A Franz Liszt - Joseph Autran

Sous quels cieux nouveaux, ô mon grand artiste. Ta sonore tente a-t-elle émigré ? Moi dont l'amitié te suit à la piste, Je reviens, ce soir, solitaire et triste, Revoir un doux lieu par toi consacré. Un soir de juillet, un soir que la lune D'un reflet splendide...

Hospitalité - Joseph Autran

La villa, qui de haut regarde la vallée, Par le rideau des bois est à demi voilée. Autour d'elle, un massif de fleurs, des chants d'oiseaux, Et des conques de marbre où murmurent les eaux. En face, un vert gazon qui, d'une molle pente, Descend jusqu'à la plaine où la...

Le déluge - Joseph Autran

Pourquoi, d'une vague implacable, Vieil Océan, viens-tu toujours Battre de ta prison de sable Les indestructibles contours ? Ta perds ton temps, tu perds ta peine ; Ne vois-tu pas que cette arène A ta colère sert de frein ? Que ta viens t'épuiser contre elle Comme un...

Les nuits de Naples - Joseph Autran

Après ces jours d'été dignes du ciel numide, Quand le soleil a fui sous l'occident en feu, Heureux qui vient, le soir, sur la falaise humide, Dilater ses poumons à l'air du golfe bleu ! Est-il parfum meilleur que celui de ces plages ? Que ce vent de la nuit, aux...

Nostalgie - Joseph Autran

Encore un jour de brume, encore un jour de pluie, Un jour de solitude au coin d'un pâle feu ! Depuis un mois, Paris qu'aucun soleil n'essuie Grelotte, et, l'œil tourné vers ses toits noirs de suie, Vainement cherche au ciel une trace de bleu. Perdu dans un hôtel,...

Vers la Saint-Jean - Joseph Autran

Nous touchons à juillet, premier des mois brûlants, Et la journée enfin se retire à pas lents. Après l'ardent soleil, qui là-bas traîne encore, Vient la nuit, cette nuit, faite à moitié d'aurore, Qui dans le vaste ciel, joyeux de son retour, D'une main sème l'ombre et...

A l'alouette - Joseph Autran

Esprit de l'air, je te salue ! Je te salue, oiseau lointain, Qui montes, comme une âme élue Dans la lumière du matin. Fuyant la plaine où ton nid reste, Où l'homme aussi demeure, hélas ! Tu remplis tout le bleu céleste De ta voix aux brillants éclats. En plein azur...

Harmonie - Joseph Autran

Regarde cette mer : pourquoi, d'un bleu limpide, Vois-tu s'étendre au loin ses lumineux réseaux ? A sa face, pourquoi nulle ombre, nulle ride ? C'est qu'un ciel clair et doux brille au-dessus des eaux. Eh bien, de ce beau ciel que l'émail pur s'efface, Que, derrière...

Le feu d'épaves - Joseph Autran

La maison du pêcheur, qui près du flot s'élève, Entre ses murs étroits nous avait accueillis. C'était l'heure du soir, l'heure propice au rêve. La mer, sous une brise, arrivait à la grève En doux et larges plis. A travers la croisée ouverte sur la plage, L'œil...

Les Océanides - Joseph Autran

Seul avec la douleur qui partout l'accompagne, Un soir que le poète errait sur la montagne, En regardant la mer déroulée au couchant, Un murmure, une voix lointaine, entrecoupée, L'atteignit... Son oreille était-elle trompée ? Non ! Sous les vagues sons de cette...

Notre-Dame de la Garde - Joseph Autran

Vierge au front étoilé ! Reine sainte ! Madone Douce à tout affligé dans ce vallon de pleurs ! Que partout, qu'à jamais le cantique résonne Qui te nomme, ici-bas, Mère des Sept Douleurs ! Dans l'alcôve où s'éteint la lampe d'agonie, Qu'un malade, troublé par l'ombre...

Voyage au pôle arctique - Joseph Autran

A travers le damas de sa fenêtre close, Un rayon pénétrait, un rayon tiède et rose ; Il dorait son alcôve aux murs de blanc satin. Elle se souleva du chevet de dentelle, Et, l'œil sur le cadran : Midi ! murmura-t-elle, Midi ! Pour se lever c'est encore bien matin....

