Un troupeau - Jean Moréas

Un troupeau gracieux de jeunes courtisanes S'ébat et rit dans la forêt de mon âme. Un bûcheron taciturne et fou frappe De sa cognée dans la forêt de mon âme. Mais n'ai-je pas fait chanter sous mes doigts (Bûcheron, frappe !) la lyre torse trois fois ? (Bûcheron,...

Eh quoi ! peut-être aussi c’était mon naturel - Jean Moréas

Eh quoi ! peut-être aussi c’était mon naturel : Je fus doux, étant dur, et rieur, étant sombre ; Je voulus faire un dieu de tout ce temporel, Et je traîne après moi des fantômes sans nombre. L’homme mortel succombe et le sort est vainqueur. Apollon, dieu cruel, ennemi...

Au temps de ma jeunesse - Jean Moréas

Au temps de ma jeunesse, harmonieuse lyre, Comme l'eau sous les fleurs, ainsi chantait ta voix ; Et maintenant, hélas ! C'est un sombre délire : Tes cordes en vibrant ensanglantent mes doigts. Le calme ruisselet traversé de lumière Reflète les oiseaux et le ciel de...

J'ai choisi cette rose - Jean Moréas

J'ai choisi cette rose au fond d'un vieux panier Que portait par la rue une marchande rousse ; Ses pétales sont beaux du premier au dernier, Sa pourpre vigoureuse en même temps est douce Vraiment d'une autre rose elle diffère moins Que la lanterne fait d'une vessie...

Le judicieux conseil - Jean Moréas

Pourquoi cette rage, Ô ma chair, tu ne rêves Que de carnage, De baisers ! Mon âme te regarde, En tes joutes, hagarde : Mon âme ne veut pas De ces folâtres pas. Aussi, parmi cette flamme, Que venez-vous faire, Ô mon âme ! Ah, laissez Vos bouquets d'ancolie, Et faites...

Parmi des chênes, accoudée - Jean Moréas

Parmi des chênes, accoudée Sur la colline au vert gazon, Se dresse la blanche maison, De chèvrefeuille enguirlandée. A la fenêtre, où dans des pots, Fleurit la pâle marguerite, Soupire une autre Marguerite : Mon cœur a perdu son repos... Le lin moule sa gorge plate...

Téthys qui m'as vu naître - Jean Moréas

Téthys qui m'as vu naître, ô Méditerranée ! Quinze fois le Taureau nous ramena l'année, Depuis que, par ton zèle exilé de ton sein, Ton aimable couleur à mes yeux fut ravie. Certes, mon âme est forte et brave est mon dessein, Et rapide est mon soc dans la trace suivie...

Autrefois je tirais - Jean Moréas

Autrefois je tirais de mes flûtes légères Des fredons variés qui plaisaient aux bergères Et rendaient attentifs celui qui dans la mer Jette ses lourds filets et celui qui en l'air Dresse un piège invisible et ceux qui d'aiguillons Poussent parmi les champs les bœufs...

Je naquis au bord d'une mer - Jean Moréas

Je naquis au bord d'une mer dont la couleur passe En douceur le saphir oriental. Des lys Y poussent dans le sable, ah, n'est-ce ta face Triste, les pâles lys de la mer natale ; N'est-ce ton corps délié, la tige allongée Des lys de la mer natale ! Ô amour, tu n'eusses...

Les branches en arceaux - Jean Moréas

Les branches en arceaux quand le printemps va naître, Les ronces sur le mur, le pâturage herbeux, Les sentiers de mulets, et cet homme champêtre Qui, pour fendre le sol, guide un couple de bœufs, La nuit sur la jetée où le phare s'allume, Et l'horizon des flots...

Parmi les marronniers - Jean Moréas

Parmi les marronniers, parmi les Lilas blancs, les lilas violets, La villa de houblon s'enguirlande, De houblon et de lierre rampant. La glycine, des vases bleus pend ; Des glaïeuls, des tilleuls de Hollande. Chère main aux longs doigts délicats, Nous versant l'or du...

