Les Océanides - Joseph Autran

Seul avec la douleur qui partout l'accompagne, Un soir que le poète errait sur la montagne, En regardant la mer déroulée au couchant, Un murmure, une voix lointaine, entrecoupée, L'atteignit... Son oreille était-elle trompée ? Non ! Sous les vagues sons de cette...

Matinée de juin - Joseph Autran

Tant pis pour les beaux yeux que le sommeil tient clos, Pour tous les indolents dont la nuit se prolonge : Ils ne connaîtront pas, si beau que soit leur songe, Ce spectacle enchanté du matin sur les flots. Lumière, azur, fraîcheur ! La mer est diaprée ; L'aube fleurit...

Mare velivolum - Joseph Autran

Où vont ces vaisseaux aux vives allures Qui, sortant du port, nous disent adieu ? Où vont ces vaisseaux aux blanches voilures Que mon œil poursuit à l'horizon bleu ? Ils vont, dispersés sur les vastes ondes, Explorer des bords inconnus de nous ; Loin de ce rivage, ils...

L'heure du sommeil - Joseph Autran

Sur son blanc chevet, belle, à demi nue, Elle parlait seule, et parlait tout bas : Du sommeil pour tous l'heure est revenue ; La lumière au loin s'endort sous la nue ; Pourquoi, faible cœur, seul ne dors-tu pas ? Sous son toit rustique où la nuit se pose, L'agreste...

L'héritier présomptif - Joseph Autran

Dans son berceau d'osier que l'aïeule balance, Regardez-le dormir, le tendre nourrisson. Nos fermiers sont deux fois heureux de sa naissance : C'est leur premier enfant, c'est leur premier garçon ! Que la ferme au travail tout un jour fasse trêve ; Que l'araire en un...

Le verger - Joseph Autran

Agile, adroit, — cheveux livrés aux folles brises, L'aîné de la famille, enfant de quatorze ans, Oublieux de l'école et des heures assises, Grimpe à cheval dans l'arbre aux longs rameaux luisants Où pendent les cerises. Les autres sont au pied, jeunes fronts plus...

L'étude - Joseph Autran

Sous la treille, à midi, pendant que la maison Repose, et que les blés, jusques à l'horizon, Sous ce vent frais et doux qui chaque jour s'élève, Roulent comme des flots attirés par la grève, L'un près de l'autre assis, tous deux gardent le seuil : Tous deux, l'aimable...

Le travail - Joseph Autran

Poète errant au bord de cette mer profonde, Suspens le pas et vois... vois ce que fait son onde : En fondant sur la grève elle y prend au hasard Quelque caillou grossier qui gisait à l'écart, De silex, de granit quelque rude parcelle, La détache du sol et l'entraîne...

Les rivages - Joseph Autran

La verte Normandie a sur ses promontoires De grands bœufs accroupis sur leurs épais genoux. Des bœufs au manteau blanc semé de taches noires, Des bœux aux flancs dorés, marqués de signes roux. Aux heures de la trêve et du sommeil des vagues, Paisiblement couchés dans...

Les rameurs d'Ulysse - Joseph Autran

En vain la nuit s'écoule, en vain le ciel se dore Des premiers doux rayons de la déesse Aurore, Sur la mer poissonneuse ils sont toujours errants. De leurs bras fatigués, rameurs assis en rangs, Sans cesse ils frappent l'onde : Ulysse est à la poupe. Inclinant vers...

Les premiers jours - Joseph Autran

Tandis qu'un reste d'ombre obscurcit les vallées, Et que la brume encore enveloppe les cieux, Derrière la montagne aux cimes dentelées ; Le soleil surgit radieux. C'est lui, c'est le soleil ! Éveille-toi, nature ! Prompte à le saluer, ô terre, éveille-toi ! Et vous,...

Matinée de novembre - Joseph Autran

Les brouillards sont venus, dont l'humide manteau Charge dès le matin la plaine et le coteau : Pâle et froide vapeur qu'à peine un rayon perce. Les feuilles que l'eau trempe et qu'un souffle disperse, Tourbillonnent dans l'air ; la bise à l'aigre son S'est remise à...

Les nuits de Naples - Joseph Autran

Après ces jours d'été dignes du ciel numide, Quand le soleil a fui sous l'occident en feu, Heureux qui vient, le soir, sur la falaise humide, Dilater ses poumons à l'air du golfe bleu ! Est-il parfum meilleur que celui de ces plages ? Que ce vent de la nuit, aux...

Les matelots - Joseph Autran

Souffle, souffle, bon vent ! Chasse-nous de la terre, Fais-nous bien vite fuir le rivage où s'altère La fierté du marin. A nous la haute mer ! À nous le bleu domaine Où la liberté vogue, où chacun se promène En maître souverain ! De grâce, passagers, laissez-nous le...

Les funérailles de l'année - Joseph Autran

Le soleil des beaux jours s'en va tout pâlissant ; Le nuage se mouille ; La sève des buissons languit et redescend ; Le jardin se dépouille ; Et voilà que l'année en son pâle cercueil Repose, froide et morte ! Arrivez maintenant, en longs crêpes de deuil, Arrivez,...

Les dernières feuilles - Joseph Autran

Les mauvais jours venus, quand de sa robe verte Le bois a dispersé les guirlandes au vent ; Le long des parcs en deuil, quand la terre est couverte De feuillages criards que l'on foule en rêvant ; Alors — triste tableau ! — la forêt orpheline Conserve à peine encore...

Les convives - Joseph Autran

Au bord du clair bassin qu'à peine un souffle ride, Eau pure où le regard jusqu'au sable descend, Dans sa fleur du matin, dans sa beauté candide, Rêvait la blonde enfant à l'œil tendre et limpide, Au charme dangereux, s'il n'était innocent. Parmi les roseaux verts...

Les bancs de marbre - Joseph Autran

Sur les vertes hauteurs qui dominent la rade, De larges blocs de marbre au hasard sont couchés ; Forts débris que le temps péniblement dégrade, Et dont le vent polit les angles ébréchés. Ces fragments, où survit la beauté des vieux âges, Ont-ils jadis plané dans...

Le rêve qu'ils font tous - Joseph Autran

« Presque un siècle entier sans courber ma tête A passé sur moi, vrai lion marin. Il faudrait pourtant prendre sa retraite, Et chercher à terre un abri serein ! Quand on a lassé, rude capitaine. Les vents et les flots, la glace et le feu, Aux biens que promet la terre...

Le rameau de pin - Joseph Autran

C'est ici qu'oublieux des soucis que l'on porte Volontiers on s'arrête, à moitié du chemin. C'est ici qu'un vin clair égayé et réconforte : Ainsi l'indique au moins cette branche de pin Suspendue à la porte. Braves gens qui passez, faites halte un moment ; Tout...