A une jeune passagère - Joseph Autran

Quoi ! Vous à pareille heure ici, belle inconnue ! Étrangère, et pour moi cependant déjà sœur ! Vous, si jeune et si frêle, êtes aussi venue Admirer l'ouragan dans toute sa noirceur ! Quoi ! Pour l'étudier, cette mer en colère Dont les flots mugissants bondissent par...

La chanson d'avril - Joseph Autran

Renais, renais ; ouvre et déploie Ta robe de fleurs et d'air pur ; Tressaille d'amour et de joie, Ô terre antique où me renvoie Le Dieu qui règne dans l'azur ! Réveille-toi ! — sous l'hiver sombre Dormir cinq mois, c'est trop longtemps. Chasse la pluie, écarte...

Le fond de l'Océan - Joseph Autran

Soufflez et mugissez, tristes vents de la nuit ! Sombres flots, déchirez et jetez à grand bruit Votre folle écume au rivage ! Penché vers vous, du bord de ces rocs frémissants, J'aspire dans mon âme et je bois dans mes sens Je ne sais quel plaisir sauvage. Le vieil...

Les premiers jours - Joseph Autran

Tandis qu'un reste d'ombre obscurcit les vallées, Et que la brume encore enveloppe les cieux, Derrière la montagne aux cimes dentelées ; Le soleil surgit radieux. C'est lui, c'est le soleil ! Éveille-toi, nature ! Prompte à le saluer, ô terre, éveille-toi ! Et vous,...

Nuit de mai - Joseph Autran

Au couchant lumineux quand le jour se replie, Qu'une planète au ciel déjà peut s'entrevoir, Il fait bon, couple errant sur une onde assouplie, De respirer à deux l'air embaumé du soir, De saluer là-haut ces premières étoiles Dont le rayon lointain nous invite à rêver...

A un puits de campagne - Joseph Autran

Du travail des aïeux, salut, cher monument ! Salut, pierre modeste unie au dur ciment ! Dans notre vieil enclos, qui rarement se ferme, Je t'aime et te vénère, ô puits de notre ferme ! Et, des marbres taillés pour le faste d'un roi, Je n'en connais pas un que je...

La chanson de juillet - Joseph Autran

Je suis l'été riche et superbe, La saison des brûlants soleils, Jusqu'au genou, plongé dans l'herbe, Je me couronne d'une gerbe, Pleine de fleurs aux tons vermeils ! Que dans sa nuit, vieillard sauvage, L'hiver grelotte sur un feu : Rêvant les rêves du bel âge, De ma...

Le Gombo - Joseph Autran

Hôtesse au doux accueil, reine d'une cabane ! Merci d'avoir voulu me montrer ce beau lieu, Désert où vous vivez, loin d'un monde profane, Avec la paix du cœur et les conseils de Dieu. Comme vous, je connais l'étrange inquiétude Qui loin de nos cités vous emporte...

Les rameurs d'Ulysse - Joseph Autran

En vain la nuit s'écoule, en vain le ciel se dore Des premiers doux rayons de la déesse Aurore, Sur la mer poissonneuse ils sont toujours errants. De leurs bras fatigués, rameurs assis en rangs, Sans cesse ils frappent l'onde : Ulysse est à la poupe. Inclinant vers...

Oui, j'aimai, je chantai - Joseph Autran

Oui, j'aimai, je chantai, dès ma saison première, Ce fluide élément, Ces espaces d'azur où l'âme, heureuse et fière, Plane si librement. Oui, le mouvant tableau de cette onde où se mire Le chœur des astres d'or, Me fut cher comme à toi, — Sirène que j'admire Sans te...

Aux alcyons - Joseph Autran

Les soirs d'automne, quand l'orage Sur les blancs contours de la plage Sème la vague en tourbillons, J'aime à venir sur cette rive Écouter votre voix plaintive, Alcyons ! Tristes alcyons ! Du bord de ces roches, couvertes De sable humide et d'algues vertes, Longtemps...

La chanson d'octobre - Joseph Autran

J'ai reparu sur la colline Dans un nuage aux franges d'or, Je suis la beauté qui décline ; Mais, à mes charmes, on devine Que les cœurs me suivent encore ! Ce n'est plus la fraîche auréole, Ce n'est plus l'éclat des grands jours ; C'est la pâleur, déjà plus molle,...

Le lit de sable - Joseph Autran

Ô flots ! De votre voix profonde, intarissable, Bercez un vieil ami revenu de si loin. Dans ce lit que mes mains ont creusé dans le sable, Donnez-moi, donnez-moi la paix dont j'ai besoin ! Me reconnaissez-vous ? Le voyageur morose Qui vient pencher sur vous un front...

