Ouragan nocturne - Jean Lahor

Le vent criait, le vent roulait ses hurlements, L'Océan bondissait le long de la falaise, Et mon âme, devant ces épouvantements, Et ces larges flots noirs, respirait plus à l'aise. La lune semblait folle, et courait dans les cieux, Illuminant la nuit d’une clarté...

Prélude - Jean Lahor

Tu ne me connais pas, tu ne sais qui je suis, Tu ne m'aperçois pas, le soir, quand je te suis, Quand se perd ma pensée en tes lueurs de femme, Quand je m'en vais, noyant mes sens, noyant mon âme Dans les candeurs et les fraîcheurs de ta beauté. Tes regards clairs,...

Brahm - Jean Lahor

Je suis l'Ancien, je suis le Mâle et la Femelle, L'Océan d'où tout sort, où tout rentre et se mêle ; Je suis le Dieu sans nom, aux visages divers ; Je suis l'Illusion qui trouble l'univers. Mon âme illimitée est le palais des êtres ; Je suis l'antique Aïeul qui n'a...

Reine d'Orient - Jean Lahor

Une ceinture d'or resplendit à sa taille : Terrible et belle, ainsi qu'une armée en bataille, Le soir, quand elle marche en ses lourds vêtements, Sa sinistre beauté fait pâlir ses amants. Pareille à la Nature, inconstante comme elle, Tendre parfois, parfois féroce et...

Calme des plantes - Jean Lahor

Le sage aime la paix et la douceur des plantes, Leurs regards féminins et leur sérénité, Et le sage aime aussi les bêtes nonchalantes Qui dorment près de lui dans l'immobilité. Le soir, quand il succombe au lourd poids de la vie, Qu'il est las de penser et de rêver...

Toujours - Jean Lahor

Tout est mensonge : aime pourtant, Aime, rêve et désire encore ; Présente ton cœur palpitant À ces blessures qu'il adore. Tout est vanité : crois toujours, Aime sans fin, désire et rêve ; Ne reste jamais sans amours, Souviens-toi que la vie est brève. De vertu, d'art...

Étoile lointaine - Jean Lahor

Astre clair qui là-haut trembles au fond des cieux, Quel est le nom, quelle est la forme de tes dieux ? Des hommes sont-ils rois de tes troupeaux de bêtes ? Lointaine étoile, as-tu tes héros, tes prophètes ? Tes fous, tes criminels, et tes sombres damnés, Ou tes...

Vers dorés - Jean Lahor

Des vers retentissants valent-ils le silence D'une âme qui remplit son devoir simplement, Et, pour autrui toujours pleine de vigilance, Trouve sa récompense et sa joie en aimant ? La splendeur de la forme est une corruptrice ; Les ivresses du beau rarement nous font...

Vie divine - Jean Lahor

Aime, ainsi que la mer, la mer dressant ses vagues Comme des seins tendus aux baisers du soleil, Et de ses cris d’amour, de ses longs soupirs vagues, Gémissante, emplissant tout l’espace vermeil ; Comme ces larges nuits qui cachent sous leurs voiles La palpitation...

La Fleur du Lotus - Jean Lahor

Médite sur la fleur divine du lotus, Cette image du monde, Sur la fleur au cœur blanc, perçant comme Vénus La surface de l’onde. Elle étale sa fleur et son calice pur Sur les eaux d’un grand fleuve. Et s’ouvre tous les jours aux baisers de l’azur, Qui de clarté...

Langueur nocturne - Jean Lahor

Ma pensée est sereine et rêve parfumée, Comme la chambre heureuse où dort ma bien-aimée : Large fleur au cœur blanc qui parfume la nuit, La lune sur l'étang du ciel s'épanouit. Ma pensée est sereine et rêve caressée D'une odeur de santal que ta chair m'a laissée. Jean...

Le mystère - Jean Lahor

Ô nuit, ô belle nuit, pâle comme sa chair : Je rêve au passé mort, je rêve au passé clair... Je revois ta chair pâle, et rêve aux heures mortes, Où notre joie, où notre extase étaient si fortes ! Le rossignol des nuits d'alors ne chante plus : Je songe à tes grands...

Le poème - Jean Lahor

Le soleil est ma chair, le soleil est mon cœur, Le cœur du ciel, mon cœur saignant qui vous fait vivre, Le soleil, vase d'or, où fume la liqueur De mon sang, est la coupe où la terre s'enivre. Les astres sont mes yeux, mes yeux toujours ouverts, Toujours dardant sur...

Léda - Jean Lahor

Au cygne frissonnant qui la vient embraser Elle offre son beau corps robuste sans comprendre : Des Immortels naîtront de ce muet baiser, Et la forme d'Hélène en ce flanc va descendre. Et par l'étrange éclat des soirs mystérieux C'est ainsi que toujours la stupide...

Les Harpes de David - Jean Lahor

La nuit se déroulait, splendide et pacifique ; Nous écoutions chanter les vagues de la mer, Et nos cœurs éperdus tremblaient dans la musique ; Les harpes de David semblaient pleurer dans l’air. La lune montait, pâle, et je faisais un rêve : Je rêvais qu’elle aussi...

L’Épervier d’Allah - Jean Lahor

Ô mon âme, épervier d’Allah, d’un vol altier Viens et monte, et planant sur l’univers entier, Embrassant d’un regard toutes les créatures, Les formes d’autrefois et les formes futures, Ces apparitions, des visions d’un jour, Qui font trembler les cœurs de terreur ou...

Matinée de Printemps - Jean Lahor

Je marchais ébloui par le matin vermeil ; Le fourmillement d’or de la mer au soleil Aveuglait mes regards ; et je me sentais l’âme Près d’elle s’alanguir à ses soupirs de femme. Les flots étincelaient parfois comme des yeux. Des troupes d’oiseaux blancs jetaient des...