Passe-temps - Jean Moréas

Blanc satin neuf, œuf de couvée fraîche, Neige qui ne fond, Que vos tétins, l'un à l'autre revêche, Si tant clairs ne sont. Chapelets de fine émeraude, ophites, Ambre coscoté, Semblables aux yeux dont soulas me fîtes, Onques n'ont été. Votre crêpe chef le soleil...

Quand je viendrai m'asseoir dans le vent - Jean Moréas

Quand je viendrai m'asseoir dans le vent, dans la nuit, Au bout du rocher solitaire, Que je n'entendrai plus, en t'écoutant, le bruit Que fait mon cœur sur cette terre, Ne te contente pas, Océan, de jeter Sur mon visage un peu d'écume : D'un coup de lame alors il te...

Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles - Jean Moréas

Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles Et le vulgaire ennui de l'affreuse cité, Me reconnaître enfin, dans les bois, frais asiles, Et sur les calmes bords d'un lac plein de clarté ? Mais plutôt, je voudrais songer sur tes rivages, Mer, de mes premiers...

Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes - Jean Moréas

Quand reviendra l'automne avec les feuilles mortes Qui couvriront l'étang du moulin ruiné, Quand le vent remplira le trou béant des portes Et l'inutile espace où la meule a tourné, Je veux aller encor m'asseoir sur cette borne, Contre le mur tissé d'un vieux lierre...

Que l'on jette ces lis - Jean Moréas

Que l'on jette ces lis, ces roses éclatantes, Que l'on fasse cesser les flûtes et les chants Qui viennent raviver les luxures flottantes A l'horizon vermeil de mes désirs couchants. Oh ! Ne me soufflez plus le musc de votre haleine, Oh ! Ne me fixez pas de vos yeux...

Remembrances - Jean Moréas

Dans l'âtre brûlent les tisons, Les tisons noirs aux flammes roses ; Dehors hurlent les vents moroses, Les vents des vilaines saisons. Contre les chenets roux de rouille, Mon chat frotte son maigre dos. En les ramages des rideaux, On dirait un essaim qui grouille :...

Rompant soudain le deuil - Jean Moréas

Rompant soudain le deuil de ces jours pluvieux, Sur les grands marronniers qui perdent leur couronne, Sur l'eau, sur le tardif parterre et dans mes yeux Tu verses ta douceur, pâle soleil d'Automne. Soleil, que nous veux-tu ? Laisse tomber la fleur, Que la feuille...

Roses de Damas - Jean Moréas

Roses de Damas, pourpres roses, blanches roses, Où sont vos parfums, vos pétales éclatants ? Où sont vos chansons, vos ailes couleur du temps, Oiseaux miraculeux, oiseaux bleus, oiseaux roses ? Ô neiges d'antan, vos prouesses, capitans ! A jamais abolis les effets et...

Roses, en bracelet - Jean Moréas

Roses, en bracelet autour du tronc de l'arbre, Sur le mur, en rideau, Svelte parure au bord de la vasque de marbre D'où s'élance un jet d'eau, Roses, je veux encor tresser quelque couronne Avec votre beauté, Et comme un jeune avril embellir mon automne Au bout de mon...

Sensualité - Jean Moréas

N'écoute plus l'archet plaintif qui se lamente Comme un ramier mourant le long des boulingrins ; Ne tente plus l'essor des rêves pérégrins Traînant des ailes d'or dans l'argile infamante. Viens par ici : voici les féeriques décors, Dans du Sèvres les mets exquis dont...

Ses mains qu'elle tend - Jean Moréas

Ses mains qu'elle tend comme pour des théurgies, Ses deux mains pâles, ses mains aux bagues barbares ; Et toi son cou qui pour la fête tu te pares ! Ses lèvres rouges à la clarté des bougies ; Et ses cheveux, et ses prunelles élargies Lourdes de torpeur comme l'air...

Sœur de Phébus charmante - Jean Moréas

Sœur de Phébus charmante, Qui veilles sur les flots, je pleure et je lamente, Et je me suis meurtri avec mes propres traits. Qu'avais-je à m'enquérir d'Eros, fils de la terre ! Eros, fils de Vénus, me possède à jamais. Guidant ta course solitaire, Lune, tu compatis à...

Sur la nappe ouvragée où le festin s'exalte - Jean Moréas

Sur la nappe ouvragée où le festin s'exalte, La venaison royale alterne aux fruits des îles ; Dans les chypres et les muscats de Rivesalte, Endormeur des soucis, ô Léthé, tu t'exiles. - Mais l'antique hippogriffe au vol jamais fourbu, M'a porté sur son aile à la table...

Tantôt semblable à l'onde - Jean Moréas

Tantôt semblable à l'onde et tantôt monstre ou tel L'infatigable feu, ce vieux pasteur étrange (ainsi que nous l'apprend un ouvrage immortel) Se muait. Comme lui, plus qu'à mon tour, je change. Car je hais avant tout le stupide indiscret, Car le seul juste point est...

Téthys qui m'as vu naître - Jean Moréas

Téthys qui m'as vu naître, ô Méditerranée ! Quinze fois le Taureau nous ramena l'année, Depuis que, par ton zèle exilé de ton sein, Ton aimable couleur à mes yeux fut ravie. Certes, mon âme est forte et brave est mon dessein, Et rapide est mon soc dans la trace suivie...

Chœur - Jean Moréas

Hors des cercles que de ton regard tu surplombes, Démon concept, tu t'ériges et tu suspends Les males heures à ta robe, dont les pans Errent au prime ciel comme un vol de colombes. Toi, pour qui sur l'autel fument en hécatombes Les lourds désirs plus cornus que des...

Hautes sierras aux gorges nues - Jean Moréas

Hautes sierras aux gorges nues, Lacs d'émeraude, lacs glacés, Isards sur les crêtes dressés, Aigles qui planez par les nues ; Sapins sombres aux larges troncs, Fondrières de l'Entécade Où chante la fraîche cascade Derrière les rhododendrons ; Et vous, talus plantés...

Et j’irai le long de la mer éternelle - Jean Moréas

Et j'irai le long de la mer éternelle Qui bave et gémit en les roches concaves, En tordant sa queue en les roches concaves ; J'irai tout le long de la mer éternelle. Je viendrai déposer, ô mer maternelle, Parmi les varechs et parmi les épaves, Mes rêves et mon...

Eau printanière, pluie harmonieuse - Jean Moréas

Eau printanière, pluie harmonieuse et douce Autant qu'une rigole à travers le verger Et plus que l'arrosoir balancé sur la mousse, Comme tu prends mon cœur dans ton réseau léger ! A ma fenêtre, ou bien sous le hangar des routes Où je cherche un abri, de quel bonheur...

De ce tardif avril - Jean Moréas

De ce tardif avril, rameaux, verte lumière, Lorsque vous frissonnez, Je songe aux amoureux, je songe à la poussière Des morts abandonnés. Arbres de la cité, depuis combien d'années Nous nous parlons tout bas ! Depuis combien d'hivers vos dépouilles fanées Se plaignent...