Les rivages - Joseph Autran

La verte Normandie a sur ses promontoires De grands bœufs accroupis sur leurs épais genoux. Des bœufs au manteau blanc semé de taches noires, Des bœux aux flancs dorés, marqués de signes roux. Aux heures de la trêve et du sommeil des vagues, Paisiblement couchés dans...

Prélude - Joseph Autran

Nous sommes les vagues profondes Où les yeux plongent vainement ; Nous sommes les flots et les ondes Qui déroulent autour des mondes Leur manteau d'azur écumant ! Une âme immense en nous respire, Elle soulève notre sein. Sous l'aquilon, sous le zéphyr, Nous sommes la...

Avant que mon adieu salue - Joseph Autran

Avant que mon adieu salue avec tristesse Paris, ce beau Paris qui fut l'humble Lutèce, Et que j'aille revoir les fortunés climats Où Marseille au rivage aligne tant de mâts, Laisse-moi rafraîchir, ami, dans ta mémoire, La promesse qu'un jour tu me fis après boire,...

La côte d'Italie - Joseph Autran

Te voilà donc enfin, toi si longtemps rêvée ! Des eaux que je sillonne enfin tu t'es levée, Italie, où tendaient mes vœux les plus constants ! Ô terre ! Terre antique et toujours si nouvelle, Laisse-moi te bénir, toi que Dieu me révèle Sous le premier rayon d'un matin...

Le mousse - Joseph Autran

Depuis de longs jours, l'ouragan qui gronde Va nous emportant sur l'Océan noir, Bien loin de la rive où je vins au monde, Pour des maux que nul n'eût osé prévoir. Le mât du vaisseau, que bat la tourmente, Jette en s'inclinant un douloureux cri. D'où vient qu'à son...

Le travail - Joseph Autran

Poète errant au bord de cette mer profonde, Suspens le pas et vois... vois ce que fait son onde : En fondant sur la grève elle y prend au hasard Quelque caillou grossier qui gisait à l'écart, De silex, de granit quelque rude parcelle, La détache du sol et l'entraîne...

Près du cap de la Hève - Joseph Autran

« A quoi songes-tu donc de t'engourdir ainsi ? Serais-tu désormais à ce point radouci, Géant qu'on disait si farouche ? Depuis plus d'un long mois, à quoi donc penses-tu D'être là, somnolent, de languir abattu Comme un ancêtre dans sa couche ? Ce n'est pas pour te...

Bordighiera - Joseph Autran

Humbles toits, rassemblés au flanc de la colline Que ceignent les palmiers ; Tuiles au rouge émail qu'un vieux clocher domine. Hanté par les ramiers ; Des portes où la vigne arrondit son treillage, Et, devant les maisons, Des barques de pêcheurs, qu'on retire à la...

La Major - Joseph Autran

Sous le marteau brutal tu tombes pierre à pierre ; Avec indifférence un peuple destructeur Te dépèce, ô vieux temple, ô maison de prière, Qui ne suffisais plus à l'orgueil du pasteur ! Lorsque d'une autre nef, plus brillante et plus fière, A ta place on pourra mesurer...

Le pèlerin - Joseph Autran

C'est le même sentier qui longe la colline : L'yeuse encore y pousse et la fraîche aubépine ; Et l'air qu'on y respire aux lisières du bois Brille aussi transparent, aussi pur qu'autrefois. Autrefois !... mot pétri d'amertume et de charmes ; Ciel qu'on admire au loin,...

L'étude - Joseph Autran

Sous la treille, à midi, pendant que la maison Repose, et que les blés, jusques à l'horizon, Sous ce vent frais et doux qui chaque jour s'élève, Roulent comme des flots attirés par la grève, L'un près de l'autre assis, tous deux gardent le seuil : Tous deux, l'aimable...

Promenade - Joseph Autran

Vous qu'à mon côté ma barque balance, Regardez là-haut ce firmament bleu, Magnifique espace où l'âme s'élance Et monte en chantant jusqu'aux pieds de Dieu ! Vous qu'à mon côté berce ma nacelle, Regardez au loin l'Océan d'azur, Bassin dont l'eau vive au jour étincelle,...

