens - Jean-Antoine de Baïf

Babillarde, qui toujours viens Le sommeil et songe troubler Qui me fait heureux et content, Babillarde aronde, tais-toi. Babillarde aronde, veux-tu Que de mes gluaux affutés Je te fasse choir de ton nid ? Babillarde aronde, tais-toi. Babillarde aronde, veux-tu Que...

La Rose - Jean-Antoine de Baïf

Durant cette saison belle Du renouveau gracieux, Lorsque tout se renouvelle Plein d'amour delicieux, Ny par la peinte prérie, Ny sus la haye fleurie, Ny dans le plus beau jardin, Je ne voy fleur si exquise Que plus qu'elle je ne prise La rose au parfum divin. Mais la...

Psaume VI - Jean-Antoine de Baïf

Sire, en ton courroux ne me viens convaincre du forfait : Non ne me viens châtier en ta bouillante fureur. Miséricorde de moi, Seigneur, car faible je languis. Ô, guéris moi, Seigneur : j'ai tous mes os étonnés. Même mon âme se trouble de peur, tremblante dedans moi...

Bien, je l'ay dit, je le confesse - Jean-Antoine de Baïf

Bien, je l'ay dit, je le confesse, Que nul ne te pourroit aimer Autant que je t'aime, Maistresse, Sçachant mieux qu'autre t'estimer : Car d'autant que je cognoy plus Et tes beautez et tes vertus, D'autant ma Francine je doy Mettre plus grande amour en toy. Un autre...

Psaume CXXI - Jean-Antoine de Baïf

Sur le haut des monts, çà et là regardant, J'ai levé mes yeux, si secours me viendrait, Mon secours me vient du Seigneur, qui fit les Terres et les cieux. Il ne souffrira le Seigneur, que ton pied Bronche faux marchant. Il ne dormira pas Lui qui est ton garde : il ne...

Ces yeux ces yeux, doux larrons de mon ame - Jean-Antoine de Baïf

Ces yeux ces yeux, doux larrons de mon ame, M'ont eblouy de leur belle splendeur, Astres fataux qui de malheur ou d'heur Me vont comblant au plaisir de madame. Au cueur d'hiver un printemps l'air embame Ou que tournez ilz fichent leur ardeur, Et quelque part qu'ilz...

Metz moy au bord d'ou le soleil se lève - Jean-Antoine de Baïf

Metz moy au bord d'ou le soleil se léve, Ou pres de l'onde ou sa flamme s'esteint, Metz moy aux lieux que son rayon n'ateint, Ou sur le sable ou sa torche est trop gréve. Metz moy en joye ou douleur longue ou breve, Liberté franche, ou servage contreint, Mets moy au...