Stances funèbres - Jean Auvray

[…] Qu'est-ce donc de la vie où l'homme se plaît tant ? Ce n'est qu'une fumée ou qu'un ombre inconstant, Une frêle vapeur, à l'instant consumée, Un songe fabuleux, qui passe en un moment. Quel fol est donc celui qui chérit tellement Un songe, une vapeur, un ombre, une...

Le nez - Jean Auvray

Il n'est pas toujours véritable Que chacun aime son semblable, Puis qu'on voit d'un contraire sort La plus camarde de la rue Être amoureuse devenue D'un grand nez à double ressort. Mais vous n'entendez pas la ruse ; Par ce grand nez, cette camuse Conserve en tout...

Les verriers - Jean Auvray

Vous ennemis mortels de la mélancolie, Vénérables Buveurs aux fronts enluminés, Embrassez les Verriers de la noble Italie, Car ils font des Pinceaux à vous peindre le nez. Par ces braves Pinceaux nous entendons les verres, Verres qui parmi nous de grands miracles font...

Un jaloux - Jean Auvray

Épigramme. Un jour en colère un Jean Cul Reprochait à sa prude femme : Est-il pas vrai, paillarde infâme, Que tu m'as fait cent fois cocu ? Mari, la fureur vous transporte. Confesse donc ou tu es morte. Si je le dis, que ferez-vous ? Je te ferais trancher la tête ! Je...

À une dame fière - Jean Auvray

Épigramme. Je n'aime point la dame en amour si soudaine, Puis qu'on perd sans regret ce qu'on gagne sans peine : Tels plaisirs sont plus tôt étouffés que conçus. La femme et le cheval sont de même nature, Car plus ils sont tous deux rétifs à la monture, Plus ils...

À une dame trop maigre - Jean Auvray

Non, je ne l'aime point cette carcasse d'os ; Qu'on ne m'en parle plus, quoi qu'il y ait du lucre ; J'aime autant embrasser l'image d'Atropos, Ou me laisser tomber tout nu dans un sépulcre. Dès la première nuit de nos embrassements, J'imaginais sa chambre être un...

À une laide - Jean Auvray

Sonnet à une amoureuse de l'auteur. Un œil de chat huant, des cheveux serpentins,Une trogne rustique à prendre des copies,Un nez qui au mois d'août distille les roupies.Un rire sardonien à charmer les lutins ; Une bouche en triangle, où comme à ces matinsHors œuvre on...

Au Roi - Jean Auvray

Jeune Mars, à qui les alarmes Sont des plaisirs délicieux, Puissent tes belliqueuses armes Étonner la terre et les cieux ! Que la postérité ravie Face confesser à l'Envie Qu'admirables sont tes exploits ; Ton nom grossisse les histoires, Et ne s'entretiennent les rois...

De Domp Jean - Jean Auvray

Épigramme. Domp Jean faisait son testament, Abhorrant le monde et les vices ; Sa garce lui dit doucement Qu'il n'oublia point ses services. Domp Jean, qui n'eut le cœur d'acier, Lui dit, en montrant son fessier : Voilà pour toi, ma chambrière ! Allez donc, notaire,...

De Robin au grand nez - Jean Auvray

Margot, qui en riant se mordait les oreilles, Tant la bouche elle avait d'une énorme grandeur, À Robin, qui avait le nez grand à merveilles, Reprochait que son nez était un affronteur. Puis fiez-vous, dit-elle, au proverbe menteur, Et par l'ancre jugez de la grosseur...

Épitaphe de Pérrine - Jean Auvray

Sonnet. Ici gît qui chevauchait dès ses plus tendres ans, Qui fut par un incube au berceau chevauchée, Qui, petite, déjà d'un sale feu touchée, Se faisait chevaucher par les petits enfants. Grande, chevaucha tant les petits et les grands, Que toujours à l'envers on la...

À Fanchon - Jean Auvray

Épigramme. Quels sorciers ont dansé sur ton chose, Fanchon, Que le poil n'y croît point ? Aurait-il bien la teigne ? Réponse. Un fameux cabaret n'a que faire d'enseigne, Dit-on pas qu'au bon vin ne faut point de bouchon ? Jean...

Alix à pleine main - Jean Auvray

Épigramme. Alix a pleine main tenait Le manche à Thibaut, qui frétille ; Thibaut, du cul carillonnait, Comme Alix tournait la cheville. Vilain, vous pétez ? dit la fille. Quoi ! dit Thibaut sans s'étonner, Pensez-vous tant toucher l'aiguille Sans faire l'horloge...

À madame Olympe - Jean Auvray

(Madame Olympe n'aimait que les hommes sans barbe.) Dieu ne plaise, Olympe, que je grimpe Dessus ton corps comme un audacieux ! Ne fut-ce pas dessus le mont Olympe Que les Titans firent la guerre aux Dieux ? J'aime bien mieux une raz campagne Qu'ambitieux prendre...

À Margot - Jean Auvray

Épigramme. Margot, qui se marche en triangle, Pète toujours quand on la sangle ; Je ne sais si c'est d'aise ou non, Ou si le calibre est trop large, Mais je sais bien que trop de charge Fait souvent crever le canon. Jean...

À M. Charles Magnard - Jean Auvray

Justice est le ciment des Etats monarchiques, L'arc-boutant de la paix, le bras droit des Rois, Fille aînée de Dieu, trésorière des lois, La base de l'Etat, l'âme des républiques, Sans qui le souffle ardent des esprits frénétiques Aurait bouleversé l'empire mille...

À Pérrine - Jean Auvray

Sonnet. On dit que Pasiphæ s'accoupla d'un taureau Dont naqui sur la terre un monstre épouvantable Pérrine, qu'as tu fait du monstre abominable Que jadis tu conçus de l'ouvrage d'un veau ? Tu l'eusses, sanguinaire, étranglé au berceau, Honteuse d'allaiter cet ourson...

La jalousie - Jean Auvray

Poètes, peintres parlants, que vous sert de nous feindre, Peintres, poètes muets, que vous sert de nous peindre Des feux, des fouets, des fers, des vaisseaux pleins de trous, Des rages, des fureurs, des lieux épouvantables : Pour exprimer l'horreur des enfers...