Carqueiranne - Joseph Autran

Je les avais jadis visités, ces rivages Où le cristal des eaux reflète un ciel si pur, Où la terre embaumée abonde en fleurs sauvages, Où le figuier s'incline et trempe ses feuillages Au maritime azur. J'en avais emporté les images .heureuses ; Dans mes songes,...

La mer morte - Joseph Autran

A François-René de Chateaubriand Ô maître ! Ô voyageur, dont la voix souveraine Nous saisit et partout sur tes pas nous entraîne, Dont le poudreux bourdon brille plus à nos yeux Que dans la main des rois un sceptre glorieux ! Toi qui, nous conduisant, multitude ravie,...

Le phare - Joseph Autran

Parmi les noirs brisants où le flot tourbillonne, Le phare vers la nue élève sa colonne. Pilier de blocs massifs qu'unit un dur ciment, Il surgit, solitaire, ainsi qu'un monument. Des vagues, à ses pieds, la fureur se déchaîne : On dirait que la mer assiège de sa...

Le verger - Joseph Autran

Agile, adroit, — cheveux livrés aux folles brises, L'aîné de la famille, enfant de quatorze ans, Oublieux de l'école et des heures assises, Grimpe à cheval dans l'arbre aux longs rameaux luisants Où pendent les cerises. Les autres sont au pied, jeunes fronts plus...

Pulchra Nimis - Joseph Autran

Dans la rade où se joue une brise odorante, Aujourd'hui je voguais, au retour de Sorrente. Je rapportais à Naples un radieux butin, Un beau thyrse de fleurs écloses du matin, Merveilles de ces bords, telles qu'à sa Madone, Le premier jour de mai, Sorrente seule en...

Chanson d'un triton - Joseph Autran

Les vents fougueux, les vents déchaînés à grand bruit Contre les noirs écueils, ce soir, déchirent l'onde. Qu'ils soufflent ! Sous le toit de ma grotte profonde, Tu pourras, sans danger, dormir toute la nuit : Au bruit tumultueux de la vague irritée, Dors d'un sommeil...

La plage de Mont-Redon - Joseph Autran

Muse qui possédez au cœur ce saint trésor Dont le ciel généreux enrichit ceux qu'il aime, Lisez, lisez des vers ; mais plus souvent encore Écrivez-en vous-même. Écrivez ce que dit ce spectacle charmant Que mon œil, grâce à vous, apprit à mieux connaître, Paysage qui...

Le Prado - Joseph Autran

Entre les caps d'azur qui dentèlent la Grèce Il en est un, que l'onde incessamment caresse, Et qu'en voguant vers lui tout pieux pèlerin Salue avec amour à l'horizon serein. Sunium ! Sunium ! dit-il, radieux faîte, Gloire à toi ! — Gloire à toi ! Piédestal d'un...

L'héritier présomptif - Joseph Autran

Dans son berceau d'osier que l'aïeule balance, Regardez-le dormir, le tendre nourrisson. Nos fermiers sont deux fois heureux de sa naissance : C'est leur premier enfant, c'est leur premier garçon ! Que la ferme au travail tout un jour fasse trêve ; Que l'araire en un...

Renaissance - Joseph Autran

Hier, la nue encore avait de sombres teintes, La plaine était dans l'ombre et les cimes éteintes ; Et la forêt qui dort, mélancolique à voir, Découpait sur le ciel son réseau dur et noir. Tout dormait : toits de chaume, éclairés d'un jour blême, Étangs, bergers,...

Chansons du soir - Joseph Autran

Après un jour d'été, quand la ville s'endort, Qu'elle étouffe l'écho de ses rumeurs dernières ; Quand les lampes du soir dans les maisons du port S'allument, et sur l'eau projettent leurs lumières ; Le long des quais obscurs, il est doux d'écouter, Dans cet apaisement...

La table du bord de l'eau - Joseph Autran

— Un jour enfin, disais-je, il faudrait le connaître Ce nouvel Archiloque, en rimes passé maître, Dont le vers, fabriqué dans un moule puissant, Comme un marteau d'airain, frappe en retentissant. Quel est-il ? D'où lui vient cette humeur de bataille ? Marche-t-il,...

Le rameau de pin - Joseph Autran

C'est ici qu'oublieux des soucis que l'on porte Volontiers on s'arrête, à moitié du chemin. C'est ici qu'un vin clair égayé et réconforte : Ainsi l'indique au moins cette branche de pin Suspendue à la porte. Braves gens qui passez, faites halte un moment ; Tout...