Belle lune d'argent - Jean Moréas

Belle lune d'argent, j'aime à te voir briller Sur les mâts inégaux d'un port plein de paresse, Et je rêve bien mieux quand ton rayon caresse, Dans un vieux parc, le marbre où je viens m'appuyer. J'aime ton jeune éclat et tes beautés fanées, Tu me plais sur un lac, sur...

Je ne regrette rien - Jean Moréas

Je ne regrette rien, ni des lauriers superbes L'honneur qui m'était dû, Ni cet heureux plaisir, fait de fruits et de gerbes, Comme un vin répandu : Je vois dans tout ce deuil, dans la Parque sinistre De mes plus chers amis, Que le ciel a bien su tenir à son ministre...

Les morts m'écoutent seuls - Jean Moréas

Les morts m'écoutent seuls, j'habite les tombeaux. Jusqu'au bout je serai l'ennemi de moi-même. Ma gloire est aux ingrats, mon grain est aux corbeaux, Sans récolter jamais je laboure et je sème. Je ne me plaindrai pas. Qu'importe l'Aquilon, L'opprobre et le mépris, la...

Passe-temps - Jean Moréas

Blanc satin neuf, œuf de couvée fraîche, Neige qui ne fond, Que vos tétins, l'un à l'autre revêche, Si tant clairs ne sont. Chapelets de fine émeraude, ophites, Ambre coscoté, Semblables aux yeux dont soulas me fîtes, Onques n'ont été. Votre crêpe chef le soleil...

Ce n'est pas vers l'azur - Jean Moréas

Ce n'est pas vers l'azur que mon esprit s'envole : Je pense à toi, plateau hanté des chevriers. Aux pétales vermeils, à la blanche corolle, Je préfère le deuil de tes genévriers. Noir plateau, ce qui berce une audace rendue, Ce n'est point le zéphyr sur les flots de...

Je songe à ce village - Jean Moréas

Je songe à ce village assis au bord des bois, Aux bois silencieux que novembre dépouille, Aux studieuses nuits, - et près du feu je vois Une vieille accroupie et filant sa quenouille. Toi que j'ai rencontrée à tous les carrefours Où tu guidais mes pas, mélancolique et...

Les roses jaunes - Jean Moréas

Les roses jaunes ceignent les troncs Des grands platanes, dans le jardin Où c'est comme un tintement soudain D'eau qui s'égoutte en les bassins ronds. Nul battement d'ailes, au matin ; Au soir, nul souffle couchant les fronts Des lis pâlis, et des liserons Pâlis au...

Quand je viendrai m'asseoir dans le vent - Jean Moréas

Quand je viendrai m'asseoir dans le vent, dans la nuit, Au bout du rocher solitaire, Que je n'entendrai plus, en t'écoutant, le bruit Que fait mon cœur sur cette terre, Ne te contente pas, Océan, de jeter Sur mon visage un peu d'écume : D'un coup de lame alors il te...

Chanson - Jean Moréas

Vous, avec vos yeux, avec tes yeux, Dans la bastille que tu hantes ! Celui qui dormait s'est éveillé Au tocsin des heures beuglantes. Il prendra sans doute Son bâton de route Dans ses mains aux paumes sanglantes. Il ira, du tournoi au combat, À la défaite réciproque ;...

Je songe aux ciels marins - Jean Moréas

Je songe aux ciels marins, à leurs couchants si doux, A l'écumante horreur d'une mer démontée, Au pêcheur dans sa barque, aux crabes dans leurs trous, A Néere aux yeux bleus, à Glaucus, à Protée. Je songe au vagabond supputant son chemin, Au vieillard sur le seuil de...

Les roses que j'aimais - Jean Moréas

Les roses que j'aimais s'effeuillent chaque jour ; Toute saison n'est pas aux blondes pousses neuves ; Le zéphyr a soufflé trop longtemps ; c'est le tour Du cruel aquilon qui condense les fleuves. Vous faut-il, allégresse, enfler ainsi la voix, Et ne savez-vous point...

Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles - Jean Moréas

Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles Et le vulgaire ennui de l'affreuse cité, Me reconnaître enfin, dans les bois, frais asiles, Et sur les calmes bords d'un lac plein de clarté ? Mais plutôt, je voudrais songer sur tes rivages, Mer, de mes premiers...

Chênes mystérieux, forêt de la Grésigne - Jean Moréas

Chênes mystérieux, forêt de la Grésigne, Qui remplissez le gouffre et la crête des monts, J'ai vu vos clairs rameaux sous la brise bénigne Balancer doucement le ciel et ses rayons. Ah ! Dans le sombre hiver, pendant les nuits d'orage, Lorsqu'à votre unisson lamentent...

Je viens de mal parler de toi - Jean Moréas

Je viens de mal parler de toi, rose superbe ! Si ton éclat est vif, rose, tu sais pourtant, Seule dans le cristal, au milieu de la gerbe, Aussi bien que les yeux rendre le cœur content. Un jour, contre le mur d'une porte gothique (j'errais en ce temps-là dans les pays...

Lorsque sous la rafale - Jean Moréas

Lorsque sous la rafale et dans la brume dense, Autour d'un frêle esquif sans voile et sans rameurs, On a senti monter les flots pleins de rumeurs Et subi des ressacs l'étourdissante danse, Il fait bon sur le sable et le varech amer S'endormir doucement au pied des...

Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes - Jean Moréas

Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes Qui couvriront l'étang du moulin ruiné, Quand le vent remplira le trou béant des portes Et l'inutile espace où la meule a tourné, Je veux aller encor m'asseoir sur cette borne, Contre le mur tissé d'un vieux lierre...

Chœur - Jean Moréas

Hors des cercles que de ton regard tu surplombes, Démon concept, tu t'ériges et tu suspends Les males heures à ta robe, dont les pans Errent au prime ciel comme un vol de colombes. Toi, pour qui sur l'autel fument en hécatombes Les lourds désirs plus cornus que des...

Je vous revois toujours, immobiles cyprès - Jean Moréas

Je vous revois toujours, immobiles cyprès, Dans la lumière dure, Découpés sur l'azur, au bord des flots, auprès D'une blanche clôture : Je garde aussi les morts ; elle a votre couleur, Mon âme, sombre abîme. Mais je m'élance hors la Parque et le malheur, Pareil à...

Me voici seul enfin - Jean Moréas

Me voici seul enfin, tel que je devais l'être : Les jours sont révolus. Ces dévouements couverts que tu faisais paraître Ne me surprendront plus. Le mal que tu m'as fait et ton affreux délire Et ses pièges maudits, Depuis longtemps déjà les cordes de la lyre Me les...

Que l'on jette ces lis - Jean Moréas

Que l'on jette ces lis, ces roses éclatantes, Que l'on fasse cesser les flûtes et les chants Qui viennent raviver les luxures flottantes A l'horizon vermeil de mes désirs couchants. Oh ! Ne me soufflez plus le musc de votre haleine, Oh ! Ne me fixez pas de vos yeux...

Conte d'amour (IV) - Jean Moréas

Dans les jardins mouillés, parmi les vertes branches, Scintille la splendeur des belles roses blanches. La chenille striée et les noirs moucherons Insultent vainement la neige de leurs fronts : Car, lorsque vient la nuit traînant de larges voiles, Que s'allument au...

L'automne ou les satyres - Jean Moréas

Hier j'ai rencontré dans un sentier du bois Où j'aime de ma peine à rêver quelquefois, Trois satyres amis ; l'un une outre portait Et pourtant sautelait, le second secouait Un bâton d'olivier, contrefaisant Hercule. Sur les arbres dénus, car Automne leur chef A terre...

Mélancolique mer que je ne connais pas - Jean Moréas

Mélancolique mer que je ne connais pas, Tu vas m'envelopper dans ta brume légère Sur ton sable mouillé je marquerai mes pas, Et j'oublierai soudain et la ville et la terre. Ô mer, ô tristes flots, saurez-vous, dans vos bruits Qui viendront expirer sur les sables...

