Que n’es-tu las (mon desir) de tant suyvreCelle qui est tant gaillarde à la fuite ?Ne la vois-tu devant ma lente suiteDes laqs d’amour voler franche, et delivre ? Ce faulx espoir, dont la doulceur m’enyvre,Tout en un poinct m’arreste, et puis m’incite,Me pousse en... Sus, chaulx soupirs, allez à ce froid cœur,Rompez ce glaz, qui ma poitrine enflamme :Et vous, mes yeulx, deux tesmoings de ma flamme,Faictes pluvoir une triste liqueur. Allez pensers, flechir cete rigueur,Engravez moy au marbre de cete ame :Et vous, mes vers, criez... Pour mettre en vous sa plus grande beauté,Le ciel ouvrit ses plus riches thesors :Amour choisit de ses traictz les plus fors,Pour me tirer sa plus grand’ cruauté. Les Astres n’ont de luire liberté,Quand le Soleil ses rayons met dehors :Où apparoist votre celeste... Ma plus grand’ force estoit retraicte au cœur,Et contre Amour faisoit plus de deffence,Quand ce cruel, pour venger telle offence,Feut par mes yeulx de ma vertu vainqueur. Lors de ses traictz ne sentoy’ la rigueur,Lors je n’avoy’ de son feu congnoissance,Lors ne... Qui voudra voir le plus precieux arbre,Que l’orient ou le midy avoüe,Vienne, où mon fleuve en ses ondes se joüe :Il y verra l’or, l’ivoire, et le marbre. Il y verra les perles, le cinabreEt le cristal : et dira que je loüeUn digne object de Florence, et Mantoue,De... Allez, mes vers, portez dessus vos aelesLes sainctz rameaux de ma plante divine,Seul ornement de la terre Angevine,Et de mon cœur les vives etincelles. De vostre vol les bornes seront telles,Que dès l’aurore, où le Soleil decline,Je voy desjà le monde, qui s’inclineA... Divin Ronsard, qui de l’arc à sept cordesTiras premier au but de la memoireLes traictz aelez de la Françoise gloire,Que sur ton luc haultement tu accordes. Fameux harpeur, et prince de noz odes,Laisse ton Loir haultain de ta victoire,Et vien sonner au rivage de... Cet’ humeur vient de mon œil, qui adoreTon sainct protraict, seul Dieu de mon soucy,De mon cueur part maint soupir adoucy,De tes yeulx sort le feu qui me devore. Donques le prix de celuy qui t’honnore,Est-ce la mort, et le marbre endurcy ?O pleurs ingratz ! ingratz... Amour voulant hausser le chef vainqueurDessus la crainte à la noire sequelle,Mist l’esperance, et sa bande avec’ elle,Sa bande blanche au plus fort de mon cœur. Amour est fort, mais foible est la vigueurDe l’esperance, et la tourbe cruelleA ceinct le lieu d’horreur... O foible esprit, chargé de tant de peines,Que ne veulx-tu soubz la terre descendre ?O cœur ardent ; que n’es-tu mis en cendre ?O tristes yeulx, que n’estes-vous fonteines ? O bien douteux ! ô peines trop certaines !O doulx sçavoir, trop amer à comprendreO Dieu qui... Or’ que la nuit son char etoilé guideQui le silence et le sommeil rameine,Me plaist lascher, pour desaigrir ma peine,Aux pleurs, aux criz et aux soupirs la bride. O ciel ! ô terre ! ô element liquide !O ventz ! ô bois ! rochiers, monteigne et plaine,Tout lieu desert,... Voyant au ciel tant de flambeaux ardens,Je dy souvent, ô beauté non pareille !Si le dehors est si plain de merveille,Combien parfaict doit estre le dedens ? Si tes beaux yeulx traictz, et flammes dardansLuysent sur moy, mon ame se reveilleAu paradis, que ta bouche... Mere d’Amour, et fille de la mer,Du cercle tiers lumiere souverene,Qui ciel, et terre, et champs semez d’arenePeuz jusq’au fond des ondes enflammer. Toy, qui le doulx mesles avec l’amer,Quand ce beau riz, qui le ciel rasserene,De tous les Dieux le plus cruel... O toy, à qui a été ottroyéVoir cete flamme ardent, qui s’entretientEn l’estommac du Geant, qui soutientUn mont de feu sur son doz foudroyé. Et cetuy là , qui l’oyzeau dediéAu Dieu vangeur, qui la foudre en main tient,Paist d’un poumon, qui tousjours luy revient,Au... Si mes pensers vous estoient tous ouvers,Si de parler mon cœur avoit l’usaige,Si ma constance estoit peinte au visaige,Si mes ennuiz vous estoient decouvers, Si les soupirs, si les pleurs, si les versMontroient au vif une amoureuse raige,Lors je pourroy’flechir vostre... Sacré rameau, de celeste presage,Rameau, par qui la colombe envoyée,Au demeurant de la terre noyéePorta jadis un si joyeux message. Heureux rameau, soubz qui gist à l’ombrageLa doulce paix icy tant desirée,Alors que Mars, et la Discorde iréeOnt tout remply de feu, de... Pere Ocean, commencement des choses,Des Dieux marins le sceptre vertueux,Qui maint ruisseau, et fleuve impetueuxEn ton seing large enfermes, et composes : Tu ne sens point, quand moins tu te reposes,Plus s’irriter de flotz tempestueuxContre tes bords ; qu’en mon cœur... Le doulx sommeil paix, et plaisir m’ordonne,Et le reveil guerre, et douleur m’aporte :Le faulx me plaist, le vray me deconforte :Le jour tout mal, la nuit tout bien me donne. S’il est ainsi, soit en toute personneLa verité ensevelie, et morte.O animaulx de plus... Lequel des Dieux fera que je ne senteL’heureux malheur de l’espoir qui m’attire,Si le plaisir, suject de mon martire,Fuyant mes yeulx à mon cœur se presente ? Quel est le fruict de l’incertaine attente,Ou sans profit si longuement j’aspire ?Quel est le bien, pour qui... Ores qu’en l’air le grand Dieu du tonnerreSe rue au seing de son epouse amée,Et que de fleurs la nature seméeA faict le ciel amoureux de la terre. Or’que des ventz le gouverneur desserreLe doux Zephire, et la forest arméeVoit par l’épaiz de sa neuve raméeMaint libre...