L'heure du sommeil - Joseph Autran

Sur son blanc chevet, belle, à demi nue, Elle parlait seule, et parlait tout bas : Du sommeil pour tous l'heure est revenue ; La lumière au loin s'endort sous la nue ; Pourquoi, faible cœur, seul ne dors-tu pas ? Sous son toit rustique où la nuit se pose, L'agreste...

Rencontre - Joseph Autran

Il est aux bords déserts du canal Mozambique Une lisière étroite aux pentes du rocher, Un rivage sans nom, d'aspect morne et tragique, Dont les vaisseaux en mer n'osent pas approcher. Comme un rideau tendu la montagne l'ombrage ; Jusqu'au niveau de l'onde, abrupte...

Circumnavigation - Joseph Autran

Aux confins d'un plateau qui fleurit sans culture S'élève une montagne, étrange de structure, Dont les flancs, inclinés et taillés en remparts, Présentent mille creux béants de toutes parts. Gomme un entassement de décombres antiques, Comme un cloître désert, plein...

La vache - Joseph Autran

Nous avions sur le pont, durant ce long voyage, Une vache au flanc roux qui, de son pur laitage, Abreuvait une femme et deux frêles jumeaux, Bercés dans un hamac par le roulis des eaux. Du vaste azur des mers partout environnée, Elle voguait pensive, inquiète,...

Le rêve qu'ils font tous - Joseph Autran

« Presque un siècle entier sans courber ma tête A passé sur moi, vrai lion marin. Il faudrait pourtant prendre sa retraite, Et chercher à terre un abri serein ! Quand on a lassé, rude capitaine. Les vents et les flots, la glace et le feu, Aux biens que promet la terre...

Mare velivolum - Joseph Autran

Où vont ces vaisseaux aux vives allures Qui, sortant du port, nous disent adieu ? Où vont ces vaisseaux aux blanches voilures Que mon œil poursuit à l'horizon bleu ? Ils vont, dispersés sur les vastes ondes, Explorer des bords inconnus de nous ; Loin de ce rivage, ils...

San Salvadour - Joseph Autran

Les rivages à pic descendent à la mer. Leurs sommets, rafraîchis par un zéphyr amer, Portent tout un fouillis de grands bois ou d'arbustes ; Lentisques, châtaigniers, pins verts, chênes augustes ! La nature a sculpté, le long du vieux granit, Une corniche étroite où...

Cogoreto - Joseph Autran

Halte, voiturin ! Je veux, au rivage, Suivre ici la route en humble piéton. Il eut pour berceau cet obscur village, Celui dont ce mur porte inscrit le nom. Tout jeune, il venait s'asseoir à la grève, Perçant l'horizon d'un œil inquiet ; Puis il s'endormait, et voyait...

La viste - Joseph Autran

C'est elle, c'est la mer ! Enfin tu m'es rendue, Enfin je te revois, magnifique étendue, Ô mer, dont chaque flot luit comme un diamant ! Après tant de longs mois passés loin de ta rive, Je reviens, et j'éprouve au moment où j'arrive L'allégresse d'un fils et presque...

Les bancs de marbre - Joseph Autran

Sur les vertes hauteurs qui dominent la rade, De larges blocs de marbre au hasard sont couchés ; Forts débris que le temps péniblement dégrade, Et dont le vent polit les angles ébréchés. Ces fragments, où survit la beauté des vieux âges, Ont-ils jadis plané dans...

Matinée de juin - Joseph Autran

Tant pis pour les beaux yeux que le sommeil tient clos, Pour tous les indolents dont la nuit se prolonge : Ils ne connaîtront pas, si beau que soit leur songe, Ce spectacle enchanté du matin sur les flots. Lumière, azur, fraîcheur ! La mer est diaprée ; L'aube fleurit...

Scherzo - Joseph Autran

J'ai cueilli le lis, J'ai cueilli la rose ; Je les ai cueillis, Et je les dépose A vos pieds de rose, A vos pieds de lis ! Des fleurs de la lande J'ai fait mon butin ; J'ai fait ma guirlande Des fleurs du matin. J'offre mon butin, Que l'amour le rende ! L'aurore aux...