Remembrances - Jean Moréas

Dans l'âtre brûlent les tisons, Les tisons noirs aux flammes roses ; Dehors hurlent les vents moroses, Les vents des vilaines saisons. Contre les chenets roux de rouille, Mon chat frotte son maigre dos. En les ramages des rideaux, On dirait un essaim qui grouille :...

Conte d'amour (VII) - Jean Moréas

Hiver : la bise se lamente, La neige couvre le verger. Dans nos cœurs aussi, pauvre amante, Il va neiger, il va neiger. Hier : c'était les soleils jaunes. Hier, c'était encor l'été. C'était l'eau courant sous les aulnes Dans le val de maïs planté. Hier, c'était les...

L'eau qui jaillit - Jean Moréas

L'eau qui jaillit de ce double rocher Remplit ce long bassin d'une onde trépillante ; Les frênes, les ormeaux, où viennent se percher Linottes et serins, Lui font une voûte ondoyante Qui garde mieux qu'un toit De tuiles, lorsque ainsi Sirius pique droit. Viens goûter...

Ne dites pas : la vie est un joyeux festin - Jean Moréas

Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ; Ou c'est d'un esprit sot ou c'est d'une âme basse. Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ; C'est d'un mauvais courage et qui trop tôt se lasse. Riez comme au printemps s'agitent les rameaux, Pleurez comme la...

Rompant soudain le deuil - Jean Moréas

Rompant soudain le deuil de ces jours pluvieux, Sur les grands marronniers qui perdent leur couronne, Sur l'eau, sur le tardif parterre et dans mes yeux Tu verses ta douceur, pâle soleil d'Automne. Soleil, que nous veux-tu ? Laisse tomber la fleur, Que la feuille...

Coupez le myrte blanc aux bocages d'Athènes - Jean Moréas

Coupez le myrte blanc aux bocages d'Athènes, A Nîmes le jasmin ; A Lille et dans Paris, que les roses hautaines Tombent sous votre main, Aux Martigues d'azur allez cueillir encore La flore des étangs, Pour former la couronne, amis, qui me décore Et me garde du temps....

L'éclair illuminait la nuit - Jean Moréas

L'éclair illuminait la nuit de ses beaux feux, A la vitre déjà retentissait l'orage, Plein d'angoisse le temps rampait entre nous deux, Et j'étais là pareil à quelque sombre image. Tu te berçais au son de ta plaintive voix, Mais j'osais supputer et ta faute et la...

Nevermore - Jean Moréas

Le gaz pleure dans la brume, Le gaz pleure, tel un œil. - Ah ! prenons, prenons le deuil De tout cela que nous eûmes. L'averse bat le bitume, Telle la lame l'écueil. - Et l'on lève le cercueil De tout cela que nous fûmes. Ô n'allons pas, pauvre sœur, Comme un enfant...

Roses de Damas - Jean Moréas

Roses de Damas, pourpres roses, blanches roses, Où sont vos parfums, vos pétales éclatants ? Où sont vos chansons, vos ailes couleur du temps, Oiseaux miraculeux, oiseaux bleus, oiseaux roses ? Ô neiges d'antan, vos prouesses, capitans ! A jamais abolis les effets et...

Dans le jardin taillé - Jean Moréas

Dans le jardin taillé comme une belle dame, Dans ce jardin nous nous aimâmes, sur mon âme ! Ô souvenances, ô regrets de l'heure brève, Souvenances, regrets de l'heur. Ô rêve en rêve Et triste chant dans la bruine et sur la grève. Chant triste et si lent et qui jamais...

L'investiture - Jean Moréas

Nous longerons la grille du parc, A l'heure où la Grande Ourse décline ; Et tu porteras - car je le veux - Parmi les bandeaux de tes cheveux La fleur nommée asphodèle. Tes yeux regarderont mes yeux ; A l'heure où la grande Ourse décline. - Et mes yeux auront la...

Nuages qu'un beau jour à présent environne - Jean Moréas

Nuages qu'un beau jour à présent environne, Au-dessus de ces champs de jeune blé couverts, Vous qui m'apparaissez sur l'azur monotone, Semblables aux voiliers sur le calme des mers ; Vous qui devez bientôt, ayant la sombre face De l'orage prochain, passer sous le ciel...