Dans les bois - Joseph Autran

Viens dans les ombres du hallier, Viens avec moi, riante et douce ; Écoute l'écho singulier De ce grand chêne aux pieds de mousse Si je lui chante ici ton nom, Ce cher nom de sœur et d'amante, Crois-tu qu'il le redise ?... Non, Il dit : charmante ! Arbre aux...

La voix de la mer - Joseph Autran

Ni nuage, ni vent, au ciel que ton œil sonde ! Vaste sérénité ! Pourtant, si le ciel dort, L'onde veille : là-bas, sous un cap, la mer gronde ; Ici, sur les cailloux, elle gazouille au bord. Comme elle y berce bien cette felouque vide, Dont les noirs matelots, à...

Les convives - Joseph Autran

Au bord du clair bassin qu'à peine un souffle ride, Eau pure où le regard jusqu'au sable descend, Dans sa fleur du matin, dans sa beauté candide, Rêvait la blonde enfant à l'œil tendre et limpide, Au charme dangereux, s'il n'était innocent. Parmi les roseaux verts...

Matinée de novembre - Joseph Autran

Les brouillards sont venus, dont l'humide manteau Charge dès le matin la plaine et le coteau : Pâle et froide vapeur qu'à peine un rayon perce. Les feuilles que l'eau trempe et qu'un souffle disperse, Tourbillonnent dans l'air ; la bise à l'aigre son S'est remise à...

Selkirk - Joseph Autran

A Bristol, sur le quai, le nom de Lion rouge Désigne un lieu connu de tous les gens de mer : Taverne du nommé Walkins, honnête bouge, Où l'aie est sans pareille et ne coûte pas cher. Cent marins attablés trinquent dans un nuage ; On a peine à s'entendre, on a peine à...

Endoume - Joseph Autran

Des chemins où l'on va plongeant dans la poussière Et réclamant en vain quelque ombrage sauveur ; Des coteaux dépouillés de glèbe nourricière, Des rocs blancs, dont l'éclat offense la paupière, Tant le soleil d'été les baise avec ferveur, Des terrains sans culture, où...

Le baptême du Bourdon - Joseph Autran

Comme un globe de feu qui jaillit du cratère, Il est enfin sorti des fentes de la terre, Ce bronze qui dormait dans son moule natal. L'artiste, en détachant son argileuse écorce, A lui-même admiré l'étendue et la force De l'instrument monumental ! Il est là : suspendu...

Les dernières feuilles - Joseph Autran

Les mauvais jours venus, quand de sa robe verte Le bois a dispersé les guirlandes au vent ; Le long des parcs en deuil, quand la terre est couverte De feuillages criards que l'on foule en rêvant ; Alors — triste tableau ! — la forêt orpheline Conserve à peine encore...

Maturité - Joseph Autran

Jule ! Heureux compagnon, dont le style aux beaux jours Ne respirait que joie et que folles amours, Sais-tu que maintenant ta prose, ô mon artiste, Exhale un son nouveau qui m'étonne et m'attriste ! — Tu vois devant tes pas s'accourcir l'horizon ; Tu ne sais quelle...

Sur une plage du Latium - Joseph Autran

La nuit descend ; la mer, dont je longe la plage, Blanchit sur les galets à grand bruit charriés. Sifflant une chanson de farouche présage, Le vent froisse ma tempe, et me lance au visage La poussière des flots qui brisent à mes pieds. L'ombre submerge au loin les...

En sortant du port - Joseph Autran

Barque au mince flanc, légère coquille Qui t'engloutirais sous le premier grain, Que n'es-tu navire à puissante quille, Que n'es-tu vaisseau cuirassé d'airain ! Poursuis, te dirais-je, oh ! Poursuis ta route, Sans rentrer au port, stagnante prison. Cette vaste mer...

Le bouclier d'Achille - Joseph Autran

A l'œuvre, dis-tu, qui pour toi commence, Tu sens chanceler ta force et ta foi : Chanter l'Océan, la tâche est immense Et demanderait plus vaillant que toi ! Courage, poète ! Artiste, courage ! L'art est le plus grand des magiciens. Ignores-tu donc, novice à...

Les funérailles de l'année - Joseph Autran

Le soleil des beaux jours s'en va tout pâlissant ; Le nuage se mouille ; La sève des buissons languit et redescend ; Le jardin se dépouille ; Et voilà que l'année en son pâle cercueil Repose, froide et morte ! Arrivez maintenant, en longs crêpes de deuil, Arrivez,...