Roses, en bracelet - Jean Moréas

Roses, en bracelet autour du tronc de l'arbre, Sur le mur, en rideau, Svelte parure au bord de la vasque de marbre D'où s'élance un jet d'eau, Roses, je veux encor tresser quelque couronne Avec votre beauté, Et comme un jeune avril embellir mon automne Au bout de mon...

De ce tardif avril - Jean Moréas

De ce tardif avril, rameaux, verte lumière, Lorsque vous frissonnez, Je songe aux amoureux, je songe à la poussière Des morts abandonnés. Arbres de la cité, depuis combien d'années Nous nous parlons tout bas ! Depuis combien d'hivers vos dépouilles fanées Se plaignent...

La feuille des forêts - Jean Moréas

La feuille des forêts Qui tourne dans la bise Là-bas, par les guérets, La feuille des forêts Qui tourne dans la bise, Va-t-elle revenir Verdir - la même tige ? L'eau claire des ruisseaux Qui passe claire et vive A l'ombre des berceaux, L'eau claire des ruisseaux Qui...

Ô ciel aérien inondé de lumière - Jean Moréas

Ô ciel aérien inondé de lumière, Des golfes de là-bas cercle brillant et pur, Immobile fumée au toit de la chaumière, Noirs cyprès découpés sur un rideau d'azur ; Oliviers du Céphise, harmonieux feuillages Que l'esprit de Sophocle agite avec le vent ; Temples, marbres...

Sensualité - Jean Moréas

N'écoute plus l'archet plaintif qui se lamente Comme un ramier mourant le long des boulingrins ; Ne tente plus l'essor des rêves pérégrins Traînant des ailes d'or dans l'argile infamante. Viens par ici : voici les féeriques décors, Dans du Sèvres les mets exquis dont...

Eau printanière, pluie harmonieuse - Jean Moréas

Eau printanière, pluie harmonieuse et douce Autant qu'une rigole à travers le verger Et plus que l'arrosoir balancé sur la mousse, Comme tu prends mon cœur dans ton réseau léger ! A ma fenêtre, ou bien sous le hangar des routes Où je cherche un abri, de quel bonheur...

La plainte d'Hyagnis - Jean Moréas

Substance de Cybèle, ô branches, ô feuillages, Aériens berceaux des rossignols sauvages, L'ombre est déjà menue à vos faîtes rompus, Languissants vous pendez et votre vert n'est plus. Et moi je te ressemble, automnale nature, Mélancolique bois où viendra la froidure....

Ô ma lyre - Jean Moréas

Ô ma lyre, cessons de nous couvrir de cendre Comme auprès d'un cercueil ! Je t'orne de verdure et ne veux plus entendre Des paroles de deuil. Mais non, fais retentir d'une douleur non feinte, Lyre, l'accent amer ! N'es-tu pas l'alcyon qui calme de sa plainte Les...

Ses mains qu'elle tend - Jean Moréas

Ses mains qu'elle tend comme pour des théurgies, Ses deux mains pâles, ses mains aux bagues barbares ; Et toi son cou qui pour la fête tu te pares ! Ses lèvres rouges à la clarté des bougies ; Et ses cheveux, et ses prunelles élargies Lourdes de torpeur comme l'air...

Et j’irai le long de la mer éternelle - Jean Moréas

Et j'irai le long de la mer éternelle Qui bave et gémit en les roches concaves, En tordant sa queue en les roches concaves ; J'irai tout le long de la mer éternelle. Je viendrai déposer, ô mer maternelle, Parmi les varechs et parmi les épaves, Mes rêves et mon...

Le coq chante là-bas ; un faible jour tranquille - Jean Moréas

Le coq chante là-bas ; un faible jour tranquille Blanchit autour de moi ; Une dernière flamme aux portes de la ville Brille au mur de l'octroi. Ô mon second berceau, Paris, tu dors encore Quand je suis éveillé Et que j'entends le pouls de mon grand cœur sonore Sombre...

Ô mer immense - Jean Moréas

Ô mer immense, mer aux rumeurs monotones, Tu berças doucement mes rêves printaniers ; Ô mer immense, mer perfide aux mariniers, Sois clémente aux douleurs sages de mes automnes. Vague qui viens avec des murmures câlins Te coucher sur la dune où pousse l'herbe amère,...

Sœur de Phébus charmante - Jean Moréas

Sœur de Phébus charmante, Qui veilles sur les flots, je pleure et je lamente, Et je me suis meurtri avec mes propres traits. Qu'avais-je à m'enquérir d'Eros, fils de la terre ! Eros, fils de Vénus, me possède à jamais. Guidant ta course solitaire, Lune, tu compatis à...

Adieu, la vapeur siffle - Jean Moréas

Adieu, la vapeur siffle, on active le feu ; Dans la nuit le train passe ou c'est l'ancre qu'on lève ; Qu'importe ! on vient, on part ; le flot soupire : adieu ! Qu'il arrive du large ou qu'il quitte la grève. Les roses vont éclore, et nous les cueillerons ; Les...

Hautes sierras aux gorges nues - Jean Moréas

Hautes sierras aux gorges nues, Lacs d'émeraude, lacs glacés, Isards sur les crêtes dressés, Aigles qui planez par les nues ; Sapins sombres aux larges troncs, Fondrières de l'Entécade Où chante la fraîche cascade Derrière les rhododendrons ; Et vous, talus plantés...

Le démoniaque - Jean Moréas

Ai-je sucé les sucs d'innomés magistères Quel succube au pied bot m'a-t-il donc envoûté ? Oh ! ne l'être plus, oh ! ne l'avoir pas été ! Suc maléfique, ô magistères délétères ! Point d'holocauste offert sur les autels des Tyrs, Point d'âpres cauchemars, d'affres...

Ô monts justement fiers - Jean Moréas

Ô monts justement fiers de vos pentes arides, Ô bords où j'égarais mes pas, Ô vagues de la mer, berceau des Néréides, Que je fendais d'un jeune bras, J'ai peur de vous revoir, mais c'est une folie : Sied-il qu'un cœur comme le mien Soit assouvi jamais de la mélancolie...

Sur la nappe ouvragée où le festin s'exalte - Jean Moréas

Sur la nappe ouvragée où le festin s'exalte, La venaison royale alterne aux fruits des îles ; Dans les chypres et les muscats de Rivesalte, Endormeur des soucis, ô Léthé, tu t'exiles. - Mais l'antique hippogriffe au vol jamais fourbu, M'a porté sur son aile à la table...

Ariette - Jean Moréas

Tu me lias de tes mains blanches, Tu me lias de tes mains fines, Avec des chaînes de pervenches Et des cordes de capucines. Laisse tes mains blanches, Tes mains fines, M'enchaîner avec des pervenches Et des capucines. Jean...

Il est doux d'écouter - Jean Moréas

Il est doux d'écouter le roseau qui soupire Avec d'autres roseaux dans un riant vallon : Un front pensif se courbe à ces accords que tire Des chênes assemblés le rapide aquilon. Mais, qu'auprès de la voix de l'arbre solitaire, Les roseaux, la chênaie exhalent un vain...

Le grain de blé nourrit - Jean Moréas

Le grain de blé nourrit et l'homme et les corbeaux. L'arbre palladien produit la douce olive, Et le triste cyprès, debout sur les tombeaux, Balance vainement une cime plaintive. Hélas ! N'as-tu point vu ta plus chère amitié Etaler à tes yeux la face du vulgaire ? Tu...

Oisillon bleu - Jean Moréas

Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Dorlotent doucement les cœurs Meurtris par les destins moqueurs. Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Donnent de nouvelles vigueurs Aux corps minés par les langueurs. Oisillon bleu...

Tantôt semblable à l'onde - Jean Moréas

Tantôt semblable à l'onde et tantôt monstre ou tel L'infatigable feu, ce vieux pasteur étrange (ainsi que nous l'apprend un ouvrage immortel) Se muait. Comme lui, plus qu'à mon tour, je change. Car je hais avant tout le stupide indiscret, Car le seul juste point est...