Mer calme - Joseph Autran

Il est nuit : la mer dans son lit repose, Assoupie au loin si tranquillement Que pas une brise à cette heure n'ose Troubler d'un baiser son recueillement. Sans murmure aucun, sans aucune ride, Qu'elle est belle à voir cette mer qui dort, Laissant admirer dans le flot...

Tempête - Joseph Autran

Tout regard se perd, tant la brume est noire ; Il ne fut jamais plus aveugle nuit : Au sein du néant je pourrais me croire, Si je n'entendais un immense bruit. Cette voix, ô mer ! C'est ta voix qui tonne Sur l'écueil voisin chargé de galets, Tandis que le vent, le...

Falaises de Normandie - Joseph Autran

« Voulez-vous de la mer connaître un vrai miracle, Disait-il ; voulez-vous contempler un spectacle Que le poète ému cherche d'un pas fréquent ? Partez un jour, gagnez les côtes de Fécamp ; Sur la grève en talus que le flot escalade, Allez voir Étretat, maritime...

Le Cabin Boy - Joseph Autran

Dans un vaisseau qui des terres Fuit toujours le bord lointain, Sur les vagues solitaires Je naquis un beau matin. Le baptême d'une lame Répandue à triple seau Vint, dit-on, me laver l'âme Et le corps dans mon berceau. Le Dieu que je prie A fait ma patrie Des flots...

Les matelots - Joseph Autran

Souffle, souffle, bon vent ! Chasse-nous de la terre, Fais-nous bien vite fuir le rivage où s'altère La fierté du marin. A nous la haute mer ! À nous le bleu domaine Où la liberté vogue, où chacun se promène En maître souverain ! De grâce, passagers, laissez-nous le...

Migrations - Joseph Autran

Le navire à son flanc met l'escalier mobile. Il attend près du môle, en dehors de la ville, Les hôtes inconnus qui, rangés sous ses mâts, S'en iront, dès ce soir, vers de lointains climats. Le long du quai bruyant où s'alignent les poupes, Ils arrivent en hâte et...

Veillée nuptiale - Joseph Autran

Le vallon fait silence : un vent agite à peine La feuille qui parfois tremble et s'éveille encore. Le bruit seul des ruisseaux s'élève de la plaine, Et, là-haut, dans les airs pleins de leur fraîche haleine, Les étoiles au ciel s'ouvrent, paupières d'or ! L'humble...

Épilogue - Joseph Autran

« O vents, disaient les flots, quand nous laisserez-vous Dormir à notre gré d’un sommeil large et doux ? Trêve à la fin, trêve d’orages ! Laissez-nous refléter dans notre clair miroir Les matins rayonnants, les nuits belles à voir, Et les merveilles de nos plages. « —...

La Calanque - Joseph Autran

Ils avaient tout un jour, assidus à leur tâche, Travaillé du marteau, du rabot, de la hache : Charpentiers d’aventure, ils rajustaient le flanc De leur chaloupe usée, au pont mince et branlant, Qui hors du flot gisait. — Hélas ! la chère barque Des injures du temps...

Les Aquilons - Joseph Autran

Peuple orageux qui des antres sauvages Sort en fureur, De toutes parts nous semons les ravages Et la terreur. Allez, nous dit le Dieu qui nous déchaîne, Et nous allons. Comme un roseau nous abattons le chêne Dans les vallons. Des vastes mers qui séparent les mondes...

Maritima 03 – La vache - Joseph Autran

Nous avions sur le pont, durant ce long voyage, Une vache au flanc roux qui, de son pur laitage, Abreuvait une femme et deux frêles jumeaux, Bercés dans un hamac par le roulis des eaux. Du vaste azur des mers partout environnée, Elle voguait pensive, inquiète,...

Maritima 05 – Chanson du Soir - Joseph Autran

Après un jour d’été, quand la ville s’endort, Qu’elle étouffe l’écho de ses rumeurs dernières ; Quand les lampes du soir dans les maisons du port S’allument, et sur l’eau projettent leurs lumières, Le long des quais obscurs, il est doux d’écouter, Dans cet apaisement...

Maritima 07 – Le Travail - Joseph Autran

Poète errant au bord de cette mer profonde, Suspends tes pas, et vois,… vois ce que fait son onde : En brisant sur la grève, elle y prend au hasard Quelque caillou grossier qui gisait à l’écart, De silex, de granit quelque rude parcelle, La détache